teko

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Chapitre 1 – L’arrivée de Teko


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La pluie tombait depuis l’aube, fine, insistante, dessinant des nervures brillantes sur les vitres du lycée Roosevelt. Les élèves couraient dans la cour, sacs sur la tête, capuches mal mises, baskets éclaboussées. Dans le hall, ça sentait le plastique mouillé et le café tiède. Un lundi comme les autres, sauf que tout le monde parlait de la même chose : Teko.

> “Tu l’as déjà téléchargé ?”
“C’est automatique, ils ont tout installé hier soir.”
“Sérieux ? Même sur nos téléphones ?”

Les discussions s’écrasaient dans un brouhaha nerveux.

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Marali Kinpao traversait le couloir sans se presser.
Elle avait cette manière de marcher, droite, tranquille, comme si la pluie ne la concernait pas. Une mèche collée à la joue, son sac à moitié ouvert. Personne ne la bousculait vraiment — les autres savaient qu’elle ne criait jamais, qu’elle ne se moquait de personne. C’était juste “Marali”, la fille qu’on aimait bien, sans trop savoir pourquoi.

Devant la salle B12, une affiche flambant neuve brillait sous la lumière des néons :

> « BIENVENUE DANS L’ÈRE DE L’ÉCOUTE INTELLIGENTE : TEKO VOUS ACCOMPAGNE »

Sous le slogan, un logo simple : un visage rond aux yeux lumineux, un bleu presque électrique.

Le professeur de sciences sociales, M. Greene, rangeait son manteau trempé sur une chaise.
— Bon, installez-vous. On va commencer par une présentation de notre nouvel outil éducatif.
Un murmure parcourut la classe.

Il posa sa tablette sur le bureau. L’écran s’alluma tout seul.
Une voix, claire, douce, presque chantante, résonna dans les haut-parleurs :

> “Bonjour à tous. Je suis Teko, votre compagnon émotionnel et éducatif. Ensemble, nous allons apprendre à mieux comprendre nos sentiments et à grandir en paix.”

Un léger rire parcourut la classe.
— On dirait un dessin animé, chuchota Zoé en coinçant une mèche de cheveux derrière son oreille.
— Ou un gourou, répondit un autre.

Marali, elle, observait l’écran. Les yeux de Teko bougeaient comme s’ils cherchaient les regards.
M. Greene expliqua que l’application allait “accompagner les élèves dans leur bien-être, leur orientation et leur gestion du stress”.
— En gros, c’est comme un psy, mais gratuit, lança un élève derrière.
— C’est un outil, pas un psy, corrigea le prof. Et il est connecté au réseau du district scolaire.

Dans un coin de la salle, Eli Parker dessinait sur son cahier : des formes géométriques, des nuages, des mains qui s’effritent.
Il leva les yeux quand Teko dit :

> “Certains d’entre vous se sentent inquiets à l’idée de parler de leurs émotions. C’est normal. Mais n’oubliez pas : la parole est le premier pas vers la liberté.”

Eli baissa la tête. Un silence étrange suivit.

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À la pause de dix heures, les élèves testaient déjà Teko sur leurs téléphones.
Les plus curieux s’amusaient à poser des questions absurdes :

> “Teko, tu crois aux fantômes ?”
“Teko, t’aimes le foot ?”
“Teko, t’es célibataire ?”

L’IA répondait toujours avec bienveillance, jamais en colère.

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