Prologue

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L'air était moite. Trop chaud pour une nuit d'avril.

Je titubais légèrement sur le trottoir, mes talons cognant contre les pavés irréguliers de Boston. L'alcool pulsait encore dans mes veines, rendant mes pensées floues, déformant la réalité comme à travers une vitre trempée.

J'avais besoin d'air. De silence. De m'éloigner de cette musique qui cognait dans mes tempes, des corps qui se frôlaient, des regards troubles et des sourires forcés.

Je passai mes mains sur mon visage, espérant m'arracher à cette torpeur. Rien à faire. Je n'étais plus vraiment là. Pas vraiment consciente. Mais pas inconsciente non plus.

Les lumières de la boîte de nuit, derrière moi, jetaient une lueur rouge sur les murs. Je marchais sans but, juste assez loin pour ne plus entendre les basses.

Puis, je vis trois silhouettes d'hommes au loin, sous un lampadaire.

Ils m'observaient.

Ils avançaient lentement dans ma direction. Quelque chose clochait, ils se rapprochaient trop.

Et je vis leurs yeux. Dilatés.

Ma bouche devint sèche, d'un coup je n'eus plus d'air dans mes poumons, il fallait que je parte. Tout de suite.

Leurs bouches s'étirèrent en sourires.

Je reculai d'un pas. Puis deux. Respire, Vic.

– Salut princesse... T'as l'air perdue, tu veux qu'on t'aide ?
– Non.
Ma voix était plus ferme que je ne l'aurais cru.

Leurs rires résonnèrent comme des craquements de verre.

L'un d'eux s'approcha. Trop près. Il empestait la sueur, la drogue. Tout ce que je craignais.
Je levai la main pour créer de la distance.

– Recule.

– Calme-toi, on va rien te faire.

Sa main frôla ma joue. Je le repoussai brusquement. Un réflexe. Il trébucha d'un pas. L'adrénaline monta en flèche dans mes muscles.

Je reculai encore, plus vite. Mon cœur battait si fort que j'en avais mal à la poitrine.

Ils m'encerclaient. J'étais prise au piège.

– T'approche pas ! criai-je.

Ils se jetèrent sur moi.

Des mains agrippèrent mes bras, d'autres se posèrent sur ma taille, me tirant vers l'obscurité. Je me débattis, griffant le vide, l'asphyxie me gagnant.

Alors, je fis la seule chose que je pus faire. Hurler

– Mike !

Ma voix se brisa tandis qu'ils continuaient de me caresser la joue, les bras...

Alors, je repris. Plus fort cette fois.

– Mike !

✦✧✦

Je me redresse d'un coup, haletante.

Mes draps sont trempés, mon t-shirt colle à ma peau.

Il fait encore nuit.

Ma respiration saccadée résonne dans la chambre silencieuse.

Je pose la main sur ma poitrine. Mon cœur bat à tout rompre, comme s'il essayait de fuir lui aussi.

Je prends quelques secondes avant de me rappeler où je suis.

Dans mon appartement.

A Boston.

Pas en boîte.

Pas cette nuit-là.

Je jette un coup d'œil à l'horloge. 5h47.
Encore plus d'une heure avant que mon réveil ne sonne.

Je repousse les draps, pose les pieds au sol, tente de me lever doucement pour ne pas réveiller Leïla, qui dort dans la pièce d'à côté.
Pas la peine qu'elle s'inquiète. Elle l'a bien assez fait.

Je me traîne jusqu'à la salle de bain. Allume la lumière.
Mes yeux rouges me fixent dans le miroir.
Cernes violacées, traits tirés, lèvres tremblantes.
J'ai l'air d'un fantôme.

Je me penche, ouvre le robinet et passe de l'eau froide sur mon visage.
Encore. Et, encore.
Jusqu'à ce que ma peau me brûle, jusqu'à ce que je sois certaine d'être bien réveillée.
De retour à la réalité.

Je m'appuie sur le lavabo, les mains crispées sur la céramique.
Je ferme les yeux, j'essaie de respirer calmement.
— C'est fini, Vic. C'est fini.

Mais, ce n'est jamais vraiment fini.
Pas quand, chaque nuit, je revis cette putain de scène.

Chaque nuit, je retourne là-bas.

Chaque nuit, je le perds à nouveau.

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