POV: Harper
Le dimanche, chez les Brooks, commence rarement dans le calme. Il y a toujours une porte qui claque à l'étage, une casserole oubliée sur le feu, mon père qui cherche ses lunettes alors qu'elles sont posées sur sa tête, ou ma mère qui décide qu'un repas prévu pour quatre personnes doit finalement nourrir tout le quartier. Aujourd'hui ne fait pas exception. Lorsque je descends dans la cuisine, encore à moitié endormie, vêtue d'un vieux short gris et d'un sweat beaucoup trop grand, je découvre ma mère devant le plan de travail, entourée de plats et d'ustensiles comme si elle s'apprêtait à participer à une émission de cuisine dont personne ne l'aurait prévenue. La maison sent déjà le romarin, le beurre chaud et le gâteau aux pommes. Une odeur rassurante, presque trop familière, qui me ramène à tous les dimanches de mon enfance, lorsque je dévalais l'escalier parce que j'étais persuadée qu'Ethan allait manger ma part de dessert avant même le déjeuner.
À dix-neuf ans, je devrais probablement avoir dépassé ce genre de crainte. Pourtant, je vérifie aussitôt que le gâteau posé près de la fenêtre est intact. Ethan n'habite plus ici depuis plusieurs années, mais certaines habitudes résistent aux déménagements et aux responsabilités d'adulte. Dans ma tête, il reste le garçon insupportable qui cachait mes chaussures avant l'école, me faisait croire que j'avais été adoptée et me défendait quelques heures plus tard contre quiconque osait se moquer de moi. Il a beau avoir vingt-neuf ans, un appartement à Manhattan, un métier sérieux et une petite amie qui dirige une entreprise connue dans tout le pays, il lui suffit de remettre les pieds dans cette maison pour redevenir mon grand frère. Celui qui ouvre le réfrigérateur sans demander, critique la quantité de sel dans les plats de notre mère et se ressert trois fois.
— Tu pourrais mettre la table au lieu de fixer ce gâteau comme si tu préparais un cambriolage, me lance ma mère sans se retourner.
Je m'approche du plan de travail et vole une fraise dans le saladier. Elle se retourne juste à temps pour me voir la porter à ma bouche, mais trop tard pour la sauver.
— Harper.
— Je vérifie qu'elles ne sont pas empoisonnées.
— Comme chaque dimanche ?
— La sécurité de cette famille repose sur mes épaules.
— Cette famille survivrait probablement mieux si tes épaules portaient les assiettes jusqu'à la table.
Je lui adresse mon sourire le plus innocent, celui qui ne fonctionne plus depuis mes huit ans, puis j'ouvre le placard. Notre cuisine n'est pas particulièrement grande, mais elle a toujours été le cœur de la maison. Les murs sont couverts de photographies, de dessins d'enfants que ma mère refuse de retirer et de cartes postales envoyées par des proches dont je serais incapable de retracer précisément le lien familial. Au-dessus de la petite table ronde, une photo d'Ethan et moi attire mon regard. J'ai six ans, deux dents manquantes et les cheveux attachés de travers. Il m'entoure les épaules avec le sourire fier d'un garçon qui vient de remporter un trophée, alors qu'il a simplement réussi à me convaincre de grimper dans un arbre trop haut pour moi. Quelques minutes plus tard, j'étais tombée et il avait pleuré plus fort que moi, persuadé que nos parents allaient l'envoyer en prison.
Je dispose les couverts autour de la grande table de la salle à manger pendant que ma mère poursuit ses préparatifs. Elle sort rarement cette vaisselle pour un déjeuner ordinaire, ce qui signifie qu'aujourd'hui n'est pas tout à fait un dimanche comme les autres. Ethan vient déjeuner, ce qui est devenu trop rare depuis qu'il vit à Manhattan, et il ne vient pas seul.
Victoria sera avec lui.
Victoria Hayes, vingt-huit ans, présidente-directrice générale de Hayes & Co., régulièrement photographiée devant des hôtels luxueux, des salles de conférence et des bâtiments dont les portes semblent trop lourdes pour être ouvertes par des personnes normales. La première fois qu'Ethan nous a parlé d'elle, quatre ans plus tôt, je pensais qu'il exagérait. Mon frère a toujours eu tendance à transformer ses histoires en légendes, surtout lorsqu'il veut impressionner quelqu'un. Puis Victoria est arrivée chez nous dans un manteau beige parfaitement coupé, avec une bouteille de vin dont mon père n'avait même pas osé demander le prix, et j'ai compris qu'il avait, pour une fois, minimisé la situation.
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THE SPACE BETWEEN US
General FictionVictoria est la compagne de mon frère. Elle est la seule personne que je ne devrais jamais regarder. Alors pourquoi est ce qu'il devient chaque jour un peu plus difficile de détourner les yeux ? Entre loyauté, culpabilité et désir, certaines distan...
