Chapitre 1

1.9K 80 6
                                        

Août 2013

          Il était grand temps que les vacances scolaires se terminent. Non pas que je n'appréciais pas de me consacrer entièrement à mes enfants, mais je commençais à être à court d'idées pour les occuper. Heureusement, j'habitais à proximité de la côte, ce qui m'offrait la possibilité de les emmener à la plage aussi souvent qu'ils le souhaitaient, ou disons plutôt aussi souvent que la météo le permettait. En effet, la Normandie n'était pas réputée pour avoir un nombre important de jours d'ensoleillement; seulement depuis plus de trois semaines le temps était suffisamment agréable pour que chaque jour, j'accepte de m'exposer à la réverbération d'un soleil pâle sur l'eau glacée de la Manche. Je commençais néanmoins à véritablement pâtir de toutes ces après-midis passées au bord de la mer. Ce n'était pas tant à cause des activités auxquelles je me livrais sur la plage, puisque après avoir porté et installé tout le matériel requis dans ce genre d'expédition, je ne quittais que très rarement mon petit transat, mais l'environnement présentait tellement de dangers potentiels pour une fillette de 6 ans et un petit bonhomme de 8 ans, que la vigilance dont je faisais preuve, pendant parfois plus de trois heures, m'épuisait littéralement.

Surtout aujourd'hui. Il avait fait exceptionnellement chaud par rapport aux températures que nous connaissions au mois d'août dans la région, un temps ne nécessitant ni gilet, ni paravent; un temps qui aurait donné envie même au plus frileux de se jeter à l'eau, mais aussi un temps qui malheureusement pour moi, avait amené une foule de vacanciers sur le sable, transformant cette sortie en véritable parcours du combattant. Un passage en enfer n'aurait pu me sembler plus pénible, tant j'avais souffert d'évoluer sous un soleil de plomb parmi ces gens surexcités. Du coup, pour m'en remettre, ce soir, je décidai exceptionnellement d'avancer l'heure du coucher. Je profitai ainsi de la pause publicitaire qui venait d'interrompre le film, pour convaincre les enfants de se mettre au lit. Croyant obtenir plus rapidement gain de cause, je leur promis de retourner dès le lendemain à la plage, ce que je regrettai amèrement en constatant que l'air de la mer les avait suffisamment fatigués pour qu'ils consentent facilement à aller se coucher. Je fus d'ailleurs surprise que contrairement à d'habitude, ils n'usent d'aucun prétexte pour retarder le moment de se mettre au lit. Mais le plus étonnant, c'est qu'ils parurent ravis de pouvoir se blottir chacun dans leur petit lit. A croire que tout comme moi, il devenait urgent pour eux de se reposer, voire même de mettre fin à des activités aussi éreintantes; mais les connaissant, je savais qu'une bonne nuit de sommeil leur permettrait de récupérer assez d'énergie pour que dès le réveil, ils aient de nouveau envie d'aller à la plage. Ce qui me laissait peu d'espoir de pouvoir me dégager de ma promesse, à part peut-être si la météo en avait décidé autrement, seulement j'en doutais au vu des dernières prévisions. Il me fallait par conséquent retrouver, moi aussi, au plus vite mon lit. Pourtant, après avoir bordé et embrassé mes enfants, je me contraignis à prendre une douche; car même si encore une fois, j'avais par pudeur renoncé à me mettre en maillot de bain, il me semblait avoir du sable collé un peu partout sur ma peau. Malheureusement, l'eau chaude me délassa à un point que j'en profitai plus que de raison, j'eus d'ailleurs un mal fou à me convaincre de couper la robinetterie. Et pour cause, privée de la caresse brûlante des jets, mon corps mouillé se mit rapidement à refroidir. Certaine néanmoins qu'une fois blottie sous les couvertures, je pourrais facilement enrayer cette baisse de température et conserver ainsi un peu du bénéfice que j'avais acquis en m'accordant cet instant de détente, je m'enroulai aussitôt dans un drap de bain pour rejoindre ma chambre.

En entrant dans la pièce, je constatai que j'avais laissé la fenêtre grande ouverte toute la journée. Bien que surprise de ressentir un pareil froid alors même que les soirées étaient douces en cette saison, je me contentai d'attraper mon pyjama avant de retourner dans la salle de bain, où la vapeur d'eau chaude n'avait pas été complètement évacuée par la VMC. Seulement j'étais bien trop fatiguée à présent, pour prendre le temps d'emmagasiner cette chaleur; c'est pourquoi une fois habillée, je n'hésitai pas à retourner braver l'atmosphère glaciale de ma chambre. Ce qui ne pouvait être, de toute façon, qu'un mal temporaire, puisque je fermai aussitôt volets et fenêtres avant de plonger directement sous la couverture. Dès lors, en attendant de me réchauffer, je décidai d'allumer un peu la télévision, surtout qu'il était préférable que je repousse encore les effets de la fatigue si je ne voulais pas m'endormir trop tôt et risquer ainsi de m'éveiller dans le courant de la nuit. En effet, depuis la naissance de mes enfants, mon sommeil avait été grandement perturbé, de sorte que sept heures me suffisaient amplement à récupérer. Je devais par conséquent lutter au moins une heure encore pour respecter mes rythmes habituels de sommeil. Ce qui risquait d'être compliqué, étant donné le mal que j'avais désormais à garder les yeux ouverts, à moins peut-être de trouver un programme suffisamment intéressant pour me maintenir éveillée.

Mon Incube - TOME 1 - Rendez-vous nocturnesStories to obsess over. Discover now