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Assise sur une des chaises du commissariat, je fixai le vide, les yeux probablement rouges ainsi que des cernes rongeant mon visage.

Je tentai de ne pas m'évanouir une seconde fois tandis que mes pensées repassaient sans cesse les images de ces ambulanciers sortant ce brancard sur lequel était allongé mon frère. La dernière chose qui comptait pour moi c'était envolé. Mason était mort.

- Palmer Cross ? Vous pouvez entrer, m'indiqua un agent de police, sortant d'une pièce peu éclairée.

Je me levai péniblement, comme si chaque mouvement exigeait un effort surhumain. L'intérieur de la salle d'interrogatoire était glacé, à l'image de l'ambiance morbide qui s'était installée dans ma vie. Le shérif Keller était déjà assis en face de la table en métal au centre de la pièce, le regard rivé sur moi. Je m'installai devant lui.

- Palmer... Je suis désolé pour ce qui est arrivé à ton frère, dit-il d'une voix beaucoup trop neutre.

Je ne répondis pas, le regard fixé sur mes mains sous la table en métal.

La peau autour de mon pouce était arrachée et du sang coulait le long de mon doigt. Je me souvenais plus du moment exacte où je m'étais fais ça, probablement entre le trajet depuis mon appartement et l'attente du shérif dans la salle d'attente du commissariat.

- Nous avons conscience que ce qui t'arrive est difficile et que tu viens de vivre quelque chose de traumatisant.

Je fixai la plaque épinglée sur le torse de l'agent Keller et me contentai d'hausser les épaules, secouant frénétiquement ma jambe droite, les nerfs à vif.

A cet instant, j'avais juste envie de rentrer chez moi pour me morfondre en espérant de pas avaler un paquet de somnifère. Mais j'étais aussi en colère et cette douleur qui me bouchait les veines brulait mon épiderme.

- Les coupables, vous les avez retrouvés ? Ma voix était froide, coupante, et pleine d'amertume.

Le silence qui suivit fut encore plus insupportable que sa réponse. Je savais déjà ce qu'il allait dire, avant même qu'il ne commence à parler.

- On enquête, finit-il par répondre. Mais il faut laisser le temps à nos équipes d'analyser la scène, de-

- Donc vous n'avez aucun suspect ? Aucune piste ? Un cambriolage dans un appart', ça ne doit pas passer inaperçu, quelqu'un a forcément vu ou entendu quelque chose...

Un cambriolage. C'était en effet la conclusion qu'en avait tiré le shérif sur les lieux du crime. Il avait inspecté l'appartement qui avait été complètement saccagé avant de conclure que mon frère n'était que le dommage collatéral d'un cambriolage.

Les voleurs se sont infiltrés dans l'immeuble et on prit notre appart pour cible sans savoir que Mason était à l'intérieur.

Il me serait donc potentiellement arrivé la même chose si je n'avais pas tardé à la bibliothèque jusqu'à sa fermeture. Mais ce sentiment de gratitude, je ne le ressentais pas. Au fond, j'aurais préféré crever avec lui. Parce que maintenant, c'était pire. Vivre sans Mason... c'était affronter la solitude pour le restant de ma vie.

Mes poings se serrèrent, tremblants de colère. Je luttais pour ne pas exploser devant le shérif.

Le regard de Keller s'assombrit, mais il restait calme. Trop calme. Ce détachement m'énervait encore plus, ce calme glacé, cette distance froide.

- Vous n'avez rien, pas vrai ?! hurlai-je, ma voix tremblant de rage. Vous allez laisser ça tomber comme tout le reste ! Comme si la mort de mon frère n'avait aucune importance !

ChaoticWhere stories live. Discover now