Écrire ou mourir

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Voilà deux semaines que je suis là, à fixer le plafond sans fin. Cette chambre qui était mon refuge est maintenant ma prison. Je vais chercher à manger une fois par jour puis je retourne m'enfermer dans ma prison.

La première semaine, maman venait tout les jours me voir, maintenant c'est à peine si elle se souvient de mon existence. Il faut dire que je n'ai pas été tendre avec elle.

Hier, j'ai pensé à sauter par la fenêtre pour la première fois depuis longtemps. C'est à ce moment que j'ai compris qu'il fallait impérativement que je sorte. Je deviens folle. J'ai donc décidé de faire autre chose que rester allongée dans mon lit. Je me suis levée, mes jambes n'ont pas aimé. Je me suis étalée par terre comme un gros sac. C'est peut-être ce que je suis devenue après tout, un sac. J'ai fait une seconde tentative qui a tout aussi lamentablement échouée. Voilà à quoi se résume ma vie, une série d'échecs qui n'en finit jamais. Mon sol était sale. Il faut dire que faire le ménage n'a pas été une priorité ces derniers temps. Il était tellement sale qu'au bout d'une heure, fatiguée d'aspirer des moutons de poussière chaque fois que je respirais, je me suis décidée à me lever. J'ai réussi. Je n'ai ressenti aucune satisfaction. Réussir à se lever n'est pas un exploit. Même pour moi. Je me suis traînée jusqu'à mon bureau. Il était jonché d'un tas de document, et de livres d'écoles. J'ai tout mis par terre. Je me suis dit que je m'en occuperai plus tard mais je ne vais pas mentir, il risque d'y rester un moment. Et je m'en fous à vrai dire.
Je ne savais pas quoi faire, alors j'ai voulu regarder sur mes étagères. Mais elles sont sous mon bureau. Alors je n'ai pas bougé. Je ne sais pas combien de temps je suis restée debout à fixer mon bureau. Mais quand mes jambes ont commencé à me faire mal, j'ai su que ça faisait déjà bien trop longtemps. Je me suis finalement baissée. Il n'y avait pas grand chose. Sauf un carnet qui a attiré mon attention. Je l'ai pris et je suis retournée dans mon lit.
Il était noir, avec des étoiles dorées sur la couverture. Je l'ai trouvé plutôt joli. Mais je ne savais pas quoi en faire. Alors je l'ai posé à côté de mon lit et me suis blottie sous ma couette. Ensuite, j'ai dû m'endormir parce que je ne me souviens de rien. De toute façon je n'aurai pas fait grand chose de palpitant.

Ce matin je me suis levée, mais il était midi. J'en suis venue à la conclusion qu'il était l'heure de manger. Je m'apprêtais à sortir de mon lit mais j'ai vu le carnet étoilé par terre, puis je me suis vu dans le miroir. Ce n'était pas beau à voir. Je n'étais que l'ombre de moi-même. Pourtant j'en ai traversé des périodes chaotiques dans ma vie. Mais cette fois ci, j'ai eu peur de moi-même.

Et me voilà, en train d'écrire dans un carnet. Je me dit que si j'écris, avec un peu de chance je ne deviendrai pas tarée. Du moins pas plus que je ne le suis déjà. Je vais donc écrire. L'idée d'écrire mes pensées dans un carnet ne m'enchante pas. Mais à ce stade, c'est écrire où mourir. Mon ventre me supplie de lui venir en aide depuis un bon quart-d'heure, je crois qu'il est temps d'aller me réapprovisionner en nourriture.

Je me lève lentement de ma chaise de bureau. Étonnamment, écrire m'a apaisé. Je me sens plus légère, comme libérée d'un poids. Je me dirige machinalement vers la porte, toujours dans mes pensées. Je descends les escaliers, et vais dans la cuisine. Je suis tellement absorbée par mes pensées que je n'ai pas vu l'aspirateur qui traîné par terre. Résultat: un orteil en compote et une furieuse envie de tout casser.
Maman est là, lunettes sur le nez, en pleine lecture. Encore un de ces livres romantiques qui me donnent envie de vomir. Attention, je ne suis pas contre les histoires à l'eau de rose. J'en ai lu à une période de ma vie. Mais ma mère ne vit qu'à travers ces histoires ces derniers temps. Elle passe tout son temps à lire. Ce qui n'est pas mauvais en soi. Ce qui est mauvais c'est qu'elle préfère s'enfermer dans des paysages romantiques qui ne sont que dans son esprit plutôt que de vivre. Oui je sais, je suis bien mal placée pour la critiquer. Mais moi au moins je n'idéalise rien du tout, je vois les choses telles qu'elles sont. Et cette vie est plutôt nulle.

Mon orteil me lance si fort que j'ai l'impression que mon coeur s'y ai réfugié. J'ai envie de tout détruire. Maman est là, ça devrait faire l'affaire.

_ Mais qu'est ce qui ne va pas chez toi? Tu veux me tuer?
Je sais, c'est mal de remettre la faute sur les autres.
Maman sursaute en entendant ma voix. Bien fait.

_ Oh, te voilà enfin sortir de ta tour. Qu'est-ce qu'il se passe? dit -elle d'une voix douce.
Parfois je m'en veux d'être si méchante avec elle, mais la plupart du temps sa gentillesse m'énerve encore plus.

_ Il se passe que je viens de me prendre ton p**ain d'aspirateur dans l'orteil! Tu veux ma mort?

_ Ne sois pas si dramatique, prend une poche de petit pois dans le congélateur. Je vais te chercher une bassine d'eau.

_Comment peux tu être aussi calme! Tu sais qu'il y a des gens qui meurt pour moins que ça!
Elle ne va pas tarder à s'énerver, sa patience a des limites, surtout en ce moment. C'est sans doute ma faute.

_ J'en ai assez de toi et tes caprices! Débrouilles toi toute seule !
Elle se précipite dans la salle de bain et claque la porte derrière elle. Elle a oublié son livre, ce n'est pas très malin. J'en avais presque oublié mon orteil! Mais c'était sans compter sur la douleur qui revient au grand galop.
Réfléchissons, maman s'est enfermée dans la salle de bain, donc je ne peux plus accéder au congélateur. Dommage, une poche de petit pois n'aurait pas été de trop. Il ne me reste donc pas d'autres choix que de prendre un saladier, le remplir d'eau et plonger mon orteil dedans. Merde. J'ai oublié de prendre du sopalin. Quand la douleur s'apaise enfin je sors mon orteil gonflé de l'eau et vais à cloche-pied jusqu'à la boîte de mouchoirs qui est à l'autre bout de la pièce. Durant la manœuvre, j'ai bien évidemment mis de l'eau partout. Mais c'est le cadet de mes soucis. Je suis hors de ma chambre depuis bien trop de temps. J'enroule rapidement mon pied blessé dans des mouchoirs sans oublier de mettre un élastique pour que le tout tienne. Je prends tout ce que je trouve dans le frigo et autres placards puis retourne en clopinant dans ma prison.
Je n'ai pas nettoyé, maman s'en chargera. Elle me doit bien ça après toutes ces années de non-assistance.
Une fois en sécurité dans ma piaule, je m'assois sur mon lit et mange ce que j'ai récolté durant ma petite descente en terre inconnue. Le carnet noire est ouvert sur mon bureau, je le ferme et vais me coucher. Il est déjà 16h, je suis réveillée depuis approximativement quatres heures et c'est bien trop.

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Hey! 🌞

Voici le premier chapitre de mon histoire.
La plupart de mes chapitres sont déjà écrits, je pense donc poster environ un chapitre par semaine pour l'instant.

Les commentaires et les votes sont les bienvenus ! :)

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