PDV Beth
-Beth ?
Je lu l'étonnement visible dans ses prunelles quand la porte de son entrée s'ouvrit férocement. Il se tenait devant moi, de toute sa hauteur, les yeux grands ouverts et je déglutis doucement. Mon arrivée semblait le bouleverser. « Qu'est-ce que tu fais là ? »
- Je ... euh... Bégayais-je face à sa question.
Il était évident que même moi, je ne savais pas vraiment ce que je faisais là. J'ignorais pourquoi mon corps m'avait entraîné jusque devant chez lui. Une fois que Josh m'eut ramené devant ma porte, vérifiant que j'étais bien rentrée, je n'avais même pas pris la peine de monter l'escalier et j'avais foncé comme une folle jusqu'à l'appartement du brun. J'étais perdue, totalement déboussolée et je savais que le seul endroit où je trouverais la réponse à la question que je me posais était chez Harry. Mais quelle était cette question ?
- Rentre dit-il imperceptiblement, sentant certainement l'embarras dans ma voix.
Je passai dans l'espace qu'il libéra pour me faire m'infiltrer et je retrouvai la pièce complètement plongée dans une semi-obscurité. Seules les lumières extérieures illuminaient l'ensemble de l'appartement. Cela apportait une atmosphère étrange à l'endroit. Mon pied se posa sur une surface curieusement grenue et je dirigeai mes yeux vers le sol. Des débris de verres.
Je relevai les yeux, balayant la pièce et je découvris avec étonnement qu'elle était entièrement saccagée, un des murs était tâcheté par marques de liquide et le sol complètement saupoudré de verres émiettés. Que s'était-il passé ici ? Etait-ce Harry qui avait fait tout ce carnage ? Pourquoi ? Je me souvins, brusquement, de la fois où j'avais retrouvé son appartement dans un état similaire et la raison avait été notre séparation de deux semaines. Pouvais-je être à nouveau la raison de ce chantier-ci ?
Je me retournai subitement, croisant le regard émeraude du brun qui semblait mal à l'aise par l'état dans lequel son foyer se trouvait. Il passait nerveusement sa paume sur sa nuque en tentant d'éviter mon regard. Mes mots parurent le sortir de ses pensées, tant ils avaient été soudains.
- Embrasse-moi.
Le jeune homme releva les yeux et me scruta, interrogateur mais essentiellement surprit. Comme s'il doutait avoir véritablement entendu mes propos.
- -Quoi ?
- - Embrasse-moi, Harry, le suppliais-je viscéralement.
Il s'approcha doucement de moi et mon cœur fit un bond à chacun de ses pas. Je tressaillis quand, je sentis son contact, posant ses mains lentement sur mes hanches. Il pressa mon corps sur le sien, me permettant de sentir son souffle chaud. Il se pencha par la suite et déposa ses lèvres contre les miennes doucement. Je fermai les yeux, emportée par la tendresse de son geste. Presque étonnée par le fait qu'Harry pouvait agir de la sorte, je me laissais faire, je me laissais entièrement aller.
Ce baiser fut chaste, le plus timide de nos baisers et pourtant, il fut à mes yeux le plus sincère. Je passai mes mains autour de son cou afin d'écraser encore plus ses lèvres contre les miennes. Ressentant le tremblement de ses lippes sous mon contact. Un sentiment étrange m'envahi, un sentiment de calme, de paix et de bien-être. Mon esprit était totalement vidé de toutes autres choses, de tous autres moments de doutes, excepté cet instant, avec Harry.
Nous avions eu plusieurs sortes de baisers, des baisers passionnés, des baisers libérateurs, des baisers de mise à l'épreuve et c'était la première fois que j'eus l'impression d'être vraiment embrasser par lui. J'avais la perception de ne jouer aucun rôle, de ne pas être « Beth l'orgueilleuse », « Beth la dure à cuire » ou « Beth la petite chose faible ». J'étais tout simplement, celle que j'étais, la « Beth d'Harry » et lui était mon Harry.
Nos deux bouches se séparèrent, tandis qu'il posa doucement son front sur le mien, les yeux encore clos et son souffle caressant mon visage. Je semblais totalement tranquillisée, un sentiment que je ressentais si peu de fois. Un sentiment si rare.
- Beth, dis-moi que je ne suis pas fou. Je t'en supplie, dis-moi que je ne suis pas le seul à ressentir...ça.
Il lâcha ses mots dans un murmure presque imperceptible, que seule la proximité de nos visages nous permettait de surprendre. Je relevai les yeux vers lui, cherchant un contact visuel.
- Ressentir quoi ? je lui demandai dans un murmure.
- Dis-moi que je ne suis pas le seul à ressentir tous ces sentiments. Que je ne suis pas le seul à avoir le cœur qui bat quand je te vois, quand je pose mes yeux sur toi, quand je pose mes mains sur toi. Dis-moi que tu le ressens aussi et que je ne me fait pas des putains de films dans ma tête.
Je le fixai longuement en hésitant quelque peu à lui répondre. J'étais à ce moment entre l'envie de me dévoiler et l'envie de préserver mon armure de femme indépendante. Je n'osais pas dévoiler la réalité, la dure réalité. Mais la réponse la plus évidente s'extirpa malgré tout de mes lèves.
- Tu n'es pas le seul à ressentir ÇA.
Il ouvrit ses yeux doucement, effleurant ma figure de son regard émeraude et posa encore une fois ses lèvres chaudes contre les miennes. Ces baisers étaient extraordinairement bons. Pleins de douceur et de franchise. Je comprenais enfin plus clairement les choses.
J'avais passé la soirée avec Josh, une soirée de rire et de légèreté. A la fin de cette soirée, nous étions tous deux adossés à la carrosserie de sa voiture, savourant la douceur de la nuit. Il avait retiré une mèche rebelle de mon visage et m'avais demandé aimablement s'il pouvait m'embrasser. Il me l'avait demandé craintivement et j'avais accepté.
Quand nos lèvres s'étaient rencontrées, je m'étais laissé prendre par la douceur du moment mais je n'avais rien ressenti. Je n'avais rien perçu et cela m'avait chamboulé. Mon cœur ne battait pas la chamade, mon esprit n'étais pas envouté et enveloppé par ce baiser. Je mouvais mes lèvres mais mon esprit tournait toujours sans fin. Il n'y avait rien dans cette embrassade. Rien. Et une question était née de ce simple baiser: Ressentais-tu quelque chose quand Harry t'embrassait ? C'était donc la question que je cherchais. Et j'avais trouvé ma réponse.
- Reste avec moi, ce soir, demanda Harry doucement contre mes lèvres.
- Je... je ne peux pas, lui répondis-je en me collant contre son torse, glissant dans sa tendre étreinte.
- Je ne veux pas que tu partes. Je ne pourrais pas subir un autre de tes départs.
Sa voix semblait si fragile, si vulnérable que mon cœur se serra. Je relevai les yeux vers le brun et je fus étonné par l'homme qui était près de moi. J'avais connu Harry sous différentes facettes, tantôt brutal, tantôt insolent, tantôt indifférent mais je n'avais jamais connu Harry vulnérable. Je posai mes lèvres sur sa joue et je le vis fermer les yeux lentement, goutant avec délice mon contact rassurant.
- Je vais rester.
Il me sourit timidement et me pris la main gentiment, me tirant dans la profondeur de l'appartement sans prendre le temps d'allumer une lumière. Il évita la mare de débris de verreries et me conduisit à sa chambre.
De là, il me laissa près du lit ou je m'assis et il se mit en direction de sa commode. Je le regardais se mouvoir dans la pénombre et je scrutais tous les détails de sa chambre. C'était la première fois, que je mettais les pieds dans ce lieu et je vis avec plaisir qu'il était le seul endroit propre et intact. Le jeune homme ferma l'armoire et il en sortit une serviette un haut et un de ses caleçons noir. Il me tendit les vêtements, sans aucune hésitation.
- La salle de bain est en face, si tu veux y aller.
- Merci.
Je le vis s'éloigner et disparaître derrière la porte de sa chambre me laissant seule dans la pièce. C'était même très surprenant qu'il ne m'ait pas proposé de rester pour « m'aider ». Ce soir, il n'était pas vraiment le Harry auquel j'étais habituée.
Je pris mon portable dans mon sac et envoya un message à ma mère disant que je dormais chez Amber. Elle ne s'inquiéterait assurément pas pour moi. Elle savait déjà que j'étais quelqu'un d'assez débrouillard et indépendant. Cependant, cela me dérangeait un peu de lui mentir. Je savais qu'avec Harry dans les parages, je ne craignais vraiment rien, mais le seul fait de lui cacher la vérité était un peu accablant.
Nous avions toujours été très honnêtes toutes les trois. C'était d'ailleurs la marque de fabrique de notre famille. Nous étions une famille de femme fortes, de femmes indépendantes et émancipées, liées très fortement l'une à l'autre. Nous avions appris avec ma mère à ne pas faire confiance aux hommes, à ne faire confiance qu'à nous même. A ne pas nous attacher à eux.
Je constatais de plus en plus que certains sentiments m'échappaient lorsqu'il s'agissait d'un certain homme. Cet homme qui me faisait perdre tous mes repères, toutes mes convictions. Harry était si différent des hommes mauvais que j'avais côtoyés dans mon existence. Malgré le fait qu'il était brutal et féroce comme un animal, il avait cette facette de douceur et de vulnérabilité que les autres n'avaient pas. Il était totalement différent des autres Bad boy qui étaient entrés et sortis de ma vie.
Je pris l'initiative d'aller me doucher, laissant l'eau chaude me laver de toutes les idées sombres qui étaient revenues dans ma tête. Je songeais à ma vie d'avant, aux hommes de ma vie d'avant. Ce souvenir était douloureux mais je tentais d'éloigner tout cela de cette soirée. Ce soir, j'étais avec Harry. J'étais avec celui qui faisait pour la première fois battre mon cœur. Un organe que je croyais prohibé à toute affection pour un homme.
J'émergeai de la cabine et je m'habillai tranquillement dans la salle de bain. Quand je sorti, je retrouvai le jeune homme dans le salon, assis sur le canapé. Les lueurs multicolores projetées par l'écran gigantesque frôlèrent sa figure et il ne me regarda pas, tandis que je m'approchais. Il semblait un peu... figé.
Je m'assis à une certaine distance de lui un peu gênée, sentant aussi de son coté de l'embarras. Nous semblions tous les deux si inconfortables. Je pouvais comprendre notre attitude parfaitement. Nous étions tous deux très fiers et cet instant de confidence avait un peu entaché notre stupide fierté. Même si nous avions tous deux été sincères, nous n'étions tout simplement pas habitués à nous dévoiler a quelqu'un d'autre. Même si ce quelqu'un était notre parfait miroir. Je le fixai en tentant de briser le silence.
- Tu regardes quoi ?
- Rien de particulier.
- Oh ! ok.
Son air plus distant me mettait légèrement mal à l'aise. Harry avait été si fragile tout à l'heure et maintenant il avait remis sa carapace d'homme fort. Je me retrouvais sur ma faim, comme si j'avais eu la chance de percevoir une petite part de lui, dans une fissure et qu'à présent, elle s'était refermée sur moi. J'avais vu sous le blindage et je percevais que cela l'embarrassais. Pourquoi voulait-il me cacher sa vraie nature ? Pourquoi lui caches-tu la tienne me dicta mon subconscient. Sa voix me sortit de mes pensées.
- Pourquoi est tu revenu Beth ? Pourquoi est-tu revenu alors que... tu ne devais pas le faire.
Je réfléchis un instant, remettant en ordre mes idées afin de répondre au mieux à cette question si banale et pourtant pleine de sous-entendus.
- Je....
- Je n'aurais jamais pensé que tu avec moi ce soir.
- Je n'aurais jamais pensé être là non plus.
- Pourquoi l'as-tu fais, alors ? Il ne m'observait pas, les yeux rivés sur son écran, même si je percevais qu'il ne le regardait pas réellement.
- Je ne sais pas. Je le devais c'est tout !
- Tu ne devais pas passer la soirée avec...Josh ?
- Si, c'est ce que j'ai fait.
- Alors quoi ?
- Je n'ai pas passé une aussi bonne soirée que je l'aurais voulu. Je pensais que c'était ce que je voulais et... j'en étais réellement convaincu mais je suis là, alors que... que...
- Je te manquais surement, lança t'il en me souriant faiblement face à ma petite crise de panique.
Je pivotai la tête dans sa direction, en redécouvrant avec plaisir « le Harry » qui me plaisait tant et non « le Harry » qui me mettait mal à l'aise. J'analysais son regard, voyant dedans tant de chose et pourtant je n'en reconnu pas une seule. Je laissais mes doutes de coté pour pouvoir redevenir qui j'étais avec lui...
- Pas du tout ! répondis-je en me redressant sur le siège, tentant de ne pas passer pour une fille attachée, même s'il était clair que lui et moi savions la vérité.
- Alors qu'est ce qui s'est passé ? Il a fait ou dit quelque chose de mal ?
- Non ! Il était adorable, franchement mais..Je...m'ennuyais lâchais-je en tournant la tête, pour cacher mon visage.
Il éclata de rire et je ne tardais pas à le suivre. Cela devait être le comble du ridicule. Harry et moi étions en pleine crise de rire sur un sujet aussi délicat que celui-là. Tandis que je venais de passer la soirée avec Josh, maintenant, je passais la soirée avec Harry. Quel genre de fille étais-je ?? Je ne pensais pas un jour pouvoir raconter au brun un rancard avec un autre que lui.
- Comment ça ? me demandait-il en tirant mes mains pour les ôter de mon visage, rouge de honte. « Parle moi arrête de te cacher. »
- Je ne sais pas ! Réellement, je ne sais pas du tout ! Il est très gentil, il est affectueux et poli et...
- Chiant à en mourir!
- C'est méchant de dire ça, mais oui, un peu.
Il explosa de rire, la main posée sur son ventre, lâchant un rire tonitruant qui surpassa le son de la télévision. Il s'écroula presque sur le canapé et je boudais. « Arrêteeee ce n'est pas drôle ! Il est si calme et tranquille, ce n'est pas bien pour lui»
- Il est tout l'inverse de toi quoi ! Tu n'es ni calme, ni une gentille fille tranquille, tu as du lui faire peur.
- Et alors, les opposés sont sensés s'attirer non ? dis-je en croisant les bras et il tira à nouveau ma main.
- On dit que les contraires s'attirent, on n'a jamais dit que les histoires entre eux duraient, clama t'il doucement.
Il venait de marquer un point. Vraisemblablement, le fait que Josh était si différent de moi m'avait beaucoup plu. Il était si plaisant, adorable et tout cela. Nous avions passé une soirée, douce et sans fausse note, mais surtout ennuyeuse à mourir comme l'avait dit Harry. Il était trop gentil, trop poli, trop... trop différent de moi. Trop différent de nous en y pensant. Je regardai Harry et fut surprise par l'aveu silencieux que je venais de faire dans ma tête. Josh était mon parfait opposé et même si les opposés s'attirent, c'est avec Harry que je voulais être.
Comme il me l'avait dit « à la fin de toutes nos journées, que l'on rit ou que l'on se hurle dessus, à la fin de ses putains de journée, on était ensembles ». Harry était un ensemble de petites choses qui séparées me rendait folle à lier mais qui assemblées me rendait folle de lui.
- Et nous on ne s'attire pas ? quémandais-je, un sourire taquin. Ma question sembla le surprendre et il étira ses lèvres en un sourire qui me fit arquer un sourcil.
- Nous, nous sommes trop similaire, je ne sais pas si c'est une bonne chose.
- Hum, pour répondre à ta question en étant honnête, tu m'as un peu manqué dis-je pour éviter le regard ardent qu'il me lançait.
- Juste un peu ?!
- Ne savoure pas trop, mais, ton manque d'éducation oui !
- Comment ça ? Tu as eu une overdose de politesse et de gentillesse, mes jurons te manquaient, plaisanta-il.
- Ne te moque pas ! Tu vois, je suis gentille avec toi et tu t'en fou.
- Je ne m'en fou pas au contraire, je veux tout savoir. Il t'a tiré la chaise, ouvert les portes et tout le tralala de gentleman ?
- Oui, il sait traiter les femmes !
- Moi aussi ! Et beaucoup mieux que lui.
- Pas dans ce sens-là, couinais-je face à sa perversion constante.
- T'a-t-il embrassée ? demanda t'il d'un coup en m'observant et je cessai de bouder d'un coup.
- Oui, soufflais-je et il resta un moment silencieux.
- Cela t'a-t'il plut ? demanda-t-il plus sérieusement et je passai ma main sur mon bras mal à l'aise. Toutefois, je ne voulais pas lui mentir, je voulais etre franche au moins sur quelque chose venant de moi.
- Oui.
- Oh lâcha-t-il dans un souffle, un peu touché et il se mordit la lèvre faiblement. Il hocha la tête, se callant au dossier et je continuais de l'observer..
- Malgré cela, il ne m'embrasse pas comme toi, personne ne le fais, dis-je timidement et Harry posa le regard sur moi et je fus troublée par la façon dont ses yeux brillaient.
- Personne ne le fait comme toi non plus.
Je restai silencieuse, repensant à un nom qui me brulait littéralement les lèvres. Je ne compris pas pourquoi, ce nom était soudainement revenu dans mon esprit mais il était clair que je voulais en savoir plus sur « elle ». Je n'étais pas celle qui me dévoilait le plus, j'avais une part d'ombre que je ne pouvais nier mais cela était une chose que je ne pouvais lui dévoiler aussi facilement.
- As tu déjà vécu ça ? Je veux dire, être attiré par quelqu'un en sachant que tu ne le devrais pas ?
- Oui, ça fait très longtemps avoua t-il dans un ton sérieux et grave.
- Rebecca Pierce ?
Harry se retourna vers moi, surpris par le nom que je venais de prononcer. Ce nom qui était sorti de ma bouche sans comprendre pourquoi. Il prit la télécommande en main et baissa le volume de la télévision. Il se tourna vers moi et me fixa longuement
- Ou as tu entendu ce nom ?
- Un de mes amis m'en a parlé, sentant que son ton avait changé.
- Un de tes amis ? cracha-t-il .
- Oui, ne commence pas à t'énerver Harry, dis-je en roulant les yeux.
- C'est Josh ?
- Non.
- Qui ?
- Amber.
- Que t'a-t-elle dit ?
- Que tu sortais avec elle. Que c'était avec elle que tu étais et...
- Ton amie a une grande gueule !
- Ne dis pas ça ! Je croyais que tu ne sortais jamais avec personne, dis-je en croisant les bras, aussi irritée que lui.
- Je suis sorti avec elle, seulement avec elle.
- Pourquoi tu m'as menti alors ? Pourquoi me dire que tu ne sors avec personne alors qu'il y a déjà eu quelqu'un, sachant que tu as déjà été avec quelqu'un.
- Je n'avais pas envie que tu saches pour elle.
Il posa son regard sur ses mains et je compris que c'était un sujet sensible. Je m'approchai de lui et je pris sa main. Je passai son bras autour de mon épaule, ce qui l'étonna mais il se laissa faire tout de même.
- Pourquoi ?dis-je en me radoucissant, calant ma tête contre son torse.
- Je n'ai pas tant envie que tu connaisses cette histoire.
- Racontes la moi quand même, je sais que tu penses que c'est une mauvaise idée, mais je penses que tu le sais que tu en as besoin.
Il prit une profonde respiration et resta un moment silencieux. Il m'avait toujours paru qu'Harry portait sur ses épaules un poids, une culpabilité, impossible à discerner. Avait-ce un rapport avec Rebecca ?
J'avais ressenti une violente jalousie envers cette fille, cette fille qui était la seule à être sortie avec lui. Je me demandais quelle était le lien entre deux. L'avait-elle touchée en plein cœur, lui donnant l'accès à son amour si inaccessible ? Avait-elle été celle qui l'avais tellement marqué qu'il ne voulait plus personne après elle ? Ou était-ce autre chose ?
- Je suis sortie avec Rebecca en première année, c'était une grande brune avec de grands yeux marron, plus grande que toi en taille. Elle était gentille et tout et j'avoue que je ne sais pas trop pourquoi elle s'est intéressé à moi. Peut-être que le coté Bad Boy lui plaisait.
« Enfin bref, on est sortis ensemble 3 mois, je crois même que c'est mon plus grand record avec une fille dans une relation stable et non... La plus grande relation sérieuse, je veux dire. Mais ça s'est plutôt mal fini »
- C'est-à-dire ?
- On ne s'est pas quitté comme un couple normal, il soupira et posa son regard sur l'écran en mouvement, hésitant.
- Prends ton temps...
- Des gars qui soutenaient un de mes concurrents Dwayne O'connor, sont venus dans ma loge et m'ont demandé ou plutôt réclamé de me coucher au prochain combat car ils allaient parier sur ma défaite. Vu le peu de défaite que j'ai eue, ils allaient se faire un putain de fric. J'ai refusé en leur faisant bien comprendre que je n'étais pas dans ce business-là, ce qui les a mis en rogne, continua t'il.Le jeune homme passa sa mains sur son visage, mal à l'aise par cette remontée de souvenir.
« Le lendemain de ma victoire, j'étais chez Rebecca et j'ai reçu un coup de fil de la part de mon boss pour me dire de le rejoindre au local. Il paraissait que les frères O'connor n'avaient pas bien pris cette nouvelle défaite sur leur tableau. Alors, j'y suis allé, laissant Rebecca seule chez elle. J'aurais dû rester avec elle, j'aurais du faire tout cela différemment. »
Harry plaça sa main sur son front, le regard vitreux et je ne dis pas un mot, le laissant continuer à son rythme. Je savais que ce genre de discussion était pénible, quand on regrettait chacun de nos actes, quand on se pensait capable de changer le cours d'une histoire douloureuse.
« Je n'ai pas pensé une seule fois que ça arriverait. Il l'ont blessé, ils l'ont cogné à mort et l'ont totalement défigurée. Ils l'ont fait pour me donner une putain de leçon. Quand je l'ai retrouvé à l'hôpital, ses parents étaient à son chevet et son père m'a presque hurlé dessus à peine j'eus franchis la porte de sa chambre. Il m'a reproché tout ça, tout ce qui lui était arrivé. Il m'a dit qu'ils ont crié mon nom à chacun de leurs coups et que c'est la seule chose qu'elle a pu dire avant de perdre connaissance. Harry... mon putain de nom»
- Il avait tort ! Ce n'est pas de ta faute lui glissais-je en le fixant avec intensité. Je sentais tant de culpabilité dans sa voix, tant de remord.
- Tu ne comprends pas, tout est de ma faute. C'est mon monde qui a détruit le sien. Elle n'était au courant de rien et pourtant elle n'a pas été loupée. Ils l'ont fait pour moi, ils l'ont brisé pour me briser moi. Et ils ont réussi !
Sans réfléchir, je me mis à califourchon sur lui, ne lâchant pas ses yeux des miens, prenant son visage entre mes mains et essayant de canaliser la douleur de sa voix. Il semblait si fragile, si meurtri par ce souvenir.
- - C'est toi qui ne comprends pas Harry ! CE N'EST PAS DE TA FAUTE ! Ce n'est pas toi qui l'a cogné, ce n'est pas toi qui l'a fait souffrir... ce sont eux.
- -Sa vie a été sallit à la minute ou elle s'est mise dans la mienne, me lacha t'il complètement démoli.
Je compris alors que cet épisode était aussi à l'origine de la naissance de l'homme violent et incapable de se laisser atteindre. Harry était convaincu qu'il devait rester seul. La réaction de sa mère à ses 16 ans lui avait dicté qu'il n'était pas aimé et cet épisode lui avait confirmé qu'il ne devait pas aimer. Il avait cette culpabilité comme preuve d'austérité. Il avait laissé quelqu'un s'approcher et avait vu avec horreur que sa seule proximité apportait malheur et désillusions aux gens qu'il appréciait. « Je suis celui qui a fait que toutes ces choses horribles lui sont arrivées. »
- Si tu le savais, tu aurais tout fait pour la protéger. Ce n'est pas ton erreur, c'est de la faute de ces mecs pas de la tienne.
- Je suis nocif, un véritable poison. Voilà pourquoi, je ne peux être avec personne depuis. J'ai eu le malheur de penser que cela marcherait. Je ne peux insérer personne dans ma vie. Etre avec moi est malsain, répliqua-t-il en évitant mon regard.
- Ce n'est pas vrai, tu n'es pas nocif ! Et puis, une fois ne permet pas d'en faire une généralité !
- Je le suis !
- Et moi ? Tu es proche de moi et je suis là...Tu n'es pas nocif pour moi.
- Mon monde est trop sombre. Elle était trop fragile pour être dans ce monde-là. Elle était l'innocence même, la vulnérabilité incarnée. A cause de ce que je suis, je ne dois pas trop me rapprocher des gens. Je serais nocif pour toi à un moment ou un autre.
Il posa enfin son regard sur moi, un regard si triste que cela me troubla. Il semblait certain que la distance qu'Harry créait avec les autres était un moyen pour lui de se protéger mais aussi de les protéger. Ce trait de caractère me transperça tellement que j'en eus presque la tête qui tournait. Je connaissais aussi cette envie de rester loin des autres, afin de ne pas être meurtris par leur abandon.
- Tu te trompes ! Je ne suis pas Rebecca, je ne suis pas une fille fragile. Tu le sais ça ! Alors n'ai pas peur pour moi, n'aies jamais peur pour moi. Je ne vais pas être brisée.
- Comment le sais-tu ?
- Parce que mon monde est aussi sombre que le tien. Je suis née dans le même univers de violence, je suis un aussi sombre que toi, aussi violente, aussi nocive. Il me scrutait, semblant essayer de comprendre chacun de mes mots. « Et particulièrement parce que j'ai « un putain de vieux caractère », tu t'en rappelles ? », dis-je en lui souriant.
Il me fixa, puis posa un doux baiser sur mes lèvres et récupéra la télécommande. Son doigt pressa la touche « OFF » et il rejeta la manette en insérant un sourire docile sur ses lèvres. Je le regardai, inquiète par les pensées douteuses qui devaient cogiter dans son esprit.
Soudain, il me souleva d'un geste habile. Ses mains puissantes ancrées à ma taille. Son geste me fit rire et il me secoua en me faisant rigoler de plus belle. Il n'eut aucune peine à haranguer mon corps en me tenant par les hanches. Il me déposa, couchée sur le canapé et m'y rejoint en collant son corps près du mien. Il m'enveloppa de ses bras, nos deux corps contractés dans ce tout petit espace.
Mes paroles avaient semble-t-il rassuré l'homme si vulnérable que je venais de rencontrer. Il était évident que cet homme n'avais pas autant confiance en lui qu'il voulait le faire croire. Mon Harry était un être complexe et plus j'apprenais à le connaître et plus je l'aimais. Venais-je de dire que je l'aimais ? Aimer d'amour ? Je fus surprise par cette révélation. Je ne savais pas si je faisais bien de me laisser emporter dans ce chemin-là. Mais, il était flagrant que je ne pouvais empêcher l'inévitable. J'étais en train de tomber méchamment amoureuse pour la première fois, amoureuse d'Harry.
- Tu ne devrais pas t'attacher à moi, glissa t'il doucement dans mes oreilles.
- TU ne devrais pas t'attacher à MOI.
- Et si c'était déjà le cas ? Si c'était déjà trop tard ? me demanda-t-il, les yeux verrouillés aux miens.
- On serait tous les deux pris au piège comme deux idiots.
- Je ne suis pas un idiot, ironisa t'il
- Un peu quand même !
- Je ferais tout pour qu'il ne t'arrive rien me dit il sur un ton plus sérieux en m'embrassant encore une fois chastement..
- JE ferais tout pour qu'il ne t'arrive rien, corrigeais-je en fermant les yeux, lourds de sommeil.
- Tu es toute petite, comment pourrais-tu me protéger ? plaisanta t'il en nichant son visage dans mon cou.
Nous nous endormions petit à petit, l'un contre l'autre, tandis que je lâchais un phrase qu'il ne perçu peut-être pas, lâcher tel un murmure, un aveu tacite, mais qui révélait plus de choses que je n'avais jamais dite sur mon passé.
- J'ai déjà fait tant d'horribles choses pour protéger ceux que j'aime.