Chapitre Neuf

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               Les jours défilaient sous les yeux protecteurs de Hen sans que rien ne change. Le village semblait avoir respecté leur parole et personne n'était venu déranger le chaman dans sa cabane. Il savait qu'un jour ou l'autre, les gardes impériaux apprendraient l'existence de cette clairière et de son habitant, qu'ils y pénètreraient et découvriraient le secret qui s'y cache. Hen ne pouvait les tromper. Cette masse noire ne provenait pas de nulle part, seul un homme capable d'entrer en communion avec des forces surnaturelles pouvait invoquer une telle chose et lorsque les impériaux découvriraient l'homme, ils ne pourraient se tromper.

Cependant, et malgré le fait que Hen préparait l'enfant au jour où ils seraient séparés en lui apprenant à se débrouiller seul, par des cours sur les plantes comestibles, sur comment trouver de l'eau potable, des cours manuels de création d'outils, de création de feu et bien d'autres exercices encore, une routine s'était installée dans la clairière. Chaque matin, Hen se réveillait bien après Hokori. Il lui donnait alors une première tâche à accomplir comme apporter du bois mort pour le feu ou chercher de l'eau dans l'étang et le filtrer. Pendant ce temps, Hen prenait son premier repas de la journée et préparer celui de l'enfant. Hyperactif, l'enfant revenait souvent très vite, exaspérant le chaman qui rêvait d'un peu de tranquillité.

Ce qui suivait le repas était un premier cours, toujours identique, que Hokori avait tendance à ne pas supporter : des cours d'écriture. Cela comprenait la calligraphie que l'enfant appréciait malgré tout. Il apprenait vite, s'amusant à reproduire ce que Hen faisait sur son propre papier en y ajoutant une touche personnelle. La créativité était un point fort de l'enfant qui trouvait toujours le moyen de faire différemment que Hen. N'importe quel autre professeur de calligraphie aurait puni Hokori, mais Hen était lui aussi quelqu'un de différent et acceptait volontiers cette créativité notable. Il était de ceux qui pensait qu'un tel don ne pouvait être que bénéfique à l'enfant, et même si Hokori était bien différent des humains, Hen l'élevait comme il l'aurait fait avec eux. Le cours comprenait également la formation de phrase, la compréhension et l'expression. Le petit ne parlait toujours pas et c'était donc le seul moyen pour Hen de le comprendre. Le chaman était persuadé que connaitre un moyen de communiquer avec les autres lui serait un jour indispensable, d'autant plus qu'il s'attendait à ce qu'ils soient séparés. Cette partie plaisait bien moins à Hokori qui trouvait barbant de lire les grimoires poussiéreux du chaman. Il n'avait pas l'occasion d'exprimer sa créativité ainsi et cherchait souvent à échapper à la torture. Pourtant, il n'était pas mauvais et depuis quelques jours, il était capable de créer une conversation avec Hen. Sur cette base, le chaman allait bientôt commencer des cours de langue des signes, en partie inventée par lui-même car il ne connaissait presque rien à celle employée par le pays. L'enfant communiquait déjà à travers des signes peu précis et Hen avait jugé bon de créer une véritable langue entre les deux. L'apprentissage serait facilité par le fait que l'enfant pouvait déjà communiquer à l'écrit.

Lorsque cette matinée théorique était passée, les cours qui intéressaient le plus l'enfant pouvaient enfin commencer. Tout dépendait du jour, mais les enseignements donnés étaient pour la plupart du combat. Les premiers jours de la semaine, Hen apprenait à l'enfant à manier une épée, cours dans lequel il excellait. Ce n'était ni sa force si sa précision qui lui donnait un avantage, mais sa vivacité et sa capacité à comprendre les situations, à les jauger et à évaluer la meilleure solution de contrattaque. Hen fut très vite dépassé par l'enfant. Le chaman n'était pas un combat né bien qu'il savait se défendre et il dut se contenter d'inventer de nouveaux exercices pour Hokori par l'intermédiaire de supports mécaniques fabriqués par eux. Ceci créa un second cours, qui arrivait les jours suivant. Hen possédait quelques connaissances en mécanique et, aidait de Hokori, ils construisaient des engins d'entrainements tel que des pantins articulés, des poutres à bascule ou encore des catapultes envoyant des sacs que l'enfant devait couper dans les airs. En fin de semaine, Hen apprenait la survie à l'enfant. Cours de botanique, de cuisine, de chasse, tout y passait et aussi étonnant que cela puisse paraître, l'enfant s'amusait comme un fou. Grâce aux cours d'écriture, Hokori donnait les noms des plantes en les écrivant sur du papier ou en gravant leurs noms du les arbres, expliquait leurs bienfaits ou l'effet de leur poison et il arrivait même parfois à donner les cycles de vie des plantes. Les cours de cuisine avaient fini par devenir des cours de médecine et Hokori apprenait à concocter des remèdes contre certaines maladies –bien qu'il ne soit encore jamais tombé malade-, pour soigner les blessures –ce qu'il avait déjà un peu plus besoin- et pour soulager la douleur. La chasse était une partie moins amusant car elle consistait à retirer la vie, ce qui était difficile pour l'enfant, lui rappelant sans cesse la douleur de la perte de Johin. Néanmoins, plus les jours passaient et plus Hokori se souciait moins de ce problème, considérant que toute chose devait retourner à la terre. Evidemment, il excellait également dans cette discipline. Aussi vivace qu'un loup, aussi furtif qu'un renard et aussi puissant qu'un ours, il avait toutes les qualités des chasseurs.

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