Ça fait un moment que je suis célibataire. Mais avoir une histoire d'amour ? Oui, c'est possible, pour les autres. Moi, je regarde ça de loin, c'est plus prudent. L'amour a souvent l'air de faire... mal. De toute façon, je suis probablement un peu trop bizarre pour que ça m'arrive. C'est vrai, je pense trop.
Par exemple, je me demande sans arrêt comment les gens perçoivent les choses. On marche dans la rue, les yeux sur notre téléphone. On suit les panneaux de signalisation, les feux, les passages piétons. En même temps on navigue du bout du doigt, entre boutons, champs de saisie et notifications. Tout est facile, logique, sûr.
En réalité, pour obtenir des parcours si bien coordonnés, il existe des créateurs comme moi qui poursuivent une logique implacable. C'est exactement comme ces affiches publicitaires sur les arrêts de bus. Mots, typographies, couleurs vibrantes : tout a été pensé pour déclencher un impact immédiat.
Soudain, mon cœur se contracte. Je m'écarte pour ne pas percuter un piéton, mais mon pied s'égare sur le bord du trottoir. Ma cheville se tord. Je perds l'équilibre et m'effondre sur la route. Une voiture me klaxonne. Une autre passe à cinq centimètres de mon visage.
Je me relève sous l'adrénaline, m'accroche à un poteau de signalisation et m'empêche de crier. Mon cœur cogne à cent à l'heure. Je grimace et retiens ma respiration par à-coups, au rythme imposé par la douleur qui pulse dans mon articulation.
Je reste arrimée à mon poteau froid dix bonnes minutes avant de réussir à bouger. Je repars, crispée comme jamais. Une jambe raide, l'autre trop prudente. Heureusement, le building Emôta se profile au bout de la rue.
J'arrive tant bien que mal à mon travail et parviens à me glisser dans l'ascenseur, bondé d'employés. Évidemment, tout le monde semble s'être mis d'accord pour descendre à chaque étage, avant le mien. C'est interminable et j'ai de plus en plus mal. Il faut que je m'assoie. Vite.
J'avance dans une démarche ridiculement douloureuse vers la réception de mon entreprise et m'écroule sur la première chaise venue. Je suis en train de retrousser mon pantalon pour me masser la cheville quand ma patronne, Claude Prézil, une petite rousse énergique de cinquante ans, me découvre. Elle s'inquiète aussitôt de mon état.
— Ça va pas, ma chérie ?
— C'est rien. Les clients de Doripôle ne sont pas encore arrivés ?
— Mais tu as l'air de souffrir le martyre ! T'as vu ta tête ?! Il faut que tu ailles voir un médecin. Tu peux pas faire ta réunion comme ça.
— Si, si... ça va passer.
— Je crois pas, non. Suly ! Sulyyy !
Mon collègue, SULYVANE, arrive tranquillement un dossier sous le bras. Peau mate, regard clinique. Toujours impeccable dans son pantalon de costume et son gilet ajusté sur sa chemise blanche. Il m'étudie rapidement, en restant parfaitement stoïque, puis il prévient Claude.
— Il y a un cabinet de kinésithérapie en bas de l'immeuble.
— Je vais les appeler ! Je vais leur dire que c'est urgent. Tu peux trouver un fauteuil qui roule, pour qu'on puisse l'emmener ?
Je proteste aussitôt.
— Non, mais c'est bon... je peux tenir.
Repliée sur moi-même, je souffre de plus en plus. Je n'ose même plus toucher ma cheville. Sulyvane s'approche d'un pas pour capter mon attention. Son regard est fixe. Inconfortablement précis.
— On ne négocie pas avec la douleur.
Il disparaît aussitôt de mon champ de vision. C'était bizarre, mais je m'en fous. Là, j'ai juste trop mal pour penser à autre chose : il y a une boule chaude qui enfle dans ma cheville.
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Tu peux te retenir ? [FxM] ⚤
RomanceUne entorse à la cheville. Un cabinet de kiné. Et le retour imprévu dans ma vie d'un ancien camarade de handball devenu médecin du sport... Dr Omaè Césure. Quand nos trajectoires se croisent à nouveau, c'est tout un passé à demi effacé qui remonte à...
![Tu peux te retenir ? [FxM] ⚤](https://img.wattpad.com/cover/392462885-64-k159195.jpg)