17 octobre 1613: 12 ans
« Aramis Madsen, chuchota son père à l'oreille de l'enfant endormi. Un jour, tu seras un grand homme. Et tu me vengeras, mon fils. »
Il embrassa sa femme, prit ses affaires sur son dos, et sous le regard satisfait du roi, quitta le pays.
4 décembre 1621: 20 ans
« - Ces rues sont toujours bondées ! »
Je rumine. Trois enfants s'approchent d'un jongleur, déjà encerclé par la foule. Ils sont petits. Peut-être cinq ou six ans, pas plus. Ils sont innocents. Le plus jeune, un gringalet aux cheveux sombres, défile rapidement entre les passants, fouillant discrètement leurs poches et emportant leurs biens avec lui. Aucun ne remarque sa présence, excepté un homme d'une trentaine d'années, s'approchant en trombe des trois voleurs. Si cette pièce d'or n'était pas tombée au sol, personne n'aurait prêté attention à ces enfants, et ils auraient pu rentrer avec leur butin. Le témoin crie aux jeunes de s'arrêter, alors qu'ils prennent la fuite, s'évaporant dans des ruelles mal famées de la capitale. L'homme les poursuit avec maladresse. Il est blessé à la jambe. Il hurle, mais personne ne semble vouloir l'aider. Personne. Pas même les victimes de ce délit.
Elle rit. Eden a toujours eu ce rire strident. J'avoue ne pas aimer grand chose mais son rire est l'un des pires sons qui puissent exister. Ces petits cris aigus qu'émettent ses cordes vocales me brouillent le cerveau et m'empêchent de réfléchir. Je lui prends la main et accélère le pas. « Les gardes pourraient nous repérer et je n'ai aucune envie de me salir les mains » lui dis-je, agacé par son rire.
La nuit commence à tomber. Les lumières commencent à s'allumer. Les habitants commencent à rentrer. La capitale de jour si froide en cette saison hivernale laisse maintenant place à la chaleur des festivités. Mais la réalité chez les criminels est en opposition totale à la bourgeoisie de la grande ville. Il fait sombre. Les murs sont froids et le chauffage nous manque. Nous dormons sur de la paille et en guise de couverture nous n'avons que de simples draps. C'est le prix à payer quand on est un meurtrier.
Nous entrons par cette détestable porte grinçante, faisant un écho à notre arrivée. Il n'y a pas de lumière, seulement une petite bougie presque consumée. Notre maison est perdue dans la forêt. Ici, personne ne nous retrouvera. Pas même les gardes de l'armée royale.
Je m'approche du miroir, reconstitué avec des fragments de verres abîmés. Eden se tient derrière moi.
Elle sourit.
Elle est belle, Eden. Même si ces cheveux couleur vin sont emmêlés. Elle est belle. Même si on peut lire une grande souffrance dans ses yeux bruns. Elle est belle. Même si son corps est sale et éreinté par les combats. Elle est belle.
Elle fixe mon reflet. Puis, lève une petite bourse, assez haut pour que ma tête reste fixe. Quelques pièces d'or tombent sur sa paume.
C'était il y a quatre ans. Il y a quatre ans, j'ai rencontré Eden Blackwell, une fille magnifique aux multiples personnalités. Elle dit que je l'ai sauvée du mal. Grâce à moi elle s'est échappée et depuis nous ne nous sommes plus quittés. L'hôtel de Northwood, ou plus réellement « La maison des fous », est sûrement le pire endroit qui puisse être. Eden été enfermée dans l'une de ces cellules pourries. Elle n'aime pas en parler. Mais son regard la trahit et je peux lire en elle comme dans un livre ouvert. Ces cellules devaient puer la mort. Leurs occupants devaient être traités comme des bêtes. Elle y a été envoyée contre son gré, et c'est là-bas, qu'Eden Blackwell est devenue folle.
Elle passe une main dans mes cheveux roux. Une couleur maudite. Eden dit les aimer. Elle dit qu'ils me rendent unique. Ils me rendent surtout bien plus mauvais que je ne le suis. Aramis Madsen, voilà un nom qui semble fou. Aramis Madsen, accompagné de sa détestable tignasse rousse et de sa fidèle épée. Mon épée ne porte pas de nom. Elle n'en a pas besoin. Elle est déjà assez unique. Et si elle devait en porter un, elle porterait sans doute le mien.
L'Etat me décrit comme meurtrier. Peut-être ont-ils raison, d'un côté.
Peut-être suis-je un assassin avide de sang.
Peut-être suis-je cruel. Méchant. Arrogant.
Peut-être suis-je comme ils me décrivent. Sanguinaire. Sournois. Fou.
Suis-je le loup déguisé en agneau ?
-Je suis exténuée ! s'écrie-t-elle en s'affalant sur la paille.
Je m'assois à côté d'elle, couvrant son corps des seuls draps fins que nous avons. Elle sourit et dépose un baiser sur mes lèvres. Eden ferme les yeux faisant disparaitre ses magnifiques yeux bruns. Je me lève, remet ma capuche et ouvre la porte. Elle s'est endormie. Elle est si belle, Eden.
Je me balade dans les rues froides. Je lève les yeux, observant les étoiles. Elles ne sont pas nombreuses mais elles brillent fort. C'est le soir idéal pour m'emparer d'une vie. Mourir sous le ciel étoilé, toutes mes victimes n'ont pas cette chance ! Je dévisage chaque personne se trouvant dans cette grande allée. Mon regard se pose d'abord sur une femme. Elle travaille comme serveuse dans la taverne d'à côté. Je n'ai jamais su son nom. L'envie ne m'est jamais venue.
Un homme s'enfonce dans une ruelle, comme si il avait senti ma présence et qu'il m'offrait son âme. Mes pas suivent les siens, marchant sur les empreintes que ces chaussures ont laissées dans la neige. Je me trouve à l'entrée de la ruelle alors qu'il se retourne, intrigué. Je m'approche de lui en sautillant. Il me regarde. Il est étrange. Habituellement, mes victimes ne me prêtent aucune attention. Lui, il m'a remarqué, à l'instant même où je suis entré dans la ruelle.
-Qui êtes-vous ? Balance-t-il alors que je tente de discerner les traits de son visage.
Je souris et laisse presque échapper un fou rire nerveux.
-Qui pensez-vous que je suis ?
Un silence règne quelques instants. Mes yeux commencent à s'habituer à la nuit. Je ne parviens pas à distinguer vraiment les détails de son visage, mais sa mine semble sévère. Il fronce les sourcils.
-Un vaurien. Un malfrat. Un meurtrier. Tue-moi maintenant, si tu le souhaites ! Ma vie fut belle et je n'ai rien à regretter. Puisque je sais qu'un jour, je serais vengé. Et toi, criminel, tu seras tué pour...
Il continue sa tirade alors que mon regard se porte sur son poignet. Il porte un bracelet scintillant, qui irait très bien au poignet d'Eden. Au milieu, se trouve une merveilleuse pierre violette. Sans plus écouter ce que ce vieux bougre a à me raconter, je sors un poignard et alors qu'il lève son bras d'un geste théâtral, lui coupe le bras.
Il crie. De surprise, d'abord. Puis de peur. Et ensuite de souffrance.
-Il ne serait pas convenable de réveiller le quartier à cause de tes gémissements incessants.
Sans plus prêter attention au vieillard, j'enfonce mon poignard dans son cœur.
Je m'empare du bras, décroche le bracelet avec nonchalance avant de le mettre dans ma poche, et de déserter la ruelle, laissant le cadavre du vieux sur le sol gelé.
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Jeu de Feu [EN PAUSE]
FantasyLandres, XVIIe siècle, grande capitale de l'Archipel de Darkaé, menacée par le terrible et l'arrogant Aramis Madsen. Recherché par l'armée royale, il tue ses victimes, des innocents comme des brigands, sans vaciller. Il fait grandir la peur, régner...
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