Le claquement des barreaux résonne encore dans mes oreilles, même après qu'ils aient cessé de vibrer. "El Purgatorio". C'est là que je suis. À chaque respiration, l'air me semble plus lourd, chargé de sueur, de peur et d'une violence latente qui guette dans chaque ombre. Je suis assise sur le sol froid et rugueux de ma cellule, les genoux repliés contre ma poitrine, et je fixe le néon tremblotant au-dessus de moi. La lumière vacille, m'aveugle un instant, puis laisse tomber un voile de ténèbres.
Mon cœur bat trop fort, mais j'essaie de rester immobile, de me fondre dans le silence comme si ça pouvait me rendre invisible. Ici, tout est une question de survie. Je l'ai compris dès que j'ai passé ces portes. Pas de fausse gentillesse, pas de place pour les faibles.
Mon regard descend sur mes mains. Elles tremblent encore. Pas à cause du froid – on s'habitue vite à ce genre d'inconfort –, mais à cause de ce que j'ai vu, de ce que j'ai dû faire aujourd'hui. Le sang sous mes ongles me répugne. J'aurais dû laver mes mains, mais il n'y avait ni eau, ni savon, rien.
Je repense au dispensaire. À mes mains qui soignaient, qui donnaient la vie ou, au moins, la chance de continuer un peu plus longtemps. Aujourd'hui, elles m'ont servi à survivre. Je n'ai pas frappé, non... pas encore. Mais j'ai tenu ce scalpel comme si ma vie en dépendait. Parce qu'elle en dépendait.
Un rire aigu perce l'air, quelque part au fond du bloc. Ce son me glace. Ça peut être tout et rien ici : une menace, une mise en garde, ou juste quelqu'un qui perd la tête. Je me force à respirer lentement. Ça ne sert à rien d'avoir peur. Pas ici. Pas maintenant.
Comment en suis-je arrivée là ?
Les souvenirs déferlent malgré moi. Je revois les couloirs du dispensaire, les visages épuisés des patients, le sourire courageux de Rosa, ma collègue et ma meilleure amie. La grand-mère qui m'attendait toujours, à moitié assoupie sur sa chaise, quand je rentrais tard. Et cette nuit... Celle où tout a basculé.
Un frisson me traverse. Ce n'est pas le moment d'y penser. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Je sens encore la prise brutale des policiers sur mes bras, leurs accusations. La peur qui m'a foudroyée lorsqu'ils ont prononcé ces mots : "complice d'un cartel." Je ne faisais que mon travail. Je soignais un homme qui saignait à mort. Et maintenant, je suis ici, entre ces murs qui semblent s'approcher un peu plus à chaque seconde.
Je serre les poings.
Non, je ne vais pas me laisser briser. Pas maintenant, pas comme ça. Je suis déjà tombée avant, bien plus bas que ça. Je sais ce que c'est que de survivre. Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est que je suis plus forte qu'ils ne le pensent.
Un coup contre les barreaux de ma cellule me sort de mes pensées. Je lève la tête. Une silhouette se tient là, à demi cachée par l'ombre.
"Prépare-toi," dit une voix rauque. "Ça va bientôt commencer."
Je ne réponds pas, mais mes muscles se tendent. Peu importe ce qui m'attend, je suis prête. Je dois l'être.
Parce que dans "El Purgatorio", on ne vit pas. On survit.
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Estrellita
Teen FictionEstrellita a 20 ans et un rêve : fuir Tepito, l'un des quartiers les plus dangereux de Mexico. Orpheline depuis l'adolescence, elle se bat chaque jour pour subvenir aux besoins de sa grand-mère malade, tout en travaillant comme infirmière dans un di...
