Chapitre I

148 9 64
                                        

Salisbury, 1er octobre 2006

[Tom est le narrateur dans cette partie]

« Tom, tu n'as pas vu ma chemise, s'il te plait ? »

Cela faisait maintenant quinze minutes que Kerrie avait la tête penchée dans l'armoire et qu'elle déballait toutes ses affaires sur le sol, les laissant complètement froissées. Je la regardais faire, légèrement consterné, Meryl dans les bras qui gazouillait. Je savais actuellement qu'elle était complètement paniquée et qu'elle avait besoin d'être rassurée.

« Non. Désolé. Tu ne veux pas mettre un autre truc ? Ce n'est qu'une chemise après tout. »

Kerrie se retourna lentement vers moi, comme si je venais de maudire sa famille sur cinq générations. Je savais que sa tête était censée me foutre les chocottes, mais personnellement, sa crédibilité habituelle était telle que j'éclatais de rire. Elle m'adressa une moue boudeuse, presque enfantine. Cela aurait été mignon, si elle n'avait pas la vingtaine bien entamée.

-« Tom, tu sais très bien que c'est très important pour moi ! C'est la première fois que je m'occupe d'un encadrement linguistique... avec des français, qui plus est.

- Ce n'est qu'une chemise, pas besoin de t'affoler comme ça. » répétai-je, serein

Mais ça ne la rassura pas du tout. Je sentais qu'elle allait se mettre à craquer dans moins de deux minutes si je n'intervenais pas. Son nouveau métier de professeur la mettait dans un état de stress parfois pire que pour le mien... alors que j'enchainais garde sur garde à l'hôpital et que j'étais exténué. Sauf que ce n'était pas vraiment le moment de lui montrer.

-« Bon, très bien, je vais te la chercher ta foutue chemise.

- Non attends, donne-moi Meryl s'il te plait... J'ai besoin de le prendre dans mes bras pour apaiser ma conscience. »

Je lui donnais le bambin à contrecœur, avant de partir en quête de cette maudite chemise, qui reposait entre deux chiffons dans la cuisine. Décidément, Kerrie avait encore du mal à s'habiller chic. Les chemises d'Henry avaient toujours mauvaise grâce dans ses souvenirs.
Quand elle aperçut le tissu blanc froissé, elle lâcha un cri de satisfaction, en s'écriant qu'elle ne saurait pas ce qu'elle ferait sans moi.

-« Merci mon cœur, tu es un amour ! Hein qu'il est génial papa ! » fit-elle en s'adressant à Meryl

Elle grattouilla le ventre de mon fils qui lâcha un petit cri bienheureux. Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel, amusé. Kerrie était tellement ridicule quand elle faisait ça, mais je m'étais surpris à parfois faire la même chose quand j'étais seul avec Meryl. C'était donc ça, d'être gaga ?

-« Bien sûr que je suis génial, raillais-je avec un petit sourire sarcastique. Par hasard, tu ne devais pas te dépêcher ?

- Oh si bien sûr, tu as rai... Hein, quoi ? J'ai une heure d'avance, réellement ?

- Tu vois, tu stresses pour rien. »

Elle se mit à sourire de désarroi, contre son gré. Elle posa Meryl en faisant bien attention à le mettre au milieu du lit, et s'avança vers moi, droite. Je louchais sur les boutons de sa chemise à moitié fermée.

Soudainement, Meryl se mit à glapir comme un fauve, hurlant sa faim ou sa couche mouillée au quartier entier. Kerrie sourit, me flanqua un baiser furtif sur les lèvres, avant de me lancer timidement, mais sensuellement.

-« On dirait que ton fils a décidé de nos plans. Désolée Tom. »

Elle s'éloigna en babillant, penchée sur notre fils qui braillait. J'avais hâte qu'il sache enfin marcher et qu'il soit capable de se faire sa cuisine tout seul. Un gosse c'était mignon, mais c'était frustrant. L'instinct maternel finissait toujours par l'emporter. Et ça, je devais dire que ça ne m'allait pas trop ; encore, quand c'était moi le gosse concerné, ça allait, mais là Kerrie me laissait sur ma faim pour assouvir celle du gamin. Oh non... Ne me dîtes pas que je commençais à devenir jaloux ?

Counting StarsWhere stories live. Discover now