Chapitre 19

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     Je suis restée aux archives jusqu'à la fermeture de dix-huit heures. Après avoir convenu avec Christelle, l'adorable fouineuse, de nous retrouver le lendemain pour papoter autour d'un thé dans une brasserie du coin, je suis rentrée en vitesse chez moi pour me changer. J'ai embarqué dans un sac de sport un pyjama, ma trousse de toilette et des vêtements. J'ai pressé le pas pour rejoindre Emmanuelle à la sortie de la piscine municipale puis nous avons roulé en voiture jusqu'à l'autre bout du centre-ville pour nous rendre dans un restaurant chinois où nous avions nos habitudes.

— Bonjour les filles. Deux petites minutes et je suis à vous !

Ming, la gérante du resto, était comme à l'accoutumée très élégante dans une longue robe traditionnelle et satinée bleue. Elle a installé des clients puis et revenue pour nous mener, Emmanuelle et moi, à notre table préférée donnant sur un magnifique jardin. En son centre, trônait une splendide fontaine mettant en scène un phœnix au côté d'un Archange. Les détails de la courette m'ont soudainement sauté aux yeux à tel point qu'Emmanuelle a cru bon de me secouer par les épaules.

— Ben alors ! Ce n'est pas la première fois que tu viens ici ! s'est-elle exclamée sous les gloussements de Ming qui déposait les menus.

Durant l'après-midi, mon début de recherche sur l'aspect fantastique de Beaupuy avait été fructueux. Je pouvais remercier Christelle d'avoir conservé la boîte du Père Malinosky — mort dans d'étranges circonstances —. Un mystère à élucider selon l'archiviste. Concentrée sur mon « enquête », je peinais à focaliser toute mon attention sur Emmanuelle qui pour le coup bavassait à propos de la couleur de son vernis.

— Tu en penses quoi, toi ? Noir ou bleu nuit ?

— Bleu nuit.

Du bleu, encore du bleu, toujours du bleu. Néanmoins, jamais les nuances de bleues que nous connaissions n'attendraient le degré de beauté du coloris des ailes de Marin.

— Sors-toi ce type de la tête, tu es avec moi ce soir ! Tu te souviens ? Emmanuelle, ta meilleure amie que tu fuis comme la peste depuis quelques jours.

— Ne dis pas de bêtises. Je ne te fuis pas. Impossible.

— Comment expliques-tu qu'on ne s'appelle plus tous les jours ? Que tu ne passes plus à la maison pour mater un film ou tout simplement pour te poser avec moi et contempler le paysage.

Mon infidélité allait me revenir en pleine face tel un boomerang lancé à vitesse grand V. Je délaissais mon amie pour reproduire des activités identiques avec Marin. C'est chez lui que je déboulais à l'improviste et c'est aussi chez lui, que je m'installais dans la véranda pour admirer un paysage que la présence de Marin embellissait puissance mille.

— Je veux tout savoir du gars qui s'approprie ma meilleure amie. Tout dans les moindres détails, a-t-elle stipulé en faisant les gros yeux avant qu'une moue rieuse n'éclose sur son visage.

— Pourquoi penses-tu, tout de suite, à un homme ?

— Parce qu'il n'y a qu'un coup de foudre capable de te faire dévier de ton cap, répond-elle en prenant connaissance du menu changé récemment.

— De mon cap ?

— Oui, ton cap de solitaire. Il m'a fallu des semaines et des semaines pour te redonner un semblant de goût à la vie. Tu te souviens, pendant les grandes vacances, l'année dernière, je devais t'extraire de ton lit pour que tu daignes mettre le nez dehors. Ensuite, doucement, tu t'es remise à sortir seule pour faire les courses ou venir me voir. Tout cela te demandait un effort surhumain. Et puis, il a eu ce moment en début d'année où tu m'as paru allait beaucoup mieux. Ça n'a pas duré. Dès mars, tu broyais du noir et je ne savais pas comment atténuer tes peines, a confessé Emmanuelle en enserrant ma main de la sienne.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant