Noël est ma période préférée, une saison remplie de bonheur et de joie. J'adore l'odeur du sapin et des cookies qui flotte dans l'air de toutes les maisons de New York.
Les gens, pressés de retrouver leurs familles, se précipitent dans les magasins pour acheter leurs cadeaux, tandis que les enfants attendent avec impatience le Père Noël et la magie unique de cette période de l'année.
Une voix me tire de mes rêveries, et je me rends compte que l'on m'attend déjà dans la voiture.
— Judy, tu es bientôt prête ? On va finir en retard !
— Oui, j'arrive maman ! Je termine juste ma valise, répondis-je en passant la tête par l'entrebâillement de la fenêtre.
Elle m'attend déjà en bas, près de la voiture. Comme chaque année, la tradition veut que je passe les vacances de Noël à la campagne avec ma grand-mère maternelle.
Le travail de ma mère lui demande énormément de temps et d'énergie. Pendant les fêtes, elle ne peut donc pas se permettre de rentrer à la maison pour s'occuper d'une adolescente de seize ans. Quant à mon père, il a choisi de divorcer lorsque j'avais six ans. Il ne peut pas me garder, et je refuse de passer cette période si joyeuse enfermée dans un appartement.
À ce moment-là, je pensais simplement partir passer quelques semaines chez ma grand-mère.
Je n'avais aucune idée de tout ce que ces vacances allaient changer.
J'attrape un bonnet violet que j'enfonce sur mes longs cheveux bruns, puis je dévale les escaliers avant de me précipiter dans la voiture.
Ma mère démarre dans un soupir et la voiture s'engage lentement dans le flot dense des embouteillages new-yorkais, comme prisonnière d'une ville trop pressée pour respirer.
Ma grand-mère est de ces êtres lumineux qui semblent ne jamais faiblir. Toujours le sourire aux lèvres, elle offre son aide avec une douceur presque désarmante. Pour ma cousine et moi, elle incarne un modèle, un repère stable et rassurant depuis notre plus tendre enfance.
Mon grand-père, lui, a disparu bien avant ma naissance. Je n'ai jamais eu la chance de croiser son regard ou d'entendre le timbre de sa voix. Pourtant, dans les récits que ma mère me livre parfois, entre deux silences, il vit encore. Elle me décrit un homme doux, drôle et profondément bon, dont le souvenir, même flou, réchauffe encore nos hivers.
À côté de moi, ma mère porte les marques visibles de l'épuisement : des cernes violacés soulignent son regard éteint, et son mascara trace de discrètes rivières noires sur ses joues.
Je ne savais pas encore que ces vacances allaient également changer quelque chose entre elle et moi.
Après plusieurs heures de route, bercées par le ronronnement du moteur et le défilement monotone des paysages enneigés, nous voilà enfin devant la maison de ma grand-mère.
Une bâtisse magnifique, aux volets bleu pâle et aux murs de pierre couverts d'un léger manteau de givre, comme sortie d'un conte hivernal.
Je lève la main pour frapper à la porte, mais celle-ci s'ouvre au même moment sur ma cousine.
— Judy ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? demande-t-elle, aussi surprise que moi.
Un sourire instinctif m'éclaire le visage. Je me jette dans ses bras, ravie.
— Je passe les vacances ici, répondis-je en riant.
— Incroyable ! Moi aussi ! Je suis tellement contente de te revoir !
Cela fait bien deux ans que nous ne nous sommes pas vues. Deux longues années. Ma cousine n'est pas seulement de ma famille, elle est ma confidente, mon double, ma meilleure amie.
Je découvre ma grand-mère, assise dans son vieux fauteuil, un journal ouvert sur les genoux, une tasse de thé fumante délicatement posée dans sa main. Rien n'a changé. Les mêmes photographies en noir et blanc trônent au-dessus de la cheminée, encadrées avec soin. Le vieux canapé en cuir, usé mais accueillant, garde sa place à côté du fauteuil préféré de ma grand-mère. Il y a ici une chaleur douce, celle des lieux qui ont traversé les années sans jamais se dénaturer.
Ma mère, elle, ne tarde pas à s'excuser. Elle ne peut rester.
— Je dois repartir, dit-elle en jetant un œil à son téléphone déjà en train de recommencer à vibrer.
Elle m'embrasse rapidement, glisse un mot doux à ma grand-mère, puis repart déjà, avalée par ses responsabilités.
Un pincement au cœur me saisit lorsque je vois sa BMW s'éloigner à toute vitesse dans la lumière déclinante du jour.
Je la regarde disparaître sans savoir que, quelques semaines plus tard, je regretterais de ne pas avoir insisté pour qu'elle reste.
— Lizzie, tu veux bien accompagner ta cousine au grenier, s'il te plaît ? lance ma grand-mère d'une voix douce. Cette maison manque cruellement de couleurs. Je suis trop vieille maintenant pour m'occuper de la décoration, mais vous deux... vous pourriez lui redonner un peu de vie. Ce serait moins triste.
Elizabeth, Lizzie pour tout le monde, a un an de plus que moi et allait donc fêter ses dix-sept ans cette année. Elle est superbe, avec ses grands yeux bleus et ses cheveux châtains légèrement ondulés. Un vrai petit ange, toujours prête à rendre service.
— Première arrivée ! lançai-je dans un éclat de rire, avant de m'élancer dans le grand escalier central en direction du grenier.
Malgré mon sprint sur les dernières marches, elle me double dans un éclat de rire, et c'est essoufflées et hilares que nous grimpons à l'échelle grinçante.
Le carton est bien là, posé sur le sol poussiéreux. Il déborde de décorations aux couleurs vives, vestiges d'années passées.
Ma cousine m'aide à le soulever pour éviter qu'il ne se renverse, et nous l'emportons dans ma chambre. Elle en sort une guirlande lumineuse qu'elle fait passer autour de mon lit, enroulant les ampoules comme des lucioles autour des montants du baldaquin. Le résultat est féérique.
À mon tour, je prends une guirlande violette et l'entortille autour des barreaux du lit, concentrée sur chaque détail. Quelques boules de Noël accrochées au voilage et des guirlandes autour des rideaux suffisent à transformer la pièce en véritable royaume enchanté.
Il est déjà tard, et nous n'avons rien prévu pour le dîner. Après quinze bonnes minutes de négociations, je cède finalement à l'enthousiasme de Lizzie : direction la petite supérette du village, à un kilomètre de là, pour acheter des sushis.
Nous n'avons bien sûr pas le permis de conduire, alors ce fut à pied que nous nous y rendons.
— On mangera des pâtes une prochaine fois, Judy, dit Lizzie en me tirant la langue.
Le vent était doux, et l'air portait l'odeur du bois et de la terre froide. Je commence à trouver cette petite marche agréable, presque apaisante, quand un garçon apparut sur le chemin.
Il s'approche lentement, le visage baigné dans la lumière dorée du crépuscule, un visage d'ange, aux traits doux, presque irréels. À moins que ce ne soit un dangereux psychopathe qui finira par me torturer et rire de ma souffrance.
Malheureusement, mon cœur est déjà en train de sortir de ma poitrine à la vue de ses beaux yeux.
Et sans le savoir, je venais de rencontrer la personne qui allait bouleverser mes vacances.
Peut-être même bien plus que mes vacances.
YOU ARE READING
Entre Ombre et Lumière
RomanceQuand Judy retourne chez sa grand-mère pour les fêtes, elle pensait retrouver les souvenirs chaleureux de son enfance. Elle était loin d'imaginer que ce retour allait faire ressurgir des secrets qu'elle aurait préféré laisser enfouis. Entre une mère...
