Chapitre 7

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J'étais chez Mattieu avec Claire, Lesli, Ana, Kevin, Jean et Samuel. On était tous installés à une table ronde, et chacun avait des petites conversations de groupes.

J'étais avec eux depuis au moins une bonne heure, et je m'amusais bien. Je rigolais sans problème ! Mais j'étais dans une bulle avec eux : ils fumaient toutes sortes de choses, s'enivraient de diverses liqueurs et/ou liquides, et avaient une façon très spécifique de voir le monde. Et pourtant, leurs visages ne les trahissaient pas : ils faisaient comme moi, partie de la classe de BTS tourisme du lycée Racine, dans le 8ème arrondissement de Paris.

Certes, je partageai la même vision du monde quand j'étais avec eux, mais il me suffisait de me rappeler que la fumée se coincerait dans mes cheveux, et que l'odeur était excessivement insupportable une fois loin d'eux, pour laisser mes pensées divaguer et revenir à Déricc.

Je n'entendais même pas Mattieu qui me demandait :

- Alors, tu en penses quoi de la psychothérapie cognitivo-comportementale comparativement à la thérapie analytique typiquement freudienne ?

Comment lui dire qu'on s'en foutait un peu, de savoir ce que, "les gens" en général, pensent de cette question trop psychologique, sans lui faire de peine... ?

- Je sais pas trop, répondis-je en ayant opté pour une réponse franche et pas trop brutale, et toi tu en penses quoi ?

Je savais qu'il allait partir dans un grand discours, sous forme de long monologue presque sans fin. Et j'avais évidemment raison : il faisait des gestes éloquents en parlant, se tenait droit et bizarrement, quand il parlait, tout le monde l'écoutait. Non pas que le sujet qu'il abordait était intéressant, mais sa façon d'aborder ce qu'il disait, rendait n'importe lequel de ses auditeurs captivé par son discours. De plus, il attirait tout de suite l'attention, avec ses cheveux blonds et ses yeux verts, son visage harmonieux et sa voix très douce.

- Aussi, concluait-il, même s'il l'on admettait que les deux sont des psychothérapies, ce qui n'est pas admis par tous, du moins pour la psychanalyse, on ne peut pas vraiment se permettre de comparer ces deux types de thérapies sur le même plan, sans formuler toutes les questions que je viens d'aborder, qui ne sont certainement pas exhaustives.

Le ton de sa voix était calme, bien placé, posé et ses gestes soignés. Ses sourires, légèrement imperceptibles, pouvaient presque être interprétés comme une marque de complicité entre lui et son auditeur, qui se sentait comme happé par un fil invisible le reliant à Mattieu. En un mot, on était comme hypnotisé par son éloquence.

Je me surpris à le considérer comme plus qu'un ami l'espace d'une seconde, mais je secouai la tête, comme lorsque l'on sort d'un rêve éveillé, lorsque je m'en rendis compte. Mes pensées se rabattirent sur mon "nouveau demi-frère", puis vers Lilo.

Après la fin de son discours, tout le monde s'était levé pour se délasser les jambes, et reformer les petits groupes, qui s'étaient naturellement créés au cours de la soirée. Je ne m'étais pas aperçue que j'avais les mains à mes tempes, essayant de les masser doucement, les sourcils froncés et que j'étais toujours assise.

Claire me secoua doucement l'épaule.

- Ca va ? me demanda-t-elle l'air extrêmement préoccupé.

- Oui, oui, t'inquiète pas, lui dis-je dans un sourire presque exagéré. Mais je suis fatiguée, je vais peut-être y aller.

Je remarquai que Mattieu avait tourné subrepticement la tête vers moi, comme s'il m'avait entendue.

Néanmoins, je n'y fis pas attention et me dirigeai vers la sortie, après avoir doucement remercié Claire de son inquiétude à mon égard. Il attrapa mon bras au vol, juste avant que je ne referme la porte sur moi.

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