Chapitre 11 - Élias (Partie 1)

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Ses parents ne s'écoutaient pas. L'un, comme l'autre, dépassé par sa propre logorrhée* agressive, ne prêtait aucune attention au monde extérieur, pas même à leur enfant. Leur voix se mélangeaient en une mélasse dépourvu de sens. Élias ne distinguait même plus qui parlait ni à quel moment. Déformés par la colère qui les rongeait, leur timbre s'étaient mués au point que la voix aiguë de sa mère devenait grave et autoritaire et la voix rauque de son père grimpait dans les plus hautes tonalités. Ils ne remarquèrent pas non plus que la terre se déroba sous les pieds de leur fils lorsqu'elle se remit à trembler. Élias, au sol, les mains dans la neige, attendit que la secousse cessât avant de se relever. Il frotta ses vêtements en se retournant pour chercher le regard de Marie. Il distingua sa silhouette penchée et accrochée au mur de sa maison pour ne pas vaciller. Les spasmes terrestres n'avaient pas été intenses, mais ils suffisaient pour déséquilibrer n'importe qui.

 N'importe qui, mais pas mes parents...

Marie n'avait pas l'air d'avoir vu la chute de l'enfant. Sa main agrippée au chambranle de sa porte, elle peinait à discerner quoique ce soit dans cette obscurité dense et noyée de neige. Elle entendit cependant le déclic de l'ouverture centralisée de la voiture. De la lumière sortit de l'habitacle. Situé à côté de la voiture, Élias ouvrit la portière arrière droite et se glissa à l'arrière. Il eut à peine le temps de sceller sa boucle de ceinture que son père démarrait en trombe. Il ralentit l'allure rapidement suite à un dérapage sur la neige tassée depuis des jours. Élias se détendit un peu.

Dans la voiture, la dispute perdura et s'accentua à une différence près, Élias, cette fois, reconnaissait les mots, les phrases. Il compris alors qu'il n'était plus la source des débats, mais que les routes enneigées, le réseau perturbé accaparaient complètement l'attention et l'esprit de ses parents. Il trouva étrange qu'ils n'ajoutassent pas à ce total le nombres de séismes, certes légers, qui avaient secoué le sol brécilien* dans la soirée.  S'il avait bien compté, celui qui l'avait fait tombé portait au nombre de trois les secousses. Deux chez Marie, une à côté de la voiture. Il savait que le sol breton tremblait régulièrement, mais il n'avait jamais ressenti une seule secousse. Cette agitation de la Terre l'effrayait. Il sentait que ces mouvements spasmodiques n'étaient pas réellement ceux des plaques tectoniques armoricaines. Il ne savait pas pourquoi, mais, au fond de lui, il sentait qu'il y avait autre chose. Peut-être était-ce seulement son imagination fertile qui le biaisait ? En tout cas, sa mère serait convaincue que ses "idées farfelues" venaient des "lectures fantaisistes qui pervertissaient sa conception de la réalité". Toujours était-il qu'Élias songeait au cœur de la Terre comme à celui d'un organisme vivant ou, tout au moins, comme à un agglomérat d'organismes vivants regroupés pour vivre en symbiose et, à cet instant-là, il eut l'impression que quelque chose d'enfoui depuis des millénaires sous la croûte terrestre était en train de s'en extirper avec violence.

Les ronronnements du moteur de la voiture qui roulait au pas en slalomant entre les congères berçaient le jeune garçon. La chaleur étouffante à l'intérieur de l'habitacle plongeait Élias dans une torpeur certaine. Son père, en mari attentionné, avait poussé le chauffage à fond pour que sa mère ne ressentît pas le froid qui mordait. Élias aurait bien ouvert légèrement une fenêtre, mais sa mère, frileuse et sensible au moindre courant d'air, aurait senti le vent s'infiltrer par le léger interstice à la seconde même où la vitre commencerait à s'abaisser. 

Le rêveur battait des cils. Les paupières mi-closes, il se laissa hypnotiser par les rafales de flocons de neige qui l'engloutissaient dans un monde onirique peuplé de montagnes vivantes.

Une décharge d'adrénaline se propagea dans ses veines.

Les montagnes vivantes...

- Les géants endormis, chuchota-t-il pour lui-même, stupéfait de sa propre révélation.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !