Le vacarme sourd des rotors emplissait l'hélicoptère militaire. Un bourdonnement, vibrant dans la poitrine d'Alma, plus lourd que son propre cœur Elle fixait la porte close, les yeux brouillés, incapable de bouger. Autour d'elle, les militaires échangeaient des paroles qu'elle n'entendait qu'à moitié, des voix lointaines, étouffées.
Noah, assis tout près, ne lâchait pas sa main. Sa chaleur était son seul repère tangible dans ce tumulte.
— Elle est épuisée, expliqua-t-il au soldat en uniforme penché vers eux. Laissez-lui un peu de temps.
Alma aurait voulu répliquer, prouver qu'elle n'était pas une poupée fragile. Mais sa gorge était nouée, ses pensées happées ailleurs. Derrière ses paupières closes, elle revoyait la silhouette sombre sur la plage. Sombra. Sa fourrure luisait sous le soleil, ses yeux dorés la fixaient une dernière fois... ce rugissement résonnant encore en elle comme un adieu.
Elle avait survécu à la faim, à la peur, à la tempête. Mais pas à ça. Pas à cette absence.
Un voile de larmes monta, trahissant sa peine. Elle serra plus fort la main de Noah. Il se pencha légèrement, sa voix basse couvrit le fracas des pales. :
— Tiens bon. Je suis là.
Elle le fusilla d'un regard rougi, un éclat de défi au milieu de ses larmes.
— Je ne lâche jamais, tu devrais le savoir, murmura-t-elle, la voix éraillée.
Noah esquissa un sourire. Même brisée, elle trouvait encore le moyen de mordre.
À l'avant, un militaire plus âgé s'était retourné vers eux. Ses traits étaient marqués, sa barbe poivre et sel. Ses yeux, en revanche, brillaient d'une émotion contenue.
— Alma... souffla-t-il, presque pour lui-même.
Elle leva les yeux, l'air perdu. Ce visage lui semblait familier, mais rien ne venait. Son esprit refusait d'associer ce souvenir à la réalité.
— Capitaine Martin, dit l'homme en se présentant, comme s'il comprenait qu'elle ne se rappelait pas. Tu ne te souviens pas de moi, hein ?
Alma secoua faiblement la tête.
— Désolée...
Le capitaine lui adressa un sourire bienveillant, mais ses yeux trahissaient une peine sincère.
— C'est normal. Tu as trop enduré. Repose-toi.
L'hélicoptère finit par amorcer sa descente. La vibration changea, les secousses firent trembler les sièges métalliques. Noah passa un bras autour d'Alma, qui s'était crispée.
— On rentre, dit-il doucement.
— Non, souffla-t-elle entre ses dents serrées. Je pars. Elle reste là-bas.
Il comprit aussitôt. Sombra. Son cœur se serra.
Les pales ralentirent jusqu'au silence. La porte s'ouvrit, un vent froid s'engouffra dans la cabine. Une dizaine de militaires les escortèrent à travers le tarmac, sous les projecteurs. Alma, toujours soutenue par Noah, avançait d'un pas mécanique.
Le capitaine Martin marchait à leurs côtés. Il veillait sur elle comme sur une enfant retrouvée après trop longtemps.
À l'intérieur de la base, on les sépara pour les examens médicaux. Alma protesta faiblement :
— Pas question qu'on m'écarte de lui.
— C'est pour quelques minutes seulement, répondit le médecin.
— Alors vous allez vite. Sinon je m'en vais.
Le ton, même faible, claqua comme une menace. Noah esquissa un sourire malgré l'inquiétude. Oui, c'était bien Alma.
Dans la salle blanche, elle se laissa examiner, mais ses réponses étaient sèches, presque cinglantes. Quand l'infirmière demanda si elle avait des nausées, elle répliqua :
— Seulement quand on me colle trop de questions idiotes.
Le médecin haussa un sourcil, surpris.
— Bien, je vais noter que vos réflexes sont intacts, ironisa-t-il.
Un éclat passa dans les yeux d'Alma. Pas de force physique pour se défendre, mais toujours ses piques pour tenir debout.
Plus tard, Martin les conduisit à une petite maison de repos au cœur de la base. Une bâtisse simple, aux murs pâles, mais accueillante. Noah aida Alma à s'installer sur le lit, tirant une couverture sur elle.
Il resta assis à côté, son regard accroché au sien.
— Tu te souviens... de nous, sur la plage ? demanda-t-il, la voix basse. Quand le vent emportait tout sauf nous ?
Alma ferma les yeux un instant. Une larme glissa, mais ses lèvres esquissèrent un sourire fragile.
— Oui...
Noah hésita, puis, avec cette audace qui le caractérisait, il se pencha pour l'embrasser. Un baiser tendre, pas une conquête, mais une promesse.
Quand il se recula, Alma murmura :
— Si tu crois que ça t'évite une claque... tu rêves.
Noah éclata d'un rire étouffé.
— Voilà. Là, je te reconnais.
Un repas chaud leur fut apporté. Ils le dévorèrent avec une avidité presque animale, retrouvant peu à peu des forces. Quand la nuit tomba, ils s'allongèrent côte à côte. Noah tira trop sur la couverture, comme toujours.
— Prends pas toute la place, grinça Alma, les yeux déjà mi-clos. Sinon je t'étouffe dans ton sommeil.
— Ma sauvage préférée, souffla Noah avec tendresse.
Ses lèvres se posèrent sur son front. Elle ferma les yeux, et pour la première fois depuis le rugissement de Sombra, elle sentit son souffle s'apaiser.
Petits mots pour vous :
Chers lecteurs, chères lectrices,
C'est avec beaucoup d'émotion que je vous retrouve dans ce deuxième tome d'À l'abri du monde. 💛
Alma et Noah reprennent leur souffle après tant d'épreuves, mais vous le savez déjà : le calme n'est jamais qu'une parenthèse avant la prochaine vague. 🌊
J'ai écrit ce chapitre avec le cœur serré, encore marquée par l'ombre de Sombra... et j'espère que vous ressentirez, à travers les lignes, toute la force des liens qui se tissent même au milieu du chaos.
Merci infiniment pour votre présence, vos mots et votre soutien qui me portent chaque jour. 🌻
Bonne lecture, et accrochez-vous : l'aventure ne fait que commencer.
Et vous, dites-moi...
👉 Quelle émotion vous a le plus marqué dans ce premier chapitre : la peine d'Alma 💔, la fidélité de Noah 🤝 ou la présence silencieuse de Sombra 🐾 ?
J'ai hâte de lire vos réponses en commentaires 🌊💛
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À l'abri du monde - Tome 2
RomanceIls ont survécu à l'île. Ils ont survécu à la solitude, à la peur, et même à eux-mêmes. Mais le vrai danger commence ici, dans le bruit, les regards, et la fureur de la ville. Arrachés à leur paradis perdu, Alma et Noah doivent apprendre à aimer sou...
