Mercredi 6 janvier 2021
J'suis pas réalisateur aujourd'hui.
J'pensais que me l'avouer me ferait plus de mal. Abandonner ses rêves, pour aller en chercher d'autres, voilà c'que j'fais.
Aujourd'hui, je m'improvise écrivain.
Je m'improvise, car je sais pas encore si rester dans cette voie-là m'intéresserait. À vrai dire, plus grand chose ne m'intéresse, si ce n'est rien.
Tout est dénué de sens.
Tout me paraît vide.
J'aurais pu illuminer mes journées en attrapant mon appareil photo pour embellir cette image morose que j'ai de la vie. Mais ce n'est plus mon objectif. En ce jour, l'objectif de la caméra se penchera sur ses écrits. Vous me pardonnerez si mes talents ne sont pas présents.
C'est pas moi la vedette aujourd'hui.
Alors, croyez-moi ou non, je doute que ce livre sortira, vous comprendrez pourquoi. J'écris ça à l'arrache, mon réveil indique 20h, j'ai fini de manger depuis 30 minutes. Fichue habitude de regarder l'heure à chaque action que je fais.
J'y peux rien aussi, j'vous jure.
Vous comprendrez.
Ou pas.
J'en sais rien en fait.
Je comprendrai si vous ne comprenez rien.
Ça fait longtemps que je pense la même chose que vous. Ça fait longtemps maintenant que j'ai l'impression de devenir fou. Ça fait longtemps que je tiens plus. Ma vie, elle est devenue un peu comme celle d'un équilibriste débutant. La corde devient de plus en plus instable, elle tremble.
Le moindre faux-pas et je tombe.
La peur de faire la moindre erreur, ce qui me crispe et me contient encore plus. C'est étrange comme sensation.
J'ai l'impression de bloquer.
Je n'arrive plus à bouger, à courir.
C'est le fruit du travail de la peur.
On est tétanisé.
Paralysé.
Je l'ai souvent vécue cette sensation.
Mais s'il y a bien un moment où j'ai vraiment cru que j'allais tomber de cette corde, c'est quand je l'ai aperçu pour la première fois, mais aussi pour la dernière fois. Mon monde s'est complètement fait chambouler.
Et j'avais peur.
Peur de son effet sur moi.
J'ai pas vraiment envie d'écrire quelque chose à l'eau de rose, ni romancé. De toute façon, c'est pas comme si ça l'était. Vous comprendrez pourquoi.
Moi, je suis ici seulement pour faire objet d'émetteur. Les talents d'écriture, ils seront pas à moi. J'aurais vraiment servi à rien jusqu'au bout.
C'est génial ça.
Pas vrai ?
J'ai eu cette idée d'écriture il y a quelques jours de ça maintenant. Enfin, c'était aussi une promesse. Une promesse que je n'étais pas encore sûr de pouvoir remplir. Aujourd'hui, je crois que j'suis prêt.
J'ai trouvé tous ses cahiers, ses écrits, tous ses journaux. Puis, je me suis demandé comment c'était de vivre avec lui. J'veux dire, dans sa tête. C'est aujourd'hui que j'essaye de le comprendre. J'aurais sûrement dû essayer beaucoup plus tôt.
Ça, j'le sais.
Mais c'est plus facile à dire qu'à faire, comme on dit. Je n'étais pas désintéressé, loin de là, j'étais bien le contraire en fait. Il était surtout très compliqué à comprendre. Et veuillez excuser mes incompétences en la matière. Mais je m'en veux tellement aujourd'hui. J'aurais dû essayer plus.
Je n'étais pas assez.
Ce que je faisais n'était pas assez.
Et c'est peut-être cette peur paralysante qui m'empêchait de tout en fait. Pourtant on était heureux, non ?
Je pensais, moi.
Mais comme toujours, tu étais un bon acteur, pas vrai ? Si j'étais réalisateur, je t'aurais sûrement embauché sans hésitation. Je t'aurais demandé de faire semblant d'être heureux, je t'aurais demandé de faire semblant de t'épanouir.
Parce qu'au fond, c'est ce que tu faisais, pas vrai ?
Tu étais un acteur de ta propre vie.
Et tout ton entourage n'était que les décors parfaits des films hollywoodiens, sur lesquels tu t'appuyais pour garder un peu les pieds sur Terre.
La réalité.
C'était ça ton problème.
Tu n'arrivais pas à te voir comme tout le monde te voyait.
Comme moi, je te voyais.
Si seulement j'avais pu te prêter mes yeux, pour que tu puisses voir la beauté que tu dégageais à travers n'importe quels yeux, à travers n'importe quelle caméra. J'aurais pu te prendre en photo avec une qualité pourrie, le rendu aurait été magnifique.
J'vous jure, c'était l'homme le plus beau que j'avais jamais vu de toute ma vie. Son visage me hante encore tous les jours.
Vous savez, tous les jours, dans son agenda, il écrivait un mot ; un seul, qui décrivait sa journée. Je le voyais en dernière heure de cours, réfléchir au mot qu'il pourrait transcrire. Un mot qu'il n'avait encore jamais utilisé.
Il y réfléchissait longtemps.
Il prenait rien à la légère.
J'ai appris à le connaître maintenant.
Il se stresse pour tout et n'importe quoi.
Même pour trouver un mot qui qualifierait sa journée. Alors, quand il trouvait pas ce mot, il se mettait à souffler, puis ça me faisait pouffer et il me lançait des regards noirs pour que je me taise, mais au final, il finissait par me suivre dans mes rires.
Alors parfois, il abandonnait son projet de trouver le mot du jour et c'est vers 22h qu'il m'appelait pour que je puisse l'aider à définir sa journée.
Il était comme ça, Taehyung.
Et aujourd'hui, j'suis pas réalisateur, ni écrivain pro, mais j'espère que son histoire vous touchera comme elle m'a touché.
Vous comprendrez.
- JJK
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liberté parfaite [tk]
Fanfiction« Si votre idéal ne me correspond pas, alors j'irai atteindre le ciel pour trouver le mien, j'irai chercher ma perfection et toucher du bout des doigts, ma liberté parfaite. » cw // violence homophobie dépression suicide
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