CHAPITRE 1 - Obsession

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 En ce mois de mars 1895, je me retrouvais seul de bon matin devant un délicieux petit déjeuner concocté avec soin par Mrs Hudson. Je m'étonnais de l'absence de Holmes. Il avait quitté notre foyer de Baker Street la veille, en fin d'après-midi, pour une destination qui m'inquiétait quelque peu. Depuis son retour à Baker Street et les semaines de convalescences que je lui avais prescrites, Holmes se remettait progressivement de son internement au Bethlem Royal Hospital. Je lui avais formellement interdit d'enquêter, ni même de se plonger dans ses nombreuses archives. Il lui fallait du repos tant pour l'esprit que pour le corps. Ses symptômes m'inquiétaient, il perdait la mémoire qu'elle soit sur le long ou court terme. Ses jambes pouvaient ne plus supporter son poids, tant et si bien que je l'avais rattrapé dans les escaliers pas plus tard qu'il y a une semaine ! Il nécessitait également un sevrage de toutes sortes d'opioïdes. Je ne connaissais que trop bien les risques encourus, aussi avais-je confisqué toute sa morphine et sa cocaïne. Je consignais soigneusement mes propres doses à mon cabinet, mais je ne pouvais l'empêcher de sortir jusqu'à la fin de ses jours. Son corps avait besoin d'exercice pour retrouver une musculature nécessaire à ses déplacements. J'aurais préféré qu'il n'utilisât pas cette permission pour se rendre sur les Docks. Holmes était devenu aigri, insolent, parfois allant jusqu'à la méchanceté. Bien que je fusse vacciné depuis près de dix ans d'amitié envers lui, je ne m'y ferais jamais. Ainsi avait-il décidé de sortir prendre l'air la veille. Il avait besoin d'être seul, et ce matin-là, je compris pourquoi. Il avait sans doute cédé à la tentation et s'était rendu dans le quartier des Docks, dans une énième fumerie d'opium.

À peine eus-je avalé mon petit déjeuner que je me préparai pour une balade et enquête sur les Docks. Le printemps pointait le bout de son nez, et l'air, bien que frais, restait agréable et sec. Je me sentais revigoré par ce doux vent mordant. Je hélai un fiacre pour me rendre à ma destination.

Quand je fus arrivé, je parcourus les différentes fumeries où je savais Holmes être un habitué. Dans ces ruelles de bord de quais, les marginaux gisaient les uns sur les autres, dans une médiocrité répugnante. Ils étaient les oubliés, les laissés pour compte qui fendaient bien souvent mon cœur de médecin et d'Homme. La guerre m'avait malheureusement appris qu'il m'était impossible de sauver tout le monde. Je questionnais les nombreux veilleurs aux alentours des fumeries, à la recherche d'un certain Sherlock Holmes dans les parages. Aucun ne me répondit, sauf un jeune homme que je jugeai avoir la vingtaine bien passée. Il était élégant, vêtu d'un chapeau haute forme et d'un costume noir cintré. Il avait des yeux noisettes et arborait une moustache tout à fait charmante et bien entretenue. Il détonnait dans l'atmosphère lourde des Docks et des fumeries. Il m'invita à passer derrière un rideau sommaire, me faisant pénétrer dans un brouillard bercé par les respirations sporadiques de certains consommateurs. Je le suivais dans le dédale de la fumerie, mon regard se posant sur chaque corps entassé sur des matelas plus que délabrés. La vision de Holmes sur son lit de fortune à Bedlam apparut dans mon esprit. Comment pouvait-il préférer venir en un tel endroit plutôt que dans notre appartement ?

Il pointa du doigt deux lits superposés en métal dans le coin d'une pièce. Je m'approchai doucement, la terre battue feutrant mes pas. Je découvris allongé sur le lit inférieur, mon ami prostré dans une expression de zénitude, comme je l'avais rarement observé. Je posai ma main sur son épaule et le secouai délicatement. Il écarquilla les yeux, se redressant avec ardeur dans son lit.

« Watson !

— Holmes ! m'écriai-je. Que faites-vous ici ?! Je vous avais formellement inter...

— Mon esprit, Watson, il se rebelle lorsqu'il ne travaille pas. Il le fallait, c'était d'une importance capitale !

— Et que justifie votre consommation d'opium exactement ? demandai-je avec réprobation.

— Un indice... Un indice que j'ai délaissé lors de notre précédente enquête. Je n'aurais pu m'en charger, suite à mon internement. Ma mémoire, vous savez comme elle peut être défaillante ces derniers temps, figurez-vous que je me suis souvenu !

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