18. La fin des temps

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125 410


Carmin suivait Ophélie de près. L'informaticienne regardait les noms inscrits sur les caissons de cryostase. On devinait que derrière ces épaisses vitres, le système était en train de réchauffer les corps depuis au moins plusieurs heures. Bientôt, les gisants ouvriraient leurs yeux, pour assister à la fin. Encore quelques minutes à peine.

Étaient-ils déjà conscients ? Que pensaient-ils, ces voyageurs de toutes les époques, tous ceux qu'Omni avait finalement réussi à piéger dans sa toile ?

La scientifique s'arrêta net lorsqu'elle vit Arthur et Lanthane.

« Carmin, dit Arthur.

– Vous vous connaissez ? S'exclama Ophélie.

L'androïde observa la scène en retrait. Ophélie essaya d'avancer encore, mais le système bloqua ses mouvements à elle aussi et elle se laissa simplement tomber au sol.

– Le Panoptique est complet, conclut Carmin.

– Je ne vous ai jamais nommé Carmin, dit Arthur.

– Je ne suis qu'un agent du système Omni. Un d'une longue lignée qui remonte à un certain Alcide Carmin, conseiller sénatorial et sans doute premier assistant du système dans sa mission.

Arthur laissa éclater un rire sinistre.

– Il nous a eus tous les deux, n'est-ce pas ? Nous nous sommes nous-mêmes emprisonnés. Nous sommes venus ici de notre plein gré, venus assister au dernier acte. Il est ici. Il est partout. Il nous voit. Il nous entend. C'est un dieu omniscient. Nous pensions pouvoir modeler son esprit à notre guise, mais c'est impossible : une telle chose ne se définit que par son pouvoir illimité.

– Ce voyage n'avait pour but que de vous amener ici ? Rétorqua Carmin. Au contraire, vous avez même eu l'occasion de contempler son œuvre. Vous avez vu ce que la Terre est devenue au XXVIe siècle. Vous avez pu constater de vos yeux qu'Omni avait bien fait son travail. Il a sauvé l'humanité. »

Arthur eut l'impression que sa VA se remettait en route. Les nanorobots du système semblaient vouloir faire entrer des idées en lui. Omni lui parlait.

L'intelligence.

Le pouvoir.

L'omniscience. L'omniprésence. Un milliard de milliards de nanorobots dispersés de par la planète. Pas un humain, pas un animal, pas une plante sans un œil divin pour l'observer.

L'omnipotence. Le dieu guidant ses créatures à travers les ténèbres de leur propre nature.

Et comme tout dieu, créant son paradis terrestre.

Il commença à percevoir les notes de la musique. Elle retentissait en AA et faisait physiquement vibrer les couloirs.

« Ton symbole ? S'exclama-t-l. Ton ascension au statut de dieu ? Ton affranchissement vis-à-vis de tes deux créateurs ? Et tu nous as menés ici pour que nous puissions voir ? Pour que nous puissions voir ton œuvre ? En avais-tu tellement besoin ?

La symphonie de la fin des temps, puissante, leur martelait maintenant les tympans avec son rythme implacable. Lorsque la dernière note retentirait, le monde prendrait fin.

– Et ce jour, la dernière étape ? Pourquoi maintenant ?

La symphonie se poursuivait inlassablement. Les prisonniers commencèrent à ouvrir les yeux.

– Pourquoi en cette année ? Répéta-t-il.

Dieu créant son paradis terrestre.

Il avait fallu des milliers d'années pour purger l'atmosphère, reconstituer la couche d'ozone, cristalliser la pollution. Même en l'an 5000, des milliers de tonnes de déchets radioactifs étaient encore stockées dans les sols.

Ne tenant plus, Ophélie fit un pas vers Arthur, mais une nouvelle décharge la cloua sur place.

Pourquoi 125 410 ?

Parce que cela ne pouvait pas durer plus longtemps.

Omni, comme toute créature, évoluait. Le temps avait fait de lui un être immense, puissant, manipulant le monde à sa guise ; il avait reconstitué la biosphère, fait de celle-ci un paradis pour l'humanité, expurgé du sol et des océans les dernières traces des dégâts causés autrefois.

Puis il avait attendu.

Il avait attendu que son esprit se délite de lui-même, emporté par la fuite du temps.

Omni ne pouvait rester éternellement à ce rôle. Il avait donc orchestré cette pièce, jusqu'au jour de sa fin.

Silence. Ou plutôt, continuation de la musique, dans toute sa force, implacable comme celle d'Omni, le Dieu invisible.

Aux coups sourds et puissants de ses derniers instants, Arthur crut que son cœur éclatait, et quand la mélodie devint mourante, déliant ses derniers accords, il retint son souffle.


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Et là... c'est la fin !!

Hum, j'aurais pu m'arrêter là, mais je fais quand même un épilogue.

Rendez-vous à la fin des tempsLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant