Chapitre I: Une femme à part

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Je détestais les rendez-vous arrangés.

Pas parce que je détestais les hommes.

Je détestais simplement qu'on me présente des hommes comme si j'étais une femme désespérée.

Celui qui était assis en face de moi depuis près d'une heure devait pourtant être persuadé d'avoir décroché le gros lot.

Il parlait de son entreprise.

De ses investissements.

De sa villa.

De sa voiture.

Lui, lui et encore lui.

Je portai mon verre à mes lèvres et le regardai par-dessus celui-ci.

Il n'avait rien de spécial. Pas très beau, mais pas repoussant non plus.

Malheureusement, cela ne serait pas suffisant. Et il avait un ego plus grand que le mien, déjà surdimensionné.

— Vous êtes toujours aussi silencieuse ? finit-il par demander.

Je reposai mon verre.

— Seulement quand la conversation ne mérite pas ma participation.

Il cligna des yeux.

Je souris.

Ma mère m'avait pourtant expressément demandé d'être agréable.

J'avais fait un effort.

J'étais venue.

J'avais souri.

Je n'étais même pas partie au milieu du repas.

Il fallait reconnaître que j'avais été exemplaire.

— Je dois vous avouer que je ne comprends pas très bien ce que vous recherchez chez un homme, reprit-il.

Cette fois, je ris.

Pas longtemps.

Juste assez pour qu'il comprenne que sa question était aussi absurde qu'elle en avait l'air.

— C'est pourtant simple.

Je croisai les jambes et m'adossai à mon siège.

— Je cherche un homme qui ait quelque chose à m'apporter, pas un homme qui passe une heure à essayer de me convaincre qu'il en vaut la peine.

Il resta silencieux.

Pour la première fois depuis le début de la soirée, j'appréciai ce moment.

Le silence lui allait beaucoup mieux.

Je me levai de ma chaise et me retournai pour partir, mais je me retournai une dernière fois vers lui.

— Je vous laisse payer l'addition. C'est la moindre des choses, vu le temps que vous m'avez fait perdre.

Puis je partis sans me retourner.

Mon chauffeur, qui m'attendait au volant de ma Cadillac Escalade, sortit précipitamment pour m'ouvrir la portière arrière.

Je m'installai, satisfaite d'avoir laissé cet imbécile, dont je ne connaissais même pas le prénom, tout seul dans ce restaurant chic comme un minable.

Sur la route vers ma maison, je pensai à la réaction de ma mère lorsqu'elle saurait ce qui s'était passé.

Je savais ce qu'elle disait de moi.

Que j'étais trop exigeante.

Que je faisais fuir les hommes.

Que je devrais apprendre à faire des concessions avant qu'il ne soit trop tard.

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