Chapitre 13 - LUI

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         Contes, mythes et légendes sont ancrés dans la culture locale de la commune de Beaupuy. Des histoires racontées aux enfants, aux touristes au coin du feu ou durant des dîners de famille. Il s'est toujours dit que Beaupuy était un territoire mystique. Certains y ont vu des messages bibliques quand d'autres, plus prosaïques, ont considéré des faits dépassant l'entendement comme de simples inepties. Si je n'étais pas moi-même ce que je suis, je me serais volontiers rangé de l'avis des scientifiques et autres personnes d'un pragmatisme à toute épreuve. Quoique. La vie n'est pas manichéenne à mes yeux. Pour avoir traversé les siècles, je savais que l'existence se présentait sous un chemin jalonné de nuances. Des nuances parfois subtiles, d'autres fois plus grossières.

Un seul principe dictait ma conduite : les gens voyaient ce qu'ils voulaient voir. Rien de plus, rien de moins.

Oxane a geint en se retournant sur l'imposant sofa qui trônait au milieu du salon. Ses mains sont apparues par-dessus l'édredon qui la recouvrait. La gorge sèche, elle a cherché à déglutir. Au petit soin pour elle, j'ai rapproché le plateau préparé plus tôt dans la soirée. J'avais anticipé son réveil chaotique. Eau, paracétamol, brioche cuisinée la veille, trousse de secours. Il m'a semblé que rien ne manquait.

Me regardant Oxane s'est figée avant d'éclater de rire. Impossible pour moi d'entrer dans sa tête pour lire ses pensées. Je ne pouvais que me contenter de décrypter les expressions sur son visage. C'était l'une des rares fois où je me retrouvais démuni. Un Archange de mon rang pouvait pénétrer tous les esprits même les plus sombres.

— Je crois que je me suis cogné la tête, a-t-elle repris en frottant son front. J'ai dû cauchemarder.

Après avoir avalé quelques gorgées d'eau, Oxane est retombée sur les oreillers.

— Aïe...

Elle a soufflé en entourant sa nuque de ses mains.

— Tout va bien ?

Un sourire s'est étiré sur ses lèvres. Elle m'a observé un long moment puis soudainement son expression à la vue de ses blessures a changé. Ses prunelles n'ont cessé de tourner dans leurs orbites.

La vérité lui revenait à l'esprit. Un esprit qu'elle pensait dérangé, thèse que j'envoyais balader d'un revers de l'aile. Oxane ne souffrait pas d'une maladie mentale. Si ça avait été le cas, je l'aurais su. Je l'aurais perçu. Lors de notre mémorable première rencontre, sa douleur m'avait alerté. Je chassais dans la forêt quand des voix, dans un écho puissant, m'étaient parvenues. Elles avaient cessé au contact de la jeune femme avec l'eau et depuis, impossible pour moi d'à nouveau les entendre. Ses voix s'enracinaient dans sa tête, aucun doute là-dessus.

Je me suis éloigné afin de lui donner l'espace nécessaire pour se remettre de ses émotions. En grimaçant, elle m'a fixé. Près de sept cents ans que personne ne m'avait jaugé de la sorte avec cet air à la fois curieux et craintif.

— Je ne te ferai aucun mal, ai-je assuré en me détournant de la belle qui serrait la couverture entre ses doigts fins. Je ne te retiens pas prisonnière. La porte est ouverte. Tu pourras partir dès que tu t'en sentiras la force.

Une bête curieuse voilà comment elle me considérait. Je n'ai plus voulu croiser son regard. Une vie d'errance, de solitaire était déjà bien assez rude. Je n'allais pas compliquer le tout en lui montrant que sa réaction m'atteignait. Je la pensais différente. Mais peut-être que les humains étaient tous les mêmes après tout.

Devant le feu de cheminée, j'ai fermé les yeux.

— Je te demanderai simplement de garder pour toi ce que tu as vu ou crois avoir vu ce soir, Oxane.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant