Dans les ténèbres des couloirs d'un lieu qui devrait être familier pour tous les étudiants, se dessine la silhouette inquiète d'un jeune homme. Il est 23 heures. L'étudiant, qui semble effrayé par une créature tapie dans l'obscurité, tourne en rond dans la salle de théâtre. Soudain, un cri retentit. Un seul.
❖ ❖ ❖
Christale, une étudiante de deuxième année, sort de son cours d'anthropologie judiciaire. La jeune femme
aux cheveux bruns et aux yeux noirs semble apercevoir au loin celle qu'elle attendait : son amie Luna, une
fille aux cheveux brun clair, au teint hâlé et aux yeux bleus
- Ah, Seigneur, je suis épuisée ! Je n'ai même pas l'envie d'aller au théâtre tellement mon lit m'appelle, dit-elle en se massant le cou.
On pouvait déjà voir ses cernes marqués et son teint blafard causés par le manque de sommeil
Les deux jeunes filles avançaient calmement après leurs cours respectifs. Plus elles avançaient, plus le
couloir se remplissait. La foule d'étudiants restait collées, échangeant des murmures tantôt curieux, tantôt
angoissés. Ce n'était pas normal : pas cette heure et pas dans ce couloir habituellement désert, peuplé
uniquement des professeurs et des étudiants du club de théâtre. Christale et Luna se regardèrent, perplexes.
- Il y avait un événement ? demanda Luna, dubitative.
- Non, pas que je sache... Le groupe de théâtre aurait mis un message sur le groupe s'il y avait eu un
changement de programme, dit la Christale.
Les deux amies se regardèrent à nouveau et avancèrent dans la foule en se faufilant. Elles virent Chloé, la
gérante du club de théâtre.
- Chloé, qu'est-ce qui se passe ?
La rousse semblait en état de choc, la peau pâle. Sans un mot, elle pointa simplement de son long doigt
tremblant la salle. Luna et Christale se retournèrent vers la pièce et virent des policiers délimiter le périmètre,
ainsi qu'un corps recouvert d'un drap blanc...
- Chloé, mais qu'est-ce qui se passe ?! demanda la fille aux yeux d'ébène.
- C'est... c'est... Carter ? réussit à balbutier Chloé, toujours en état de choc après sa découverte.
Car oui, c'était Chloé qui avait eu le malheur de faire la macabre découverte quelques minutes plus tôt :
le corps se balançant comme une guirlande tragique au bout de la corde nouée à son cou.
- Carter Andrews ? demanda Luna.
Carter était un garçon du groupe de théâtre, toujours souriant, très axé sur la santé mentale et sur la
parole. Quoique, en passant en revue toutes les fois où elle l'avait vu dernièrement, il est vrai qu'il avait l'air
plus nerveux... Elle l'avait vu se ronger les ongles, jeter des regards derrière lui constamment ou lancer des
coups d'œil anxieux autour de lui.
❖ ❖ ❖
Sans surprise, plus tard, on annonça son suicide... « Suicide ». Ce mot semblait faux dans sa tête, il y tournait
constamment, ce n'était pas cohérent. Elle s'assit dans sa chambre, ferma les yeux et repassa toutes leurs
dernières rencontres encore et encore. Son attitude nerveuse, son regard fuyant, scrutant les ombres, inquiet...
Pour elle, ce n'était pas une coïncidence.
L'obsession naissant peu à peu dans son esprit, elle avait commencé à fouiller et à compiler les informations, étudiant encore et encore les livres et fiches des cours de psychologie qu'elle suivait pour son deuxième diplôme de criminologie, annotant les contradictions et scrutant les réseaux sociaux du malheureux, se grattant frénétiquement la tête à cause du stress.
Soudain, le cri effaré de sa meilleure amie retentit dans la petite chambre étudiante :
- Mais c'est quoi ce chaos, Christale ?!? Qu'est-ce que tu fabriques ?
Christale cligna des yeux plusieurs fois, se réveillant de sa transe. La fille aux yeux saphir regarda sa meilleure amie, inquiète. Elle connaissait son caractère... passionné, dirons-nous ; mais là, cela faisait trois jours qu'elle n'avait plus de nouvelles, et maintenant, elle la retrouvait dans un état de délabrement
intellectuel.
- Waouh... OK, je ne pensais pas en être arrivée à ce point, avoua Christale d'une voix rauque. Écoute, je sais que ça va paraître dingue, mais la mort de Carter n'a rien de normal. Il se passe quelque chose. Regarde ça.
D'un geste agité, elle lui tendit une pile de documents.
- J'ai mon stage à la police bientôt, je pourrai jeter un coup d'œil au dossier médico-légal de Carter et...
Luna attrapa les mains de sa meilleure amie, l'incitant à se calmer, à respirer et à s'écouter parler...
- Tu te rends compte que c'est de la folie ? C'est complètement illégal ! Si tu te fais prendre... tu peux dire
au revoir à Interpol.
Christale inspira profondément, essayant de calmer le battement frénétique de son cœur.
- Luna, je sais que c'est beaucoup, mais... je sais qu'il y a quelque chose qui cloche et je veux le prouver. S'il te plaît, crois-moi.
Luna soupira, visiblement hésitante. C'était risqué, extrêmement risqué, mais elle connaissait Christale depuis l'âge de six ans et lui faisait une confiance aveugle.
- On peut enquêter, d'accord, mais on commence par des moyens légaux. Si... si. il y a une preuve de ce que tu avances, alors on ira plus loin.
- Bien. Mais si tu ne veux pas t'en mêler davantage, je comprendrai. Je ne te forcerai à rien.
Bien que Luna préférât rester en retrait pour limiter les dégâts, elle savait qu'elle aiderait son amie si la situation l'exigeait.
❖ ❖ ❖
Plus tard dans la journée, Christale se dirigea vers le bâtiment de la résidence universitaire où logeait Carter.
Il fallait absolument qu'elle entre dans sa chambre ; elle ne pourrait jamais avancer dans son enquête sans
inspecter le lieu de vie du défunt.
S'arrêtant dans le couloir, elle se mordit la lèvre inférieure, plongeant dans une intense réflexion. Elle possédait quelques notions de crochetage - au collège, elle avait appris la technique pour ouvrir son propre casier dont elle avait perdu les clés... Mais entre crocheter un cadenas de mauvaise facture et forcer une porte de résidence étudiante, il y avait un gouffre. Elle pouvait tenter de raviver cette compétence... ou alors subtiliser le pass d'un des agents de maintenance. Ce serait mal, évidemment, mais « techniquement, c'est pour une bonne cause », tenta-t-elle de se rassurer.
Après tout, elle entretenait de très bonnes relations avec le personnel d'entretien, s'arrêtant toujours pour saluer les agents ou échanger quelques mots aimables. Abuser de leur confiance la rendait malade, mais l'obsession d'obtenir la vérité l'emportait sur la culpabilité. L'étudiante se mit en route vers le hall d'accueil où se trouvait M. Stevenson, un vieil homme
sympathique. Son cœur se remplit de culpabilité mais « aux grands maux, les grands remèdes ».
- Bonjour Monsieur Stevenson ! Vous allez bien ?
Le vieil agent d'entretien se retourna vers la jeune fille et lui sourit.
- Oh, ma femme est en train de faire pousser nos propres poivrons, vous savez ? dit fièrement monsieur Stevenson le concierge.
- Merveilleux ! Il faudrait un jour que je goûte vos délicieux légumes, Monsieur Stevenson. Vous en parlez si souvent que cela me rend curieuse. Et vos fils, alors ? Viennent-ils pour Noël ?
- Non, ces petits ingrats préfèrent le fêter avec leurs amis... Ils brisent le cœur de leur mère chaque Noël. Elle espère encore, ma pauvre Jeanne...
- Mince, Monsieur Stevenson, je suis désolée, je ne savais pas...
Christale fit exprès de renverser son sac. Quand le concierge serviable se baissa pour l'aider, elle subtilisa discrètement son pass-partout. Elle lui adressa un grand sourire et ramassa le reste du contenu.
- Oh, je suis tellement désolée, Monsieur Stevenson ! Merci pour votre aide. Je dois aller à la
bibliothèque chercher un livre pour compléter mon cours. Bonne journée !
La jeune femme s'éloigna avec le pass. Évidemment, elle ne pouvait pas entrer dans la chambre maintenant, en pleine journée, même si elle en mourait d'envie. Non, elle devait attendre la tombée de la
nuit.
(Illustration de la chambre de Christale au début de l'enquête en haut)
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Sweet curiosity
ActionÀ l'université, certains secrets refusent de rester enterrés. Face au corps suspendu au milieu de la scène, Christale sait que la pièce de théâtre vient seulement de commencer.
