Je pars au States dans cinq jours ! 120 petites heures me séparent de New-York. Ce voyage est la première chose à laquelle je pense en m'extirpant des nimbes du sommeil. Ce soir, ma mère a invité M. Marcel à dîner pour s'assurer qu'il prendra bien soin de moi. Je pense qu'il va beaucoup lui plaire.
Le dernier cours de la journée est justement Littérature. Après un passionnante étude du livre de Jane Austen "Orgueil et Préjugés" - l'un de mes préférés - et lorsque nous somme seuls, je vais parler à mon professeur :
- Alors, lui dis-je, vous êtes prêt pour ce soir ?
- Plus ou moins... répond-il. Quelle sorte de gâteau toi et ta mère aimez ? J'aimerai beaucoup apporter le dessert. J'hésitais entre une tarte aux citron maison et...
Sa soudaine anxiété me fait sourire et je le coupe :
- Ne vous inquiétez pas, tout nous convient. Mais ne vous sentez pas obligé de cuisiner, un gâteau provenant d'une pâtisserie fera parfaitement l'affaire, dis-je.
- Non, je voudrais faire bonne impression, dit-il tandis que ses pommettes se teignent d'un rose pâle. Et puis, cela ne me dérange pas de cuisiner, j'aime beaucoup. Alors, que penses-tu d'une tarte au citron ? demande-t-il une nouvelle fois.
- Je pense que c'est une excellente idée, dis-je d'un ton que je veux rassurant.
- D'accord, répond-il comme un enfant à qui on vient de donner un conseil.
Je me dirige alors vers la porte et me retourne vers M. Marcel :
- 8 heures ?
- 8 heures. À ce soir, Élise.
Je sors du lycée en riant. M. Marcel est vraiment charmant. Il sait faire mon gâteau préféré... Mon esprit continue à penser à cette discussion et à la perspective de cette soirée tout au long du trajet.
"Que vais-je mettre ?". Je me répète cette question sans cesse, les yeux rivés sur mon armoire. Robe ? Jeans ? Je peux affirmer que M. Marcel portera un costume, comme à son habitude. Il ne faut pas en faire trop, mais je ne vais pas non plus m'habiller comme au lycée !
Je me décide enfin pour une simple robe bleu marine avec des collants noir à motifs triangulaires. Je lâche mes cheveux et ajoute un très léger trait de crayon sur mes paupières.
Je me dirige vers la chambre de ma mère :
- Maman ?
Ma mère pose les yeux sur moi mais je ne peux décrypter l'expression de son visage.
- M. Marcel a de la chance que tu t'habilles ainsi pour lui, lâche-t-elle.
- C'est à dire ? dis-je tout à coup prise de panique. C'est trop ?
- Hé bien, à toi de voir, répond-elle sur un ton assez neutre et détaché. Mais tu es très jolie.
Je retourne dans ma chambre et décide de ne pas prendre en compte l'étrange remarque de ma mère. Je ne porte qu'une robe simple et des collants, je ne suis tout de même pas en tenue de soirée !
Alors que ma mère se prépare encore dans sa chambre, la sonnette retentit. Je crie à ma mère :
- J'y vais !
Je descend rapidement les escaliers pour accueillir mon hôte.
J'ouvre la porte et aperçois M. Marcel derrière un gros bouquet de roses. Cette vision me rappelle, une fraction de seconde durant, Gabriel, m'ayant apporté un bouquet de fleurs tout comme lui. Je reviens à la réalité et nos regards se croisent. Nos lèvres s'incurvent simultanément en deux sourires chaleureux. Après de longues secondes, mon professeur me regarde de haut en bas.
- Élise. Tu es... hésite-t-il, magnifique.
Je n'ai pas le temps de répondre car ma mère arrive derrière moi :
- M. Marcel ! Enchantée, dit-elle en lui faisant signe d'entrer.
- De même, répond-il, tout sourire.
- J'ai tant entendu parler de vous, dit ma mère. Élise vous porte très haut en estime.
M. Marcel me pose son regard sur moi avec un petit rire. Il offre ensuite le bouquet à ma mère, ce qui lui fait énormément plaisir, et lui tend la fameuse tarte au citron, ce qui m'arrache un petit rire.
Nous nous attablons, et pendant que mon professeur subit le fameux interrogatoire maternel - comme si M. Marcel était mon nouveau petit ami - je prend le temps de l'observer. Il porte, comme prévu, un costume gris anthracite parfaitement coupé. Il a en revanche laissé sa fine cravate pour un col de chemise légèrement déboutonné. Il sent toujours le même parfum enivrant, que je ne saurais décrire. Les boucles de ses cheveux tombent tout aussi élégamment sur le haut de son front. Et ses yeux, je les trouve de plus en plus magnifiques. Plus je les regarde, plus il m'hypnotisent et me font perdre mes moyens.
Je suis tirée de ma rêverie par une question de ma mère, à laquelle je parviens - à mon plus grand soulagement - à répondre sans trahir mon inattention des dernières minutes.
Le repas se déroule dans une atmosphère chaleureuse et M. Marcel arrive, comme toujours, à trouver les mots justes pour rassurer ma mère au sujet du voyage. Je peux assurer en examinant ses réactions qu'elle apprécie sa façon de s'exprimer et son sourire plus que communicatif. Nous parvenons même à oublier que M. Marcel est mon professeur, nous agissons avec lui comme avec un vieil ami.
Alors que ma mère apporte le dessert - la fameuse tarte au citron - elle demande à mon professeur :
- Êtes-vous déjà allé à ce salon du livre ?
- À vrai dire, répond-il, j'y ai souvent été invité, notamment à la sortie de plusieurs de mes livres, mais je n'ai eu la chance d'y aller qu'à deux reprises. Étant professeur, je ne peux pas laisser mes classes pendant une semaine alors que je suis en voyage, termine-t-il.
Je ne savais pas que M. Marcel était auteur. C'est étrange, il ne m'en a jamais fait part.
- Vous écrivez ? demande ma mère quelque peu étonnée, elle aussi.
- Oui, répond-il sans développer outre mesure. Assez pour pouvoir dire que votre fille à un réel talent. Sa victoire à l'International Book Contest prouve bien que je ne suis pas le seul à apprécier ses écrits.
Je rougis face à cette cascade de compliments.
- Merci beaucoup, dis-je plutôt gênée. Mais comme je vous l'ai déjà dit, je n'aurais jamais pu réussir sans vous.
- Je suis persuadé du contraire, sourit-il. Élise, tu es trop modeste.
Le dîner se termine et je raccompagne M. Marcel à la porte. Il sort puis se retourne. Son visage s'illumine d'un énième sourire depuis qu'il est arrivé.
- Merci pour cette belle soirée, Élise, dit-il.
- Merci à vous, dis-je poliment. Je crois que vous avez beaucoup plu à ma mère.
- J'en suis ravi, dit-il, ses yeux dans les miens depuis quelques minutes déjà.
- Et... dis-je en sentant encore le bon goût du citron sur ma langue. Votre tarte était délicieuse. À vrai dire, c'est mon dessert préféré.
Mon professeur rit et ajoute :
- À moi aussi.
Nous parlons encore quelque temps puis M. Marcel dit :
- Il se fait tard, il faudrait que je rentre. Merci encore !
Je me penche pour lui faire la bise et réalise alors mon erreur. Je me recule rapidement et deviens écarlate. Je bafouille :
- Excusez moi, je... J'avais oublié que...
- J'étais ton professeur ? finit-il ma phrase. Moi aussi, ne t'inquiète pas, j'oublie souvent que tu es mon élève.
Il me fait alors un signe de tête. Je reste là, sur le pas de la porte, à réfléchir à ses paroles.
- Élise ! crie ma mère.
- J'arrive Maman !
Je ferme la porte puis pars la rejoindre.
- J'ai adoré M. Marcel, déclare-t-elle.
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Différente (prof/élève)
RomanceUne jeunesse frémissante, une passion pour les livres et la plume, un nouveau professeur, un concours d'écriture... Voilà comment débute l'histoire d'Élise Dapain. L'adolescence où l'amour pour les lettres peut parfois croiser le grand amour, racont...
