Nuit 1

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Son cœur reprend ses battements à l'esquisse de sa silhouette dans la nuit.

Un vent frais se lève. Il refroidit sa peau. Il statufie son corps et pétrifie son âme au-dedans. Sous ses larges manches noires, il sent ses poils se hérisser. Ses muscles se tendent.

L'océan s'étire devant lui. Le temps s'éternise avec lui. Dans cette lenteur insoutenable, il subit l'attente de son retour. L'embarcation se profile dans les mètres lointains. Ils sont coincés dans sa progression. Les derniers moments sont les plus durs à faire passer. Malgré cette longue torture, il se tient droit sur le rivage.

Un pas. Un pas et il se noierait. Un pas pour s'approcher, et il mourrait.

Il se sentait déjà mort sans son être près du sien.

L'eau salée va et vient dans une douce régularité. Elle dorlote la barque jusqu'à l'île, jusqu'à lui. Son sang va et vient dans tout son organisme. Il se diffuse avec l'endorphine et la dopamine. Le soulagement se contracte par la nervosité et la hâte.

Le petit bateau accoste. Il se niche près de l'imposant sous-marin.

Le besoin de rompre cette distance le dévore. Les yeux brillants, il l'observe descendre.

Il lève le bras. Ses doigts tatoués accueillent cette main gantée. Un trou dans la dentelle s'est formé au creux de son coude. Ses mocassins se posent un à un sur le sable humide. L'absence de sa seconde jambière laisse paraître hématomes et égratignures. Ses clavicules et ses épaules sont dévoilées par sa légère robe blanche.

Son long sweat à capuche se repose sur elle. Parce que c'était pour elle qu'il l'avait porté.

Elle pivote vers lui. Ils se font face. Elle s'arrête là, à quelques centimètres — non, quelques millimètres — de lui. Sa poitrine se soulève avec la sienne. Elle prend presque le même rythme.

Elle lève la tête. Sa petitesse la lui faisait percevoir encore plus fragile. Elle disparaît sous son vêtement.

Leur regard s'appelle, s'évite, se supplie. Ils craignent le mensonge de la présence de l'autre.

— Je suis là, articule-t-elle.

Un frisson le traverse. Ça peut être la fraîcheur nocturne ou l'impact de sa voix. Il prend soudain conscience de ses tremblements impatients.

Un silence s'ensuit.

Son air impassible ne la perturbe pas. Elle est même heureuse de retrouver ce visage renfrogné. Elle baisse les yeux sur cette bouche courbée, puis elle les relève vers les siens métalliques, avec leurs sourcils froncés. Elle constate ses cernes noirs, de la fatigue... ou du manque.

Quelques mèches bleues-brunes de sa frange lui cachent les yeux. Il voudrait les balayer pour mieux voir ses iris marrons. Il fouille sa peau pâle à la recherche de quelques blessures. La tension oppressant ses membres et son esprit s'atténue.

Un sourire étire les lèvres fines de l'arrivante. Il s'attarde sur elles. Leur signe de sympathie ou leur appel irrésistible.

— Je sais que je t'ai manqué, mais je ne suis pas non plus à couper le souffle, réplique-t-elle enjouée.

Sa voix remue l'air. Elle manifeste qu'elle est bien ici avec lui.

— Je manque clairement d'oxygène... Je crois même que je vais pas tarder à m'évanouir, lance-t-il à son tour.

En dehors de son sarcasme, ce ne sont pas ses poumons qui le menacent, mais son organe vital. Il cherche celui qui lui renvoie la pulsation. Sentant son appel, la main de la jeune femme se dresse parallèle à lui. Elle pourrait presque sentir son tape-tape frénétique. Elle se fige, attirée irrémédiablement vers lui, privée de leur contact.

Leur regard se cherche, se trouve, se reconnaisse. Si loin, si longtemps. Ils se redécouvrent comme une première fois.

— La pierre protège la bonté de ton cœur.

Piqué par sa justesse, il rebondit.

— Et toi, tes mots prétendent savoir exprimer des sentiments dénués de sens pour le tien.

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