Chapitre 10

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        Sortant du train fantôme, Marin et moi nous décidions à arpenter les allées de la foire dont nous avions déjà testé quelques manèges. Ayant une idée similaire, nous avons marqué une courte halte devant un stand de gourmandises. Loin d'être rassasiée par les gaufres, j'ai soumis une idée : pourquoi ne pas aller dîner ? Le beau brun a tout de suite accepté.

Après une heure et demie de fête foraine, voilà que nous prenions le chemin d'un restaurant en bord de route face à une station essence presque déserte, au beau milieu de nulle part, entouré de forêts et de montagne.

— Marta's Diner ! Grande première pour moi, ai-je confié en entrant dans le restaurant au décor très américanisé.

Un style Art déco, un sol à carreaux noir et blanc, des néons multicolores, des juke-box. J'avais l'impression de me retrouver dans une sorte de wagon bar en plus grand et sympathique.

— Des burgers, des frites, des beignets, des milk-shakes à gogo...

Marin m'a orientée, de façon à ce que nous prenions place au milieu du restaurant à côté d'une fenêtre donnant sur une route peu fréquentée.

— C'est un endroit étrangement sympa, ai-je assuré en observant plus attentivement les lieux. J'ai l'impression de me retrouver au diner Pop's de Riverdale.

La référence lui échappait. Je me suis sentie obligée d'entrer dans les détails. À mes heures perdues, j'avais regardé la première saison de la série.

— Je me pencherai sur le sujet, promis, a-t-il dit en ouvrant le menu.

Je l'ai imité après que Marin ait commandé deux limonades auprès de la serveuse vêtue d'un uniforme rétro rose à rayures.

La musique de fond, de la country, m'a permis de m'évader quelques instants. Amusé par mes dandinements sur mon siège, un sourire a éclot sur le visage de mon partenaire qui ne cessait de me regarder avec beaucoup d'affection. Chaque minute qui s'écoulait renforçait un peu plus l'affection qui nous liait.

— Aimez-vous danser ? me suis-je renseignée en arrêtant mon choix sur un repas calorique.

— Et vous ? a-t-il répondu en secouant la tête au rythme de la musique avant d'entreprendre de se lever pour m'extirper de mon siège et me faire tournoyer dans ses bras.

— Je me débrouille, ai-je gloussé en me laissant emporter par les mouvements de Marin. Vous êtes un meneur, n'est-ce pas ?

— Je ne sais pas.

Pas à moi. Bien sûr qu'il le savait. Aucune honte à posséder ce charisme naturel, ce leadership poussant les gens à vous suivre par instinct et confiance. Dans la vie, grâce à mon boulot où le terme manager rimait avec emmerdeur, j'étais parvenue à faire le distinguo entre le chef et le leader. Le leader dégageait une autorité naturelle qui enivrait, motivait et inspirait les gens. Quant au chef, il était le petit machin chiant qui vous balançait son bac+5 en pleine poire à chaque fois que vous le contredisiez. Être craint pour être respecté, c'est tout ce que savaient faire mes petits « branleurs de supérieurs » comme les appelait Emmanuelle.

— Ce sens du rythme, Oxane !

La bonne humeur de Marin m'a contaminée à tel point que je me suis difficilement réinstallée sur la banquette pour savourer un énorme burger accompagné de frites et de sauces diverses.

— Vous êtes si belle, a-t-il lancé en essuyant du bout de son pouce, le ketchup au coin de mes lèvres.

Son doigt a sillonné la partie inférieure de mon visage. Je n'ai pas lâché mon partenaire du regard. À cet instant, nous étions connectés l'un à l'autre. Nous venions de franchir un palier.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant