Chapitre 1 - Le Poids de la Vérité

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Je refermai doucement le dossier que j'avais sous les yeux. Mon bureau était encore éclairé par la lampe de chevet, la lumière blafarde mettant en relief les piles de documents qui s'accumulaient depuis des jours. Depuis trois semaines, je vivais littéralement enfermée ici, rongée par une affaire que personne d'autre n'avait voulu toucher.

Dès le départ, quand le nom de Nett Forren avait été prononcé, un silence pesant avait envahi le parquet. Les regards s'étaient détournés, les épaules s'étaient haussées. Tous savaient qu'accepter ce dossier revenait à mettre sa vie en jeu. Un milliardaire puissant, lié à des réseaux criminels internationaux, accusé de trafic d'êtres humains, de viols et de blanchiment d'argent. Et pas seulement : il avait encore des contacts avec plusieurs cartels. Forren n'était pas seulement riche, il était intouchable.

Personne n'avait levé la main. Personne... sauf moi.

Je m'étais avancée, consciente des regards effarés posés sur moi.

 - Je prends le dossier, avais-je dit, d'une voix ferme qui masquait mal le frisson glacé qui me parcourait l'échine.

Depuis, je ne dormais presque plus. Je savais maintenant pourquoi personne n'avait osé l'affronter. L'affaire était tentaculaire, explosive. Chaque jour apportait son lot de menaces anonymes, de pressions politiques et de coups bas juridiques. Mais je ne flanchais pas. Parce qu'au fond, ce n'était pas seulement un combat professionnel, c'était aussi personnel.

J'avais été, moi aussi, enfermée des années dans une relation abusive. Julian McMahon, l'homme que j'avais aimé autrefois, m'avait brisée par ses humiliations et sa violence. Il était sénateur aujourd'hui, brillant aux yeux du monde, mais je savais quelle noirceur se cachait derrière ce sourire politique. Il m'avait fallu trois ans pour me libérer de ses griffes. Trois ans de peur, de honte, de solitude. Alors, quand j'avais vu le dossier Forren, quand j'avais entendu les détails sordides des victimes, je n'avais pas pu détourner les yeux.

Je ne pouvais pas laisser un homme comme Forren écraser encore d'autres vies.

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Martin frappa doucement à la porte avant d'entrer. Mon assistant, et parfois confident. Il avait un sourire fatigué et un café brûlant à la main.

 - Tu n'as pas bougé d'ici depuis ce matin, constata-t-il.

Je souris légèrement.

 - Tu comptes mes heures, maintenant ?

 - Non, mais ton corps, lui, les comptera à ta place si tu continues.

J'acceptai le café, reconnaissante. Martin avait cette manière de m'ancrer quand je me perdais trop dans mes pensées. Il était d'une efficacité redoutable au tribunal, mais aussi d'une loyauté rare.

Il s'assit en face de moi, parcourant les notes éparpillées sur mon bureau.

 - Et Sofia ? demanda-t-il.

Je soupirai. Rien qu'à ce nom, une tension monta en moi.

 - Je l'ai vue cet après-midi. Elle est terrifiée, Martin. Mais elle a eu un courage... incroyable.

Sofia Miller. L'ex-fiancée de Nett Forren. La témoin clé.

 - Elle a accepté le programme de protection, poursuivis-je. Elle va changer de nom, disparaître. Mais avant, elle m'a confié ceci.

J'ouvris le tiroir de mon bureau et en sortis un petit boîtier noir : une carte mémoire, soigneusement étiquetée et placée dans un sachet de protection.

 - Elle avait enregistré plusieurs transactions de Forren. Des conversations. Des preuves irréfutables.

Martin haussa les sourcils.

 - Et tu la gardes ici ?

Je secouai la tête.

 - Non. L'original est déjà dans le coffre sécurisé du bureau. Ce que j'ai ici, c'est juste une copie. Mais celle-là, je la garde pour travailler.

Un silence s'installa. Nous savions tous les deux ce que cela impliquait. Avoir en sa possession la clé qui pouvait faire tomber un homme comme Forren, c'était comme porter une cible en permanence sur mon dos.

Martin finit par briser le silence :

 - Et toi, Lauren... pourquoi tu t'infliges ça ? Tu aurais pu passer le dossier, comme les autres.

Je le fixai, mon regard se durcissant.

 - Parce que je refuse que la peur dicte mes choix. Parce que Sofia mérite justice. Parce que toutes ces femmes, ces enfants qu'il a détruits... ils méritent qu'on se batte pour eux. Et moi, Martin... moi, je sais ce que ça fait de vivre sous la coupe d'un homme qui se croit intouchable.

Martin n'insista pas. Il savait.

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Le soir tomba sur la ville, engloutissant les bâtiments sous les lueurs artificielles. Je fermai enfin mon bureau vers vingt-et-une heures. Les dossiers sous le bras, j'inspirai l'air frais de la nuit. Mon téléphone vibra. Un numéro inconnu.

 - Allô ?

Une voix grave, légèrement déformée.

 - Vous êtes Lauren Green ?

 - Oui, qui est à l'appareil ?

 - J'ai des informations sur Forren. Des choses que vous devez savoir. Mais on ne peut pas parler au téléphone. Rejoignez-moi dans vingt minutes, au parking désaffecté de la 5ᵉ avenue. Venez seule.

Je me figeai. Tout sonnait comme un piège. Mais si c'était vrai ? Si quelqu'un était prêt à me donner une piste ?

Je montai dans ma voiture, le cœur battant à tout rompre.

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Le parking était sombre, désert. Mes talons résonnaient sur le béton froid. Je serrai mon sac contre moi, mon esprit tournant à toute vitesse.

 - Bonjour ? lançai-je.

Une silhouette bougea dans l'ombre. Puis deux, trois... quatre hommes sortirent lentement de derrière les colonnes.

Je reculai d'un pas.

 - Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?

Le plus grand s'avança, un rictus cruel sur le visage.

 - C'est toi qu'on veut, Lauren.

Je sentis la terre se dérober sous mes pieds. Je tentai de garder contenance.

 - Je ne comprends pas...

Un coup violent m'atteignit à l'estomac. Je me pliai en deux, suffoquant. Deux autres hommes m'attrapèrent par les bras, me maintenant fermement. Je luttai, griffai, criai.

 - Lâchez-moi !

Le premier homme me gifla si fort que j'en vis des étoiles.

 - Tu crois vraiment que tu peux t'opposer à lui ? Tu n'as aucune idée de ce qui t'attend.

Je tentai de hurler, mais une main se plaqua sur ma bouche. La panique monta, brutale, implacable. Je pensais à Sofia, au dossier, à toutes ces vies brisées. Et, dans un éclair de lucidité, une seule certitude s'imposa :

Je vais mourir ce soir.

La lutte devint vaine. Les mains sur moi se firent plus brutales, plus insistantes. Ils essayaient de m'emmener, de me jeter dans un fourgon garé plus loin. Mes forces m'abandonnaient. Le goût métallique du sang emplissait ma bouche.

Puis, juste avant que tout ne bascule dans l'obscurité, une pensée unique traversa mon esprit :

Si je tombe, qui fera justice ?

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⏰ Ostatnio Aktualizowane: Sep 16, 2025 ⏰

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