PROLOGUE

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Merci d'avoir cliqué sur cette histoire.
Je sais qu'il y a des milliers de routes possibles, et que tu aies choisi de t'arrêter ici, ça compte beaucoup pour moi.
J'espère de tout cœur que ce voyage te plaira autant que j'ai aimé l'imaginer. Bonne lecture, Rosie. 🏍️

Rosa Stone.

*

                        Le moteur de la Kawasaki Ninja grondait dans la nuit, couvrant à peine le hurlement du vent qui s'engouffrait dans les ruelles désertes. L'air glacé fouettait le visage de Cain, chargé d'odeurs d'essence, de pluie et de bitume brûlé. Il s'arrêta enfin devant la vieille maison, plantée au bout d'un terrain vague. Les murs suintaient l'humidité et les affaires douteuses. Il connaissait trop bien cet endroit. Toujours les mêmes murs, les mêmes ombres, les mêmes dettes à régler.

Mais ce soir, quelque chose clochait. Un détail imperceptible, cette tension dans l'air qu'il sentait jusque dans sa nuque. Les lumières étaient éteintes et la porte d'entrée, entrebâillée, oscillait lentement sous le vent. 

Cain coupa le moteur. Le silence retomba d'un coup, presque violent. Il ôta son casque, observa les alentours. Personne. Seulement le sifflement du vent et le craquement d'une tôle quelque part derrière la maison. 

Sa main se glissa naturellement sur la crosse de son arme. Chaque pas qu'il fit sur le gravier résonna trop fort dans la nuit. Une odeur métallique flottait déjà, mêlée à celle de la terre mouillée.

Il poussa la porte d'un coup d'épaule.

L'intérieur était un champ de désordre et de ruine. Le canapé éventré, des bouteilles éclatées au sol, un meuble renversé. Et cette odeur... cette odeur de fer.
Le sang.

Cain avança lentement, ses bottes écrasant les éclats de verre dans un crissement aigu. Il suivit la trace écarlate qui serpentait sur le parquet jusqu'à la cuisine. Et là, il s'arrêta net.

Le corps d'un homme gisait contre le mur, la gorge ouverte, les yeux grands ouverts figés dans une expression d'effroi.
Une exécution. Propre, calculée.
Pas une bagarre.
Un message.

Cain resta immobile quelques secondes, le regard dur, la mâchoire serrée. Sur son territoire, ce genre de chose n'arrivait pas sans qu'on le prévienne. Et quand on ne le prévenait pas... c'était qu'on voulait le provoquer.

Un grondement discret monta dans sa poitrine, plus instinctif que conscient. Il n'aimait pas les jeux d'intimidation. Puis un bruit. Léger. À peine un souffle. Un froissement.
Quelqu'un était encore là.

Cain pivota aussitôt, l'arme levée, tous les sens en alerte. Il contourna le couloir, poussa la porte suivante d'un coup de pied. La lumière blafarde du couloir glissa dans la pièce. Entre un mur fissuré et une commode renversée, une silhouette recroquevillée. Des cheveux noirs, emmêlés, un visage à moitié caché.
Elle respirait vite, trop vite, ses yeux agrippés aux siens avec une panique presque animale.

Pendant une fraction de seconde, ils se dévisagèrent sans bouger.
Puis elle se leva d'un bond, fuyant vers la sortie.

— Stop !

Trop tard.
Elle avait déjà franchi la porte.

Cain la suivit à grandes enjambées, la pluie frappant sa veste de cuir, ses bottes s'enfonçant dans la boue.

— Arrête ! cria-t-il encore.

Elle glissa, se rattrapa, mais continua à courir.
Il accéléra, l'attrapa par la taille, la fit pivoter avant qu'elle n'atteigne la route.
Sa main se plaqua contre sa bouche pour l'empêcher de hurler.

Son corps tremblait sous le sien, sa respiration hachée contre sa paume.
Elle se débattait comme une bête traquée, sans force, mais avec une rage désespérée.

— Chut, souffla-t-il d'une voix basse. Calme-toi. Je vais rien te faire. C'est fini.

Elle tenta encore de se dégager, puis s'immobilisa.
Le silence revint, seulement troublé par la pluie qui ruisselait sur eux.

Cain sentit son souffle court, sa peur brute, presque palpable.
Il relâcha lentement sa prise, sans la quitter des yeux.
Elle recula d'un pas, trempée, tremblante, les bras autour d'elle comme pour se protéger. 

— C'est toi ? murmura-t-elle.

— Moi quoi ?

— Le tueur.

Cain esquissa un bref rictus sans joie.
— Si c'était le cas, on ne serait pas en train de discuter.

Elle resta figée, hésitante.
La peur était là, mais quelque chose d'autre aussi : une lassitude qui rongeait tout le reste.

— T'as un nom ? demanda-t-il après un silence.

— Pourquoi faire ?

— Pour éviter de t'appeler "eh toi", répondit-il calmement.

Un souffle lui échappa, entre un rire nerveux et un soupir.
— Eva.

Elle grelottait, sans oser l'avouer. Ses doigts serraient le tissu déchiré de son manteau.
Cain s'approcha d'un pas, lentement.
Elle ne recula pas.

Il retira sa veste en cuir, la posa sur ses épaules.
— Mets ça.

— Je t'ai rien demandé.

— J'ai pas demandé ton avis non plus.

Leurs regards se croisèrent, longs, lourds, pleins de défi silencieux.
Et pourtant, quelque chose céda en elle.
Pas de panique. Pas de cri.
Juste... une fatigue immense, celle de quelqu'un qui n'a plus d'endroit où aller.

— Tu veux aller où ? demanda-t-il enfin.
— Nulle part.

— C'est pas une réponse.

— C'est la mienne.

Il soupira, leva les yeux vers le ciel gris.
— Très bien. Alors tu viens avec moi.

Elle le fixa, stupéfaite.
— Quoi ? Hors de question.

— J'te laisse pas là.

— Et j'te demande pas de me sauver.

— Dommage.

Il fit un pas vers la moto.
Elle, deux pas en arrière.

— Je monte pas avec toi.
— Alors reste là, et attends qu'ils reviennent finir le travail.

La phrase tomba comme une lame. Elle le regarda, trempée, épuisée, et le silence qui suivit valait toutes les réponses. Elle savait qu'il avait raison.

Cain se contenta de tendre la main, sans un mot. Elle hésita longtemps. Puis ses doigts effleurèrent les siens, tremblants.

— C'est pas une bonne idée, murmura-t-elle.

— Les bonnes idées, j'en ai jamais eu beaucoup, répliqua-t-il simplement.

Il remit son casque, laissa le moteur rugir à nouveau.
Elle monta derrière lui, hésitante, ses mains serrées contre son propre ventre avant d'oser les poser sur lui. La chaleur du cuir, le grondement de la moto, tout semblait irréel. Cain sentit son souffle contre son dos. Un souffle de peur. De fatigue. Mais surtout, celui de quelqu'un qui, pour la première fois depuis longtemps, n'avait plus la force de lutter.

Ils s'enfoncèrent dans la nuit, avalés par la pluie. Et tandis que la route défilait sous eux, Cain sut, sans savoir pourquoi, qu'il venait de ramasser bien plus qu'une survivante. Il venait de ramasser un fardeau.

Ou peut-être... sa propre rédemption.

Ce n'était que temporaire. Juste le temps de régler cette putain d'histoire.

Juste le temps de voir qui avait osé mettre le chaos sur son territoire.

Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

Il ne sait pas encore, qu'il vient de poser les yeux sur le plus grand bordel de sa vie. 

RIDE OR DIE - Toujours derrière toiStories to obsess over. Discover now