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Ymir

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 Thrall plissa les yeux, tentant vainement de transcender la brume de poussière qui obstruait sa vision. Des sil­houettes lui apparaissaient vaguement dans l'épais brouillard. Elles semblaient se mouvoir tel des fantômes, des âmes égarées sur cette plaine livide.
 Progressant à pas lent dans la boue, Thrall devenait à son tour l'une de ces formes spectrales.
 Les fines perles de pluie plaquaient ses cheveux blond salit par la terre, sur son front emplit de sueur.
 Le jeune garçon glissa furtivement la manche de son manteau sur ses yeux humides. Ses sens en alerte, il cher­chait cherchait frénétiquement ses ennemis, dissimulé dans l'épaisse brume blanchâtre. Des cris parvenaient à ses oreilles, étouffés par la pluie autour de lui. Des coups de feu ré­sonnaient dans la vallée, dont les détonations lui pa­raissaient lointaines.
 Le souffle court, Thrall sentit soudainement son corps se détacher du sol, et un ébranlement secouer la terre. Le jeune garçon fut propulsé dans la boue quelques mètres plus loin, et s'écrasa violemment sur son flan gauche.
 Ses yeux bleus mis-clos, le jeune soldat ne parvenait à distinguer les formes qui semblaient se mouvoir autour de lui. Les échos de la plaine paraissaient lointains, tel un mi­rage aux oreilles de Thrall. De multiples lumières venaient perturber son champ de vision, d'innombrables couleurs venaient éclairer le ciel grisé par le sang et la boue.
 Inopinément, au milieu de ce vague flux, une voix grave se fit de plus en plus forte dans l'esprit de Thrall. Peu à peu, les notes du champs de bataille se firent plus claires, plus proche du jeune garçon. Sa vue s'éclaircit soudaine­ment, et les contours des silhouettes l'entourant se firent plus précises.
 - Thrall ! hurla la voix de ce qui semblait être un enfant.
 Le jeune soldat ouvrit soudainement les yeux. Il chercha frénétiquement son arme, qu'il avait gardé serré contre sa poitrine. Thrall se redressa à la hâte, tel un phœnix renais­sant de ses cendres. Son regard dans la visière de son arme, le jeune garçon s'élança à travers le champ de bataille.
 La terre se soulevait en nuage de poussière autour de lui, rejoignant le brouillard blanc du ciel. Les tirs fusaient à ses côtés, ses camarades et ses ennemis tombaient dans des hurlements glaçants, et leurs visages se figeaient pour tou­jours dans une grimace d'horreur.
 Soudainement, Thrall vit se découper dans le brouillard, un soldat qui s'avançait vers lui. Il marchait, son arme à la main. Il n'était qu'une ombre avançant sous la pluie, une âme tranquille, inébranlée par le chaos autour d'elle.
 Le jeune soldat interrompit sa course. Il posa un genoux à terre, et ajusta sa ligne de mire. Son cœur s'accéléra, bat­tant à tout rompre dans sa poitrine. Thrall, respira profon­dément, afin de se calmer. Son œil azuré transperçait la sil­houette s'approchant lentement de lui.
 Bientôt, ses contours se firent plus distinct. Thrall plaça son doigt sur la gâchette, prêt à presser la détente. Lorsque soudainement, sa main trembla.
 Devant l'adolescent, se formait doucement la silhouette d'une enfant. Ses cheveux d'or surmontés d'un simple ban­deau volaient dans la brise. Elle ne portait pas une tenue militaire, mais une simple robe de haillon par dessus la­quelle, un tablier abîmé. Ses pieds étaient cachés eux aussi par un morceau de coton, ficelé autour de ses chevilles.
 Thrall, les dents serrées, observa l'enfant qui continuait de s'avancer vers lui. Son doigt tremblant refusait de presser la détente.
 La jeune enfant s'arrêta, sa tête touchant presque le ca­non de l'arme. Thrall sentit des larmes perler au coin de ses yeux et son membres trembler devant cette enfant dont il n'arrivait pas à distinguer le regard.
 Le brouillard se fit plus épais, isolant les deux protago­nistes de cette rencontre étrange de la guerre. Les échos des armes et les cris de douleur se virent à nouveau étouf­fés par l'esprit de Thrall. Il ne pouvait détacher son regard de l'enfant devant lui.
 Progressivement, le jeune soldat baissa son arme, irréso­lu à faire feu sur la petite fille. Il resta immobile, à genoux devant elle, lorsque cette dernière leva lentement son bras droit. Thrall écarquilla doucement les yeux devant son geste. La jeune enfant braqua son arme sur le jeune soldat à bout portant. Furtivement, elle plaça à son tour son doigt sur la gâchette.
 Thrall, entrouvrit la bouche, mais aucun son ne parvînt à franchir la muraille de ses lèvres. Le regard toujours rivé sur le visage de la jeune fille, le soldat cru subrepticement apercevoir, ses yeux océans embués de larmes. L'instant suivant, l'enfant pressa la détente, et une explosion qui dé­chira le ciel retentit.
 La douleur paralysait l'entièreté de ses membres et de ses muscles. Un acouphène aigu résonnait dans ses oreilles jusque dans sa boîte crânienne.
 Thrall entrouvrit les yeux, qu'il plissa immédiatement de­vant les rayons d'or de l'astre à l'horizon. Ses cheveux blonds tombaient sur son visage étendu sur l'herbe piétiné. Il laissa ses iris bleuté s'habituer à la soudaine luminosité qui avait envahit ses pupilles.
 Devant le paysage qui s'offrait désormais à lui, Thrall ou­vrit grand les yeux. La douleur s'évanouit soudainement, laissant place à une étrange sérénité. Les cris du champ de bataille n'étaient plus que de mauvais songes, disparus dans l'océan, dont les vagues saphir rencontraient le ciel peuplé de nuages crémeux.
 Au centre de la voûte formée par les cumulus, Phébus resplendissait, créant ainsi de vaste étincelles d'or à la sur­face de l'eau bleue et calme.
 Calme.
 Thrall ferma doucement les yeux, bercé par ce spectacle féerique.



***



 Aurgelmir ouvrit les yeux. Le jeune garçon laissa ses iris émeraude parcourir l'immense plaine à l'image de ses yeux. Ses cheveux bruns voltaient dans la brise fraîche des vagues, d'un même mouvement lent que son court manteau de jade dans son dos. Le doux son de l'océan parvenait ti­midement à ses oreilles, et résonnait tel une divine mélo­die. Aurgelmir remplit ses poumons de l'air frais. Face à la falaise, il observa l'astre d'or quelques instants, au milieu de son palais de nuages laiteux. Le vent balayait les brins d'al­page étincelants. Quelques rochers marbrés venaient orner l'endroit.
 Aurgelmir ferma les yeux sur la paix emplissant cet en­droit. Calmement, il rouvrit ses paupières. Sur cette plaine su­blime, du sang venait tacher les brins d'herbes lumineux. Armes à la main, des soldats combattaient, rendaient leur dernier souffle dans ce havre de paix.
 Aurgelmir observa quelques instant la scène qui se dé­roulait sous ses yeux. Les mouvements de chaque soldats semblaient décom­posés, le temps, figé, ralentit par un souvenir com­mun. La lumière du soleil illuminait les corps dont l'image fantomatique était sublimée par le silence qui emplissait la scène.
 Doucement, Aurgelmir s'approcha des combats. D'un pas lent, il traversa le champ de batailles, les yeux rivés sur l'horizon qui se découpait en face de lui. Chacun de ses pas étaient précédé d'un halo de lumière semblable à des cercles d'eau dorés. Le jeune garçon progressait tel un fan­tôme au milieu des cris et de la souffrance. Cependant, au milieu de la mort, les soldats semblait éteints, figés à jamais dans un tourbillon de sérénité éternelle. Accompagné par la légèreté d'une naïade, Aurgelmir vit l'océan se dessiner au milieu des mines. La lumière de ses vagues vînt frapper son visage tandis qu'il passait au travers du corps fantomatique d'un jeune garçon, étendu sur les brins de verdure ensanglantés.
 Le vent salé vînt doucement fouetter le visage du jeune garçon. Les yeux émeraude d'Aurgelmir observait les flots avec mélancolie. L'astre orangée laissait pleuvoir sur la douce mer des étoiles d'or, formant une fine de givre étin­celant. Les épais cumulus semblaient reposer sur l'océan, dessinant une voûte assombrie et inversée vers le ciel azur. Les iris à l'image de la terre d'émeraude du jeune garçon fixé sur l'horizon, l'esprit d'Aurgelmir se perdit dans les terres invisibles, de l'autre côté de la mer.


***


 Thrall entrouvrit les yeux, qu'il plissa immédiatement de­vant les rayons d'or de l'astre à l'horizon. Ses cheveux blonds tombaient sur son visage étendu sur l'herbe piétiné. Il laissa ses iris bleuté s'habituer à la soudaine luminosité qui avait envahit ses pupilles. A ses oreilles parvenait le doux chant de la mer. Thrall put bientôt distinguer le sublime spectacle qui s'offrait à lui. Sans même songer à l'image irréelle apparaissant à ses yeux, le jeune soldat sentit son être s'emplir d'un curieux sentiment. Soudainement, la liberté avait atteins son cœur.
 Thrall sentit des larmes de cristal rouler sur ses joues. Devant ses iris empruntés à la mer, un jeune garçon aux cheveux auburn observait sereinement les flots. Dans son dos, irradiaient deux immenses ailes lumineuses ; l'une était immaculé tel celle d'un ange, tandis que la seconde, semblait provenir des plus profondes eaux cobalt de l'océan.



- Au-delà de cette mer, il y a la liberté.


YmirStories to obsess over. Discover now