9. Aurélia

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Omni était là.

Devant eux, il prenait forme.

Des montagnes de réseaux conceptuels, de circuits neuronaux, de schémas de pensées.

Arthur et Ophélie seraient le père et la mère d'une Intelligence Artificielle qui dépasserait tout ce que l'humanité avait conçu jusqu'alors.

Athos n'était qu'un jouet. Oui, une intelligence, mais une intelligence si limitée. Omni n'avait aucune limitation. Son système pouvait croître indéfiniment, il pouvait apprendre à l'infini, modifier sa propre architecture, changer son fonctionnement, le distribuer sur le réseau. Il était fort, mais il pouvait se faire discret. Il pouvait communiquer avec les hommes comme avec les machines.

Ils ne dormaient presque plus, car si Omni n'était pas prêt à temps, d'autres équipes les devanceraient. S'ils n'étaient pas les premiers à convaincre la commission sénatoriale, ils perdaient tout. S'ils ne démontraient pas les capacités d'Omni au moment voulu, leur projet n'aurait servi à rien.

« Pourquoi Omni ?

La main en équilibre au-dessus de sa tasse, Arthur se demanda s'il avait déjà mis un sucre. Sur le coup, il jugea plus judicieux de manger d'abord le sucre, puis de boire le café. Ce ne serait pas plus idiot que de boire du thé oublié depuis la veille et qui avait infusé vingt-quatre heures.

– Pourquoi Omni ? Répéta-t-il. Le nom fait peur.

– Ils faut qu'ils soient convaincus de sa puissance, dit Ophélie. Il faut qu'ils y croient. Nous sommes les scientifiques, toi, moi et les autres membres du projet. Nous savons exactement quelles sont les capacités d'Omni. Mais ceux que nous devons convaincre ne sont pas des gens rationnels. Si ce nom fait peur, tant mieux. Qu'est-ce qu'un dieu qui ne sait pas inspirer la peur ?

– Un dieu.

Son café était ignoble. Est-ce qu'il ne l'avait pas salé par inadvertance ?

Un dieu.

Toi aussi, tu me fais peur, Ophélie. Tu as toujours été investie dans ton travail, mais je ne t'ai jamais vue aussi proche de l'implosion.

– Qu'arrivera-t-il si le système se retourne contre nous ?

– J'y réfléchis. Il nous faut juste une porte dérobée. Juste un moyen de le couper. »

Tous les dieux ont un point faible.


***

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Ils abandonnèrent leur véhicule à l'entrée d'une autre ville fantôme. Lanthane guida Arthur dans une marche silencieuse entre les routes effondrées, les immeubles éborgnés et les vestiges de mobilier urbain.

es gens s'étaient précipités en masse pour quitter ces villes. Ils étaient morts de faim sur le chemin, ils avaient été balayés par les cyclones. Les sécheresses avaient anéanti les industries agricoles. Les épidémies graves s'étaient poursuivies, tandis que le dérèglement climatique plongeait la Terre dans un nouvel âge sombre. « Chacun pour soi », le son des guerres qui déchiraient les nations déjà exsangues.

« Tout ça s'est un peu calmé depuis, dit Lanthane. Aujourd'hui, la vie n'est pas si mal, même si la fin de la couche d'ozone va bientôt obliger la plupart des gens à s'enterrer, et provoquer une extinction de masse des espèces vivantes. Bientôt, dans un siècle.

Rendez-vous à la fin des tempsLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant