Chapitre 1 : Perturbation

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​Alda achevait de se préparer pour sa promenade quotidienne quand la porte de sa chambre s’ouvrit brusquement. Leania, sa conseillère, l’interpella d'une voix pressante.

​— Mademoiselle Alda ! Je vous prie de m'excuser pour cette interruption si soudaine…
— Que se passe-t-il ? s’étonna la jeune femme en ajustant sa tenue.
— Mademoiselle Estelia souhaite vous voir de toute urgence. Elle vous attend dans l'aile ouest.
— Savez-vous ce qu'elle me veut ?
— Je l'ignore, mademoiselle. Elle est restée très évasive sur le motif de cette rencontre.
— Très bien… Dites-lui que j'arriverai dans une dizaine de minutes.

​Après avoir peaufiné sa mise, Alda gagna l'aile ouest du château. En franchissant le seuil de la salle, elle fut accueillie par le regard impatient de son amie.

​— Et bien… Tu en as mis du temps, soupira Estelia.
— Je t'ai déjà dit de ne pas me déranger le matin, rétorqua Alda. Je n'ai même pas pu terminer mes préparatifs correctement.
— Tes petites promenades dans les jardins sont le cadet de mes soucis. Nous avons bien plus grave à traiter.
​Alda se tendit, devinant la gravité de la situation. Estelia baissa la voix, son regard brillant d'une lueur sombre.
​— C'est à propos de notre mission. Je crois savoir qui a tué l'ancien roi d'Arionna.
— Pardon ? Et comment as-tu obtenu cette information ?
— J'ai mené mon enquête aux abords du royaume. J'ai fini par déceler les traces d'une puissance magique inconnue. C’est extrêmement ténu, mais la signature est stable. C’est très étrange, mais cela expliquerait ce que nous avons ressenti cette nuit-là.

​Alda hocha la tête, pensive. Le souvenir était encore vif.

​— Cette nuit-là… à part nous, personne n'avait perçu cette puissance incommensurable émanant de la chambre royale. Mais comment as-tu pu trouver des traces après cinq ans ? La magie finit toujours par se dissiper.
— En temps normal, oui. Mais une telle puissance pourrait marquer les lieux pendant des siècles.
— Des siècles ? Tu es sûre ? s'étonna Alda. Même durant nos entraînements les plus intenses, nos traces ne durent jamais plus de quinze minutes.
— Certains mages d'élite parviennent à masquer leur sillage, mais cela demande une maîtrise qui dépasse l'entendement. Quoi qu'il en soit, ce mystère m'intrigue, surtout au vu de ce que la nouvelle royauté a instauré ici.
​Estelia fit une pause, visiblement écœurée.
​— Le nouveau roi a rétabli l'esclavage ethnique pour commercer avec les royaumes de Vilamia et d’Otem. C'est une abomination.
— C'est insensé, murmura Alda. Vilamia est trop éloigné pour justifier un tel commerce. Il y a autre chose… Mais pour l’instant, nous devons nous concentrer. As-tu un plan pour assassiner ce tyran ?
— Pas encore. Nous sommes surveillées par Alannah, et notre organisation ne peut pas se permettre d'être mise au ban du continent. Cependant, j'ai une autre nouvelle… Le tournoi annuel des esclaves commence demain.
— Ce spectacle barbare me dégoûte, trancha Alda. Pourquoi m'en parles-tu ?
— Parce que le premier prix de cette année n'est pas une esclave ordinaire. C'est une mage. Elle s'appelle Arisa Yurikina.
​Le sang d'Alda ne fit qu'un tour.
​— Tu plaisantes ? La fille d'Anna ? Elle est ici ?
— Ne crie pas ! siffla Estelia. Mais oui, c'est elle. J'ai tout vérifié. Ces chiens ont capturé la fille de la protectrice de la cité d'Alannah sans même réaliser qui elle était. S’ils la vendent comme un simple trophée, le Conseil nous tombera dessus.

​Le silence s'installa, lourd de conséquences. Si elles échouaient à la sauver, leur mission d'assassinat deviendrait impossible.

​— On ne peut pas la laisser là, décida Alda, le regard d'acier. On la récupère cette nuit. On tue quiconque se mettra en travers de notre chemin.
— J'espérais que tu dirais ça, sourit Estelia en sortant un parchemin de sa manche. J'ai passé la dernière heure à contrefaire la signature du Roi et à détourner un sceau officiel de la chancellerie. Avec ce faux ordre de transfert, on devrait entrer dans les cachots sans attirer l'attention immédiatement.
— Brillant, comme toujours. Allons-y.

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