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- Vous savez, il m'arrive souvent d'avoir des remords à propos de la mort de Samantha.

Héléna fit lentement remonter ses lunettes sur ses beaux yeux bleus. La jeune psychologue avait depuis peu un nouveau patient qui l'intriguait tout particulièrement, Gabriel. C'était un jeune homme de 17 ans, timide d'apparence, qui lui avait résisté jusque-là. Il avait eu du mal à se livrer, et sa déclaration surpris donc la jeune femme. Elle se pencha légèrement en avant, décollant son dos du fauteuil vintage sur lequel elle était assise, avant de croiser ses jambes pour venir poser ses mains sur son genou. Elle reposa ensuite son regard plein d'interrogation sur l'adolescent face à elle.

- Vous m'aviez dit d'un ton sec, à la fin de notre dernière séance, que c'était son narcissisme qui avait tué votre amie. Et maintenant vous exprimer des remords

- Et bien... je ne vais pas nier que... C'est moi qui ai nourri son narcissisme. Depuis notre plus tendre enfance, je l'ai idolâtré et je n'ai jamais cessé de la complimenter ou de la vanter devant les autres.

Les yeux de Gabriel fuyaient ceux d'Héléna, comme ceux d'un enfant qui aurait fait une bêtise. Il jouait avec ses pouces et se mordillait la lèvre inférieure, la tête baissée. En quelques séances seulement, la jeune femme avait réussi à décrypter les différents tics traduisant ses différents états émotionnels de l'adolescent.
Là, il était nerveux, elle pouvait affirmer sans le moindre doute qu'il était nerveux. Elle reprit donc immédiatement la parole pour ne pas le laisser se braquer. Elle n'allait tout de même pas laisser filer une chance de savoir ce qui tourmentait le garçon, et était quasiment certaine que la réponse se trouvait dans sa relation avec cette "Samantha".

- D'ailleurs, il me semble que Samantha était une personne très importante pour toi Gabriel, je me trompe ?

Le cliquetis si distinctif du stylo d'Héléna, lorsqu'elle appuya sur le bouton pour en faire rentrer la mine, résonna dans le silence de la salle en un écho. Elle le plaça ensuite avec son carnet sur la petite table qui lui servait de bureau, et après avoir déroulé ses longues jambes pour les croisées dans l'autre sens, posa ses mains sur son genou, en se concentrant sur son patient.
En voyant qu'il avait toute l'attention de sa psychologue, Gabriel se redressa sur le canapé où il était couché, pour venir s'asseoir face à elle.

- Samantha et moi... Nous nous connaissions depuis tout petit. On a grandi ensemble, car nos parents se connaissaient déjà avant notre naissance, et depuis que je la connais, elle a toujours été la fille parfaite, aussi belle qu'intelligente, avec des notes parfaites et... ça m'énervait. Je la détestais pour ça non... Je me détestais de ne pas pouvoir être comme elle. Ce qui me troublait le plus chez elle, c'était sa capacité à ne ressentir aucune émotion. Quoi qu'il puisse arriver, elle restait impassible, elle était comme... Vide, vous voyez ?

Le jeune adolescent se laissa finalement retomber sur le dos. Il croisa ses doigts et posa ses mains sur son ventre en soupirant. Héléna, elle, resta silencieuse. Pas un mot ne sortit de sa bouche. Elle se contentait d'écouter, et garda son regard appuyé sur le jeune homme pour l'inciter à continuer.

- Elle était si parfaite et moi si minable que je me suis mis à l'idolâtrer, je me suis accroché à elle comme si elle était la lumière qui allait me tirer des ténèbres. Peu importe ce qu'elle me faisait ou me disait de faire, je m'exécutais sans broncher, j'étais son toutou. Je ne sais pas qu'elle fut son déclic, mais elle s'est mis à afficher une faux sourire à chaque fois qu'elle s'adressait à des adultes ou à d'autres personne de notre âge, mais pour moi, il n'y avait que du dégoût. Elle me regardait de haut comme si elle était supérieure, comme si je lui faisais de l'ombre.
Et puis vers la fin du primaire, je me suis dit que si je ne pouvais pas être comme elle, je ferais en sorte que tout le monde sache à quel point elle est magnifique. J'étais vraiment obsédé par cette fille. C'est là que j'ai commencé à la mettre en valeur, et à vanter ses mérites devant tout le monde. Et toute cette attention, toute cette gloire, tout ça l'a changé. Je l'ai changé. Elle a commencé à adorer ça et en voulait toujours plus.
Au collège, il lui est arrivé à de nombreuses reprises de ne pas être au centre de l'attention. Elle s'est rendu compte que plus que l'admiration, c'était l'empathie qui attirait et gardait les gens. Elle s'est donc inventer un personnage avec des problèmes familiaux tout en suscitant l'admiration des personnes qui n'était pas dans son cercle de « pigeon proche ». Et bien sûr, elle détestait toutes les personnes qui lui « volaient » son attention. Elle utilisait toute sorte de stratagème pour les descendre sans être impliquée, et puisque qu'elle savait les secrets de tout le monde, faire passer des rumeurs subtilement était quelque chose de facile pour elle. Et c'était moi qui m'en chargeais...


Après quelques secondes de silence, Héléna décida de reprendre doucement la parole.

- Vous ne m'avez jamais dit dans quelle circonstance elle était morte.

- C'est... C'est une longue histoire.

- J'ai tout mon temps.

Héléna croisa ses jambes dans l'autre sens. Elle posa le coude sur l'accoudoir de son fauteuil et posa sa tête sur son poing, sans jamais détacher son regard de son patient. Devant l'insistance de sa psychologue, Gabriel céda.

- D'accord, alors, puisque vous insistez... Ça s'est passé un jeudi, il y a presque 2 mois.

Une Narcisse comme AmieStories to obsess over. Discover now