J'étais allongé sur l'herbe grasse, un pissenlit à la main, les yeux fixés sur le ciel de cette fin d'après-midi.
Je rêvais. Imaginant tantôt des êtres fantastiques dans les nuages, réfléchissant tantôt à un moyen de grimper l'imposant pommier du jardin.
J'avais passé la matinée à râler, sauter, tomber, et à échafauder un piètre escabeau pour atteindre en vain la première branche de l'arbre. Du haut de mes sept ans, cette branche constituait à elle seule mon plus grand défi. Le vent s'engouffrait dans mes cheveux, caressait furtivement ma peau faisant frissonner tout mon petit être. L'atmosphère paisible et la fatigue de cette longue, mais heureuse journée me poussaient lentement dans les bras de Morphée.
J'allais m'endormir tout à fait quand une douleur vive à la main me fit bondir sur mes pieds. Affolé, je gigotais mon bras dans tous les sens et inspectais le sol à la recherche de mon malfaiteur. Ne trouvant rien, je décidais plutôt d'examiner ma blessure.
Sur le côté de ma main, juste en dessous de mon petit doigt se trouvait une abeille. Son dard était encore enfoncé sous ma peau. Mi-dégoûté, mi-fasciné, j'enlevais doucement la bête et l'installais au creux de ma main droite. Captivé par l'insecte, je la regardais lutter et se battre pour sa vie. Elle bougeait mollement les ailes, frottait inutilement ses mandibules et fatalement se laissait engloutir par la gueule affamée de la mort.
- Les faibles périront toujours aux mains des plus forts. C'est la nature même des choses.
Je sursautais une fois de plus. Mon père se trouvait tout près de moi, au point que sa barbe grisonnante venait presque toucher mon visage.
- Sers-toi de leur sang pour soigner tes blessures.
Il prit l'abeille de ma main et l'installa sur ma plaie. Il recouvrit ensuite mes doigts des siens.
- Délecte-toi de la mort de ceux qui t'ont fait souffrir.
Mon père referma ensuite sa main sur la mienne et écrasa par la même occasion le cadavre du pauvre insecte dans mon poing.
Troublé, je le regardai les larmes aux yeux. Il était grand, musclé, blond avec des yeux bleus où la cruauté se lisait. Sur son visage, de nombreuses cicatrices striaient sa peau, lui donnant un air sauvage et dangereux. Ses mains encore autour des miennes étaient brutales, assez grandes pour entourer mon cou et me soulever d'un bras.
- Suis-moi, je ne suis pas venu pour ça, m'ordonna-t-il en se redressant.
Aussi silencieusement qu'il était venu, mon géniteur repartit vers la maison.
- Dépêche-toi, dit-il sans se retourner.
Malgré son avertissement, je pris rapidement le temps d'observer le spectre de sang et de chair dans ma main. La petite tête de l'abeille c'était décrocher de son corps, ses ailes étaient arrachées et du sang me recouvraient la paume de la main. Écœuré, je l'essuyai sur le sol, avant de rentrer à mon tour à l'intérieur.
Dans le salon, deux bâches avaient été installées. L'une recouvrait le mur, cachant le papier peint rouge à l'imprimé fleuri, et l'autre était posée sur le sol. Au centre de ces bâches se trouvaient deux chaises. Sur chacune d'elles était assis un homme, le visage dissimulé par un sac-poubelle, les pieds et les poings liés. Ils étaient silencieux, immobiles. Sur leurs sacs plastiques noirs, on pouvait lire le mot "Cible".
- Tu es ici pour ton introduction au meurtre, déclara ma mère, assise sur le canapé en face des deux hommes.
- Nous n'avons que trop tardé. Reprit-elle. Tes leçons de défense demeureront inefficaces si tu n'es pas capable d'achever une cible de sang-froid.
Comme d'habitude, elle portait une chemise blanche et un pantalon noir. Ses cheveux sombres tombaient sur ses reins. Vue de l'extérieur, elle devait ressembler à une femme charmante et respectable. Mais la vérité était qu'elle prenait plaisir à torturer les plus jeunes esprits, les enfants les plus innocents et à voir leur sang tacher ses vêtements.
- Tu vas tuer. Ton père va te montrer comment il faut s'y prendre, dit-elle d'une voix glaciale.
Il avança vers moi, détachant le pistolet qu'il portait toujours à sa ceinture, et se plaça à mes côtés.
– Tu sais déjà comment utiliser une arme, n'est-ce pas ?, demanda-t-il.
Je hochai faiblement la tête.
- Le processus est simple. Tu vises ta cible et tu tires trois balles. Une dans le cœur, une dans le cou et une dans la tête.
Il accompagna ses paroles par des gestes. Visa le cœur du jeune homme et appuya sur la détente. Puis, il lui logea une seconde balle dans son cou, et finit son carnage en tirant une balle en plein dans sa tête, au centre du mot "cible".
Les détonations résonnèrent dans la pièce, emplissant l'air et faisant vibrer mon crâne. Du sang avait giclé partout, allant des bâches, jusqu'à mon visage et mes cheveux. Je m'effondrai sur le sol et me mis en boule, les larmes coulaient sur mon visage, les mains autour de mes oreilles, je serrais mon crâne de toutes mes forces. Aucun son ne sortait de ma bouche, seulement des sanglots terrifiés.
Une chaussure écrasa ma tête contre le sol.
- Relève-toi, on n'en a pas fini. C'est à ton tour maintenant, dit-il en me saisissant par les cheveux pour me redresser de force.
– Une balle dans le cœur, une dans le cou et une dans la tête. Tu sais quoi faire.
Il me tendit l'arme et rejoignit sa femme.
Le pistolet était lourd entre mes mains d'enfant. La douleur de la piqûre d'abeille était toujours vive, mais le contact froid du métal apaisait la brûlure de ma peau. Tremblante, j'élevai lentement l'arme pour viser le cœur de l'homme. Mon corps, tout était secoué par la peur. Mes pieds trop écartés ne supportaient plus toute la tension de mon être qui crispait mes muscles un à un.
- Fais-le, tonna ma mère. Retire-lui la vie offre lui la mort.
Les larmes brouillées m'a vue. Ruisselaient sur mes joues et venaient arroser le sol d'une fine pluie d'épouvante.
- Tue-le Sylvana. C'est un ordre.
Mon pantalon était trempé. La pisse dévalait mes courtes jambes d'enfant et allait rejoindre le sang aux sol.
- Nous aurions dû la noyer à la naissance, dit mon père en embrassant tendrement le cou de ma mère.
- Mais nous le pouvons toujours. FAIS-LE ! Hurla-t-elle. SYLVANA !
J'appuyais lentement sur la détente et fermais les yeux de toutes mes forces...
Cher Lecteur vous voici face à un souvenir plutôt traumatisant, n'est-ce pas ?
prochain chapitre : Homicide.
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Les Van-Aïden
RomanceC'est l'histoire d'une femme belle, forte, intelligente et déchue. C'est l'histoire d'une femme faible et en colère, une femme qui s'est battue toute sa vie. Elle a souffert et a fait souffrir. C'est l'histoire d'une marginale, d'une fille qui a été...
