sémaphore

17 8 14

Rire aux éclats avec toi. Avec eux. Un feu de camp. Des étincelles. Tes yeux qui pétillent. Ton regard qui se fiche dans le mien. Attend.. c'est vraiment moi que tu regardes là ?

Il fait nuit. Enfin, pas maintenant. Bientôt. Le crépuscule rend le ciel d'un rose bleuté. C'est joli. Les nuages sont rosés. Un coup de vent. Ma peau frissonne.

Nous sommes assis sur le sol de la plage. Nos fiches de révisions sur les genoux. Les tiennes s'envolent. Tu pousses un cri en te redressant. Les autres sont aussi portées par le vent. Tu cries plus fort. Et nous, nous, on t'observe courrir partout en riant. L'une d'elles passent près de moi. Je l'attrape et te la tend. Tu me souris en frôlant mes doigts. Je frissonne à nouveau. C'est vraiment juste le vent cette fois ?

Puis, quelques uns commencent à partir. Bientôt on n'est plus que cinq, puis quatre, trois.. et, enfin juste toi et moi. Le soleil se couche. Le feu crépite. Tu te rapproches. Nos fiches sont dans nos pochettes. Enfermées à l'abri du vent. Tu te rapproches encore.

De là, les lumières du feu embrasent ta peau. Je me délecte de tes tatouages qui parcourent ton corps. Ils sont beaux. Je tend ma main vers eux puis j'abonne l'idée. À la place, je fouille dans la poche de ma veste à la recherche de mes cigarettes. Je t'en propose une. Tu la prends en me remerciant. Je me lève et m'avance vers le feu. Je tends ma cigarette au-dessus des flammes. Elle s'embrase. Je pose le filtre contre ma bouche.

Puis, t'es là. Derrière moi. Je sens ta présence. Je sens ton parfum. Je sens la chaleur qui émane de ton corps. Une de tes mains s'enroule autour de mon ventre. Je sens ton torse contre mon dos. Je me fige. Tu tends ta main libre au dessus du feu. Puis, comme moi, tu t'allumes ta clope. Pourtant, avant de la poser sur ta bouche, tu poses cette dernière dans ma nuque. Bordel, t'es vraiment en train de faire ça ?

Une nuée de papillon prend place dans mon ventre. Inconsciemment, je sens mes larmes qui embuent mes yeux, puis qui coulent le long de mes joues. Je n'arrive pas à les arrêter. Et toi non plus tu ne t'arrêtes pas. Tes lèvres passent de ma nuque à ma clavicule. Un manège incessant. Une torture si douce et si douloureuse. T'amuses-tu simplement ? Ça ne m'étonnerait pas. Tu t'amuses toujours. Avec toutes.

Tu laisses ma peau tranquille et portes le filtre à ta bouche. Je crache la fumée en me dégageant d'entre tes bras. Je ne veux pas que tu joues avec moi. Je m'éloigne. Je t'entends m'appeler. Mes pieds nus arrivent dans l'eau. Je continue d'avancer. Tu m'appelles de nouveau. J'aime le son de mon prénom entre tes lèvres. Tu t'excuses. Enfin, j'crois. Je ne comprends pas trop à cause des bruits des vagues. Ah.. je viens de t'entendre distinctement jurer. L'eau est à mi-cuisses. Remous de vagues. Tu me tournes brusquement vers toi.

Tes yeux plonges dans les miens. Je te vois juste éclairé par le feu plus loin. T'es plus grand que moi. Beaucoup plus. L'eau n'est pas aussi haute que pour moi mais tu as quand même retiré ton pantalon. Puis tu me soulèves. Je voulais encore voir tes yeux. Je me retrouve sur ton épaule. Et puis, tu me ramènes sur la plage. Je fume sur ton épaule. Ça me fait rire.

Tu me déposes sur le sable. Près du feu. Pour ne pas que j'ai froid. Puis tu m'enroule dans ta serviette de plage. Elle a ton parfum. Tu te rhabilles dos à moi. Je finis ma cigarette en observant ton dos. Un moment, tu me regardes en coin. Ou alors je rêve. Je ne sais plus. Je crois que je me suis remise à pleurer.

Je regarde le feu. Les crépitements m'apaisent. J'écrase ma cigarette sur le sable chaud. Je colle mes genoux contre moi. Puis toi, tu t'assois derrière moi pour me coller à toi. Je te laisse faire. Tu m'embrasses de nouveau le cou. Mais je ne veux pas. Alors je te le dis. Alors tu poses juste ton menton sur mon épaule.

« Pourquoi tu pleures ? »

Peut-être que j'aime ta voix plus que tes yeux. C'est sûrement vrai. J'aime quand tu me chuchotes comme ça à l'oreille. Fêlure quand tu t'inquiètes. Tu me reposes la question. Tes mains s'enlacent doucement aux miennes posées sur mon ventre.

« Tu joues pas vrai ?

- C'est ce que tu penses ?

- Je ne sais pas.. tu le fais bien avec elles quand tu t'ennuies ?

- Mais tu n'es pas 'elles'.. »

Alors que depuis tout à l'heure j'évitais de te voir, je me tourne. Tu répètes tes derniers mots et mon cœur fond. Et alors.. je me serre plus fort contre toi. Ma tête nichée près de ton cœur. Qui bat fort. Les crépitements du feu. Tes lèvres qui se perdent dans mes cheveux. Tes bras qui me serrent encore. Un peu plus fort. Le bruit de l'eau. Puis juste toi.. toi et la nuit. Et finalement, c'est dans ces moments que je me dis que Nietzsche avait raison.. « 'Je t'aime' ne veut rien dire » car quand je suis avec toi, je n'ai pas besoin de le dire pour que tu le saches.

Inspiré par Sémaphore de Requin Chagrin et par cette citation de Nietzsche.

Noyons-nous Sous Les MotsLisez cette histoire GRATUITEMENT !