Le village de Bruyère-Basse se nichait au creux d'une vallée que les cartes du royaume daignaient à peine nommer. On y vivait de la terre, de la chasse et des mains - car ici, la magie était une chose pâle, presque honteuse, un filet d'eau là où, dans les grandes maisons de la capitale, coulaient des fleuves.
Pourtant, tout le monde en avait. C'était la grande ironie du royaume d'Aurevelle : la magie courait dans le sang de chacun, du plus humble au plus puissant. Mais depuis des générations, les nobles s'étaient assuré de ne marier que les forts aux forts, concentrant les dons éclatants dans leurs lignées comme on concentre l'or dans des coffres. Aux pauvres, il restait les miettes - un souffle de vent, une flamme de bougie, le don de faire mûrir une pomme une heure plus tôt.
Chez les Greend, on connaissait bien ces miettes. Gwen, la mère, tissait l'étoffe comme nul autre artisan de la vallée, et son don tenait tout entier dans un souffle de vent tiède qu'elle levait pour sécher ses tissus plus vite. Kyo, le père, chassait pour nourrir le foyer et le village ; ses yeux voyaient loin, trop loin, jusqu'à deviner la pluie une journée avant qu'elle ne tombe.
Et il y avait leur fils. Andy. Seize ans à cette époque, les yeux verts perçants de son père, les cheveux blonds ondulés de sa mère. Ses dons étaient en plein éveil : il manœuvrait le vent mieux que Gwen, voyait plus loin que Kyo, et ses réflexes étaient devenus tels qu'il attrapait les objets avant même de les avoir vus tomber.
Mais dans le royaume d'Aurevelle, un enfant de pauvres aux pouvoirs trop voyants n'attirait jamais rien de bon.
- Tu t'es encore entraîné dans les bois, dit Kyo en posant son gibier. Je t'ai vu, de la crête. Combien de feuilles, Andy ?
- Quarante-huit, répondit l'enfant, le visage rayonnant, sans mesurer ce que ce simple chiffre révélait. Ce qui veut dire que je pourrai sécher quarante-huit tissus à la fois ! Je vais pouvoir aider maman. Et quand il fera chaud, je viendrai avec toi, papa, et avec ma vue et la tienne, on ramènera beaucoup plus de gibier au village.
Gwen et Kyo échangèrent un regard par-dessus sa tête. À son âge, Gwen remuait à peine trois feuilles. Et il disait cela en riant, sans rien comprendre de ce qu'il portait.
- C'est bien, Andy, dit Kyo en s'accroupissant devant lui. Mais ces choses que tu sais faire, garde-les pour nous. Pour la famille. Le monde, dehors, n'aime pas les enfants de chez nous qui brillent plus que prévu. Ça attire l'œil. Et l'œil qui se pose sur les pauvres, ce n'est jamais pour leur bien.
Sans le savoir c'était déjà trop tard car un enfant héritant de deux pouvoirs ne passe pas inaperçu dans un royaume où la magie règne. Que des yeux et des oreilles sont posé partout, aussi bien dans les forêts profondes où Andy faisait tournoyer quarante-huit feuilles, devinant a l'avance leurs mouvements, que dans les chambres royales où les bourgeois sommeillez avec la certitude centenaire de leurs supériorité.
Ce soir là, Kyo se figea soudain au milieu du repas, son regard se perdant au loin, à travers les murs.
- Quelqu'un vient, dit-il à voix basse. Un attelage riche. Une escorte en armes. Ils ne traversent pas. Ils viennent vers le village.
- Oui, je les ai vus moi aussi, dit Andy. Et mon instinct me dit qu'ils viennent nous parler. Le vent me confia qu'ils ne viennent pas pour faire la guerre.
Gwen lâcha sa fourchette. Car cela, sentir les intentions à distance, aucun d'eux n'en était capable. C'était un troisième don, né du croisement des deux, et plus grand qu'eux réunis. Andy l'annonçait en haussant les épaules, comme un enfant montre un caillou ramassé au bord du chemin.
Alors que a quelques pas seulement le destin des Green, s'apprêtait a changer a tout jamais.
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L'enfant de la vallée
FantasyIl n'était qu'un fils de tisserande. Il est devenu la chose que tout un royaume craignait. Andy Greend a grandi dans une vallée oubliée, avec un don que personne ne sait nommer - pas un, mais trois pouvoirs enfermés dans un seul corps. Quand un émis...
