Les Vierges Sacrifiées

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Il y avait une coutume cruelle dans le désert de Clétoape. Elle consistait à rassembler plusieurs vierges près de l'oasis de Shercal afin de les offrir en présent aux princes héritiers des pays bordant le désert. A l'aube de l'âge adulte, ils s'y réunissaient pour jouer au jeu du Ome Daï le privilège de choisir la jeune fille qui les servirait. Après avoir passé la nuit en leur compagnie, celle-ci devait mourir de la main même du prince qui lui avait pris sa virginité. Ce rite était censé apporter bonne fortune et victoires aux futurs rois toute leur vie durant.

Les vierges étaient choisies avec soin. Certaines, dont la beauté s'était révélée dès le plus jeune âge, avaient été élevées dans le seul but de devenir cette offrande sacrée. On leur apprenait tout ce qu'elles devaient savoir pour plaire au prince qui leur incomberait durant cette unique nuit, le chant et de délicieuses danses, les arts occultes de l'érotisme et des regards, tout en les rendant dociles et en leur inculquant le bien-fondé de leur sacrifice.

Certaines arrivaient au jour du rite honorées de servir leur prince d'une si belle manière. Quant à celles dont l'esprit avait su demeurer revêche au fil des années, on leur rappelait que les peines encourues pour le refus de se soumettre à la tradition étaient bien pire que la mort rapide qui les attendait sous la dague effilée d'un des princes.

Mais un jour, alors que la célébration approchait, les doyennes chargées de choisir l'une des vierges firent un très mauvais choix.

*

C'était une enfant qui venait d'arriver dans la cité de Mepis. Elle était venue du désert, sans bagage ni gourde, dans des guenilles d'une drôle de facture évoquant la peau des serpents. Comment elle avait résisté au désert sans eau ni véritable vêtement, nul ne le savait, et la méfiance fut plus prompte à s'installer que la curiosité.

Elle avait déambulé dans la ville avant que les habitants ne se referment autour d'elle comme des rapaces pour l'inciter à se rendre chez les doyennes, qui régissaient entre autres la vie des femmes, des orphelins et des malades de la cité, réglaient les litiges et supprimaient les problèmes.

La cérémonie du désert arrivait à grands pas. La vierge qui avait été choisie dans cette ville ayant succombé à la maladie quelques jours plus tôt, on vit l'arrivée de l'étrangère comme un présage.

La première chose que les femmes regardèrent fut bien sûr si elle était encore intacte. Puis, satisfaites de constater que c'était le cas, elles avaient commencé à lui tourner autour pour s'assurer qu'elle était digne de l'honneur qu'elles lui réservaient.

Les doyennes avaient apprécié son teint clair et ses cheveux pâles. Elles l'avaient déshabillée et échangé leur avis devant son visage muet, soupesant ses seins, tâtant ses hanches en la faisant tourner sur elle-même, admiratives de son apparence et son attitude servile.

Elle parla très peu, ce qu'elles apprécièrent encore davantage. On l'appela Draeli, qui signifiait sable blanc dans la langue commune de Clétoape.

Les doyennes firent savoir leur choix au conseil de la ville. La pâle enfant venue du désert fut initiée à la tâche qui lui incomberait pendant plusieurs mois, sans se plaindre, suivant le courant dans lequel on l'avait poussée.

Mais quand on prononça devant elle le mot mort, les femmes virent pour la première fois une trace d'horreur dans ses yeux. Elles lui rappelèrent l'honneur qu'était cette nuit et ce qu'elle signifiait pour ce pays, mais l'enfant n'en avait cure.

— Vous voulez que je meure pour un prince qui n'est pas le mien ?

On la gifla.

— Qui est ton prince, alors ? Qui t'a nourri pendant des mois, qui t'a donné de l'eau et t'a habillée ? Notre pays est le tien à présent.

On la laissa seule dans sa cage dorée. Les parures, tentures et couleurs de la chambre se refermèrent sur elle comme d'authentiques murs.

Elle se tint debout face à un miroir, face à l'étrangère si familière qu'elle y trouva en reflet, constatant dans l'expression de son visage que la décision des doyennes la plongeait dans un bain de fureur. La gentillesse contre un coup de poignard, songea-t-elle.

En observant la couleur de ses yeux, elle crut un moment qu'elle allait se rappeler une chose essentielle, mais elle ne fut pas permise de pénétrer dans la caverne de ses souvenirs. En revanche, une décision émergea.

Ils peuvent avoir tout le reste, je m'en moque, mais ils n'auront pas mes yeux. Ce violet m'appartient.

L'Hippopotame de l'OasisStories to obsess over. Discover now