Ça fait un moment que je suis célibataire. Mais avoir une histoire d'amour ? Hm. Oui, c'est possible. Pour les autres. Moi, je regarde ça de loin. C'est plus prudent. L'amour a souvent l'air de faire... mal. De toute façon, je suis probablement un peu trop bizarre pour que ça m'arrive. C'est vrai. Je pense trop.
Par exemple, je me demande sans arrêt comment les gens perçoivent les choses. On marche dans la rue, les yeux sur notre téléphone. On suit les panneaux de signalisation, les feux, les passages piétons. En même temps on navigue du bout du doigt, entre boutons, champs de saisie et notifications.
Tout paraît être de la bonne couleur, placé au bon endroit, intervenant au bon moment. Tout est facile, logique, sûr. En réalité, pour obtenir des parcours si bien coordonnés, il existe des créateurs comme moi qui poursuivent une logique implacable. Choix des formes, des textures, de l'orientation, de la lisibilité...
Comme ces affiches publicitaires sur les arrêts de bus. Mots, typographies, couleurs vibrantes : tout a été pensé pour provoquer un impact immédiat. Ce sont des « triggers ». Des déclencheurs que notre cerveau analyse en arrière-plan. Leur rôle : rester invisible. Et c'est fascinant comme notre cerveau réagit à certains stimuli avant même qu'on en ait conscience.
Mon cœur se contracte soudainement. Je m'écarte pour ne pas percuter un piéton, mais mon pied s'égare sur le bord du trottoir. Ma cheville se tord. Je perds l'équilibre. M'effondre sur la route. Une voiture me klaxonne. Une autre passe à cinq centimètres de mon visage. Mon cœur cogne à cent à l'heure.
Je me relève sous l'adrénaline, m'accroche à un poteau de signalisation et m'empêche de crier. Je grimace. Je retiens ma respiration par à-coups, au rythme imposé par la douleur qui pulse dans mon articulation.
Un livreur à vélo s'arrête devant moi et attire mon attention.
— Je vous ai vu tomber, ça va ?
J'acquiesce aussitôt, pour le rassurer.
— Rien de grave ! Ça va passer...
Il me donne un regard soucieux, puis repart. Je reste arrimée à mon poteau froid. Je crois qu'il faut dix bonnes minutes avant que je me décide à bouger.
Je repars. Une jambe raide, l'autre trop prudente. Je marche, crispée comme jamais. Le building Emôta se profile au bout de la rue. Mon entreprise s'y trouve. J'ai mal. Mais j'avance.
J'arrive tant bien que mal à me glisser dans l'ascenseur, bondé d'employés. Évidemment, tout le monde semble s'être mis d'accord pour descendre à chaque étage, avant le mien. C'est interminable. Et j'ai de plus en plus mal. Il faut que je m'assoie. Vite.
J'avance dans une démarche ridiculement douloureuse vers la réception de ma boîte et m'écroule sur la première chaise venue. Je retrousse mon pantalon pour me masser la cheville quand mon patron, Claude Prézil, petit roux énergique de cinquante ans, me découvre. Il s'inquiète aussitôt de mon état.
— Ça va pas ?
— C'est rien. Les clients de Doripôle ne sont pas encore arrivés ?
— Non... mais Chérie... tu souffres le martyre là ! T'as vu ta tête ?! Il faut que tu ailles voir un médecin. Tu peux pas faire ta réunion comme ça.
— Si, si... ça va passer.
Il se tourne déjà vers l'open space.
— Hein, hein... je crois pas, non. Suly ! Sulyyy !
Ma collègue, SULYVANE, arrive tranquillement un dossier à la main. Peau mate, regard clinique. Toujours impeccable dans son pantalon de costume et son gilet ajusté sur sa chemise blanche immaculée.
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Tu peux te retenir ? [FxF] ⚢
General FictionRécit immersif à point de vue alterné. Bonus chapitre érotique, spicy et réconfortant. _ Lovi : Une entorse à la cheville. Un cabinet de kiné. Et le retour imprévu dans ma vie d'une ancienne camarade de handball devenue médecin du sport... Dr Omaè C...
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