1. Le dernier anniversaire

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Juin 2024

Grand Corps Malade dit dans l'une de ses chansons que les histoires d'amour sont comme des voyages en train. C'est étrange, la mienne ne m'a jamais donné l'impression d'un trajet tranquille. Lorsque j'y pense maintenant avec le recul nécessaire, j'ai l'image d'une collision qui me vient en tête. Inattendue. Brutale. Bouleversante. Il est vrai qu'elle n'a pas commencé dans une gare, mais elle a indubitablement pris fin dans celle où je me trouve en ce moment.

J'attends le train de quinze heures cinquante-trois en provenance de Cherbourg et en direction de Paris. Malgré qu'il devrait bientôt arriver, peu de gens patientent le long du quai. C'est une bonne heure pour voyager. Les étudiants sont encore en cours, les salariés derrière leur bureau... Le trajet sera calme, c'est sans doute pour cela qu'il a choisi celui-là.

Je regarde autour de moi en me demandant si les choses lui paraissaient semblables il y a trois ans. Il faisait plus froid en février, je me rappelle d'une journée maussade où il a beaucoup plu. Mais même avec le soleil qui réchauffe la Normandie depuis ce matin, cette gare me semble sinistre.

Mes doigts glissent dans mon sac à main pour effleurer les quelques objets qu'il contient. Je m'attarde sur l'un d'eux, avant de prendre mon portable pour m'occuper un peu. Plusieurs messages d'anniversaire s'affichent, me faisant sourire et chassant momentanément mon stress. D'autres proviennent de Mathilde, ma meilleure amie qui m'envoie des plaintes répétées de la bibliothèque universitaire où elle semble avoir emménagé depuis quelques semaines. Apparemment désespérée de mon manque de réponse jusqu'à présent, elle saute sur l'occasion de me voir en ligne pour m'appeler. La conversation débute à la seconde même où je décroche.

- J'ai réservé pour vingt heures au petit resto italien hors de prix que tu adores ! Tu as prévu le coup niveau fringues ?

- Je porte un jean et un haut blanc.

Ce qui est plus que moyen vu le standing de l'établissement. Enfin quand on a réellement l'intention d'y manger...

- Je valide !

- Tu approuverais même si je me pointais nue sous un impair beige, je lui fais remarquer.

Elle rit sans pour autant me contredire.

- C'est le principe même des anniversaires bidons ! Dans la vrai vie, on est attendu chez ta mère pour dix-neuf-heures quinze et on va surement dîner en écoutant ta tante Christiane se plaindre de son deuxième mari. Dans mes fantasmes, on abandonne cette vieille harpie pour se téléporter en Italie et dépenser la moitié de notre salaire dans de la bonne bouffe et du bon vin !

- Nues comme des vers ?

- Pourquoi pas ? Tu connais mon credo : Vivons modérément...

- ... mais rêvons en grand, termine-t-on de manière synchrone dans un éclat de rire.

- Tu es une bonne adepte ! Se réjouit Mathilde. La leçon est passée.

Plus qu'elle ne le croit ! Elle ignore cependant que j'en ai retiré un enseignement différent du sien et que mes rêves désormais, je préfère les garder à portée de main.

- Comment veux-tu qu'on s'organise ? Reprend-elle alors que je suis trop perdue dans mes pensées pour empêcher le silence de s'éterniser.

- Je passe chercher Léo d'ici une petite heure, tu me rejoins là-bas si tu veux.

- Ca marche, je suis sur le campus de toute manière ! Je vais finir ma clope et remonter bosser un peu à la BU en attendant ! Tu es où toi ?

- A la gare.

Souviens-toi de nousLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant