BRING ME TO LIFE - EVANESCENCE
deux-mille seize
Nous sommes en décembre. Cette période de l'année où l'automne cède naturellement sa place à l'hiver. Les trottoirs, autrefois parsemés de feuilles colorées, sont à présent recouverts d'une fine couche de verglas. La pluie s'est changée en pellicules de neige, et l'odeur particulière du petrichor s'est évaporée, remplacée par celle — plus sucrée — de la cannelle et du chocolat chaud. Les foires agricoles ont plié bagage, éclipsées par les chalets du marché de noël.
Mais au beau milieu de ce cadre digne d'une carte postale, une adolescente détonne avec le décor.
Le regard absent, comme vidé de toute émotion, elle erre dans les rues sans but, les pupilles dilatées par un choc que son cerveau refuse encore d'assimiler. Du sang séché macule sa peau et colle aux fibres déchirées de son uniforme de collégienne. Des larmes sans chagrin souillent son visage rougi par le froid. Un sifflement, qu'elle est la seule à entendre, sature ses oreilles en un écho. Ses pas sont mécaniques, mais hésitants, instables, comme si elle luttait pour ne pas tomber.
Ses pieds se dérobent sous son poids, elle vacille et trébuche une première fois. Ses doigts accrochent le réverbère à sa gauche, plus par réflexe que par instinct de survie. Autour d'elle, le temps semble figé. Les rares passants avancent à reculons, les ruelles s'allongent, les lumières tanguent.
Désorientée, elle poursuit péniblement sa fuite. Le trottoir disparaît sous ses pas lorsqu'elle dérape à nouveau et, avant même de s'en apercevoir, elle s'engage sur la chaussée.
À quelques mètres de là, un pick-up sombre déchire le brouillard et file à toute allure, ignorant volontairement les feux rouges et autres panneaux de signalisation. Au volant, un homme d'une vingtaine d'années achève d'engloutir une bouteille de grappa. Anesthésié par l'alcool et la douleur qu'il tente d'enfouir, il scrute la route sans la voir. Le pied rivé sur l'accélérateur, prêt à défier les lois de la gravité, la silhouette incertaine de l'adolescente oscillant entre les bandes de circulation l'arrache brutalement à sa torpeur et le contraint à faire un écart qui manque de l'expédier dans une borne d'incendie.
Les pneus du Ford crissent contre l'asphalte dans un vacarme monstre, tandis que son front rencontre le tableau de bord.
— Bordel de merde.. lâche-t-il dans un souffle étouffé.
Sonné, mais soulagé d'avoir réussi à immobiliser le véhicule en pleine embardée, il porte son attention sur la gamine devant lui. Celle-ci n'a pas bougé.
— Est-ce que vous allez bien ? demande-t-il à travers la vitre entrouverte, alors que ses doigts massent ses tempes pour soulager la bosse qui s'y forme.
Pas de réponse.
L'esprit embrumé par l'alcool, il se force à sortir du véhicule. Laissant la portière claquer derrière lui, il s'avance d'un pas nonchalant, presque en titubant.
— J'aurais pu vous.. Putain. Mais qu'est-ce que vous foutez.. Je veux dire, pourquoi.. ?
Le conducteur perd ses mots, ses paroles désordonnées trahissent son état d'ébriété, mais lorsqu'il atteint enfin la gamine, le vertige qui le saisit suffit à le faire dégriser.
Remarquant dans un premier temps sa chemise en lambeaux, il est rapidement intrigué par les hématomes sur ses poignets et ses genoux écorchés, qui mènent à une tâche bien plus sombre au niveau de ses cuisses nues.
Détournant le regard, il entreprend de retirer la veste de son costume pour la glisser sur les épaules de l'adolescente, et ainsi recouvrir son corps meurtri par le froid.
ESTÁS LEYENDO
PSYCHOSE
RomanceTapie dans l'ombre, la vipère s'avance, silencieuse, la promesse de sa morsure dissimulé sous l'élégance de ses ondulations. Observant. Patientant. C'est un frisson dans les hautes herbes, une pulsation fragile. Lorsqu'elle frappe, il est trop tard...
