Le jour de ses 18 ans, cela faisait 12 ans jour pour jour que Kali n'avait plus aperçu cette gigantesque cascade d'eau si turquoise qu'elle semblait irréelle. Elle est enfin prête, un piolet dans chaque main. Au moment où le soleil atteignit le zénith la cascade s'effaça.
"J'arrive" dit-elle, comme si elle parlait à une ancienne connaissance, avant de s'élancer contre le mur de pierre qui lui fait face. C'est avec une vivacité animale que Kali escalade le mur rugueux à une vitesse semblable à une légère feuille entraînée par une rafale de vent. Des gaz s'échappent de la paroi des roches, comme s'ils étaient à la poursuite de Kali.
Après plus d'une heure d'efforts incessants, le sommet est à sa portée, elle ferme les yeux et s'élance une dernière fois pour atterrir debout sur le sol. En ouvrant les yeux, elle découvre une terre qui n'a que peu changé, au loin deux tours d'un blanc éclatant donnent l'impression de toucher le ciel. À ses pieds, là où il y a dix ans les derniers brins d'herbe subsistaient, un béton gris et brûlant lui montré le chemin vers ce qu'elle avait dû fuir étant enfant.
"La balade est terminée" dit-elle avec facilité, le sourire en coin, arrivée sur le territoire ennemi après avoir escaladé un mur sulfurique. Elle s'avance alors, d'un pas décidé, vers la périphérie de la ville qui l'a vu naître. Après seulement quelques pas, la longue et athlétique silhouette d'une femme se dessine devant elle. Pour la première fois de sa vie, la nervosité gagne le cœur de Kali, son corps s'en retrouve tétanisé.
-"Je savais que tu reviendrais ma fille", la douceur de la voix apaisa Kali dont une larme s'écoulait sur sa joue au fur et à mesure que sa mère apparaissait. Sa silhouette était très fine et allongée, ses cheveux noirs, comme sa longue robe, descendaient jusqu'au bas de son dos. Sa peau si blanche faisait contraste à la peau légèrement dorée de sa fille. La chevelure de la fille paraissait plus courte avec sa tresse mais elle était toute aussi longue. Kali un peu plus d'une tête de moins que sa mère lorsque cette dernière la pris dans ses bras. L'étreinte attendue depuis ce qui paraît une éternité pour une mère et sa fille, laissa rapidement place à un discours beaucoup plus sérieux.
"Le temps nous est compté ma fille, nous devons faire vite."
-"Je le sais bien, ne t'inquiète pas maman. Les habitants du village sont prêts, notre plan est sans faille, nous nous préparons depuis tant d'années. Nous allons bientôt infiltrer la ville et faire resurgir la liberté à travers le peuple."
-"Peu importe ton plan, tu ne peux pas rester ici, une attaque se prépare, dans quelques jours, ton village sera rasé, vous devez tous fuir."
-"Nous pouvons convaincre les nôtres ici, le village doit nous rejoindre dans deux jours, nous pouvons changer les choses tous ensemble. La force de l'éléphant est toujours de notre côté"
-"Le dernier éléphant est mort hier et le leader compte bien vous en faire tenir responsable, le peu d'espoir caché au fond du peuple aura bientôt disparu"
-"Pourquoi.."
"Flashback 12 ans plus tôt"
Kali n'avait que 6 ans lorsqu'elle a été trouvé, seule sur la plage, par Tula un pêcheur de l'île de Madi. Tula aimait la solitude, c'est pourquoi il avait choisi d'être pêcheur. Cependant, il n'a pas hésité une seconde lorsqu'il est devenu le gardien de Kali durant la réunion du village au sujet de la fille.
Les villageois avaient accepté de laisser la fille entre les mains d'Isia et Josaï, un couple d'enseignants au tempérament très calme, dont le cadre de vie était propice au bon développement d'un enfant. Tula n'avait pas l'habitude de s'emporter, il se souciait déjà peu de lui-même, et la dernière chose dont il se souciait, c'était des autres.
Lorsque vint le moment de prendre une décision, il était inhabituellement agité, sa jambe droite tremblait, ses sourcils fronçaient et un visage rugueux remplaçait celui qui était d'habitude si vide d'émotions. Il était resté silencieux tout au long de la réunion, tout comme la petite Kali à ses côtés, qui avait pourtant été invitée à s'exprimer. Une fois la réunion terminée, Josai et Isia à la posture irréprochable s'approchèrent d'une Kali dont le visage était resté fermé, Tula courbé sur sa chaise se leva et déploya ses deux mètres d'un seul bond comme s'il venait de se réveiller d'un cauchemar.
- "Non ! C'est mon trésor ! C'est à moi de le garder", s'exclama Tula.
- "Et qu'allez-vous faire de ce trésor, Mr le pirate ? Et nous qui pensions que tu étais un simple pêcheur" répondit Josai, accompagné par les rires moqueurs des villageois.
- "Une meilleur personne qu'un mouton comme toi ! Incapable de..." Tula se mit en colère avant que Kali ne lui prenne le bras. "C'est certes un trésor, mais elle n'appartient à personne, ce n'est surement pas à moi de décider ce qu'il adviendra d'elle, et encore moins à vous tous", expliqua un Tula qui avait retrouvé son calme. "C'est une grande fille", dit-il de la jeune fille âgée d'à peine 6 ans alors que plus d'un mètre de hauteur séparait leurs deux visages. Ils se regardèrent en souriant avant que la grande fille n'éclate de rire face à l'absurdité de la situation.
"Apprends-moi à pêcher et je t'apprendrai à faire le thé", dit-elle joyeusement alors qu'ils quittaient la pièce comme un père et sa fille à la sortie de l'école. Les villageois étaient stupéfaits et sans voix, à la fois surpris d'entendre Kali pour la première fois et désarçonnés par la maturité que pouvait avoir cette fillette.
Ils comprirent, par son attitude et son vocabulaire, qu'elle n'était pas une jeune fille ordinaire. C'est presque sans un mot que Kali leur montra que son éducation n'est pas à faire et que son seul souhait est de s'épanouir.
"Fin du flashback"
Merci de votre lecture, c'est mon premier essai. Devrais-je écrire le livre en entier ? N'hésitez pas à me laisser vos avis et conseils dans les commentaires, ça serait sympa :)
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La dernière altruiste
AventuraC'est une après-midi ensoleillée qui faisait suite à une soirée très orageuse. Un pêcheur remarque une petite barque vide sur les eaux calmes du fleuve. Il s'en approche et découvre une jeune fille dormant paisiblement sous de nombreuses algues. Mal...
