Chapitre 1 (réécrit)

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Haneia

Naples sentait le sang, la cigarette froide et la loyauté malsaine. Je le sentais à travers la fenêtre du taxi. En sortant de celui ci, il me souhaite alors bonne chance.

Les pavés sous mes chaussures étaient irréguliers, comme tout ici : les rues, les visages, les regards. Rien n'était lisse. Rien n'était propre. Et moi, au milieu, j'avançais comme un fantôme. Sans nom. Sans passé. Sans histoire.

La ville grondait autour de moi. Klaxons. Rires. Une femme criait quelque chose en italien depuis un balcon. Je comprenais chaque mot, même si ce pays m'était complètement étranger.

Je marchais droit, sac en travers de l'épaule, capuche rabattue sur mes cheveux, écouteurs dans les oreilles. Invisible. C'est comme ça qu'on survit dans ce monde.

Les Napolitains sont bruyants. Curieux. Trop vivants. Je n'aime pas les villes comme ça. Mon pays me manque,mais ce n'est pas une mission de confort.

C'est une mission de mort.
J'ai pris une chambre minuscule dans un immeuble délabré du quartier espagnol. Personne ne pose de questions ici, surtout pas à une fille qui paie en liquide et ne sourit jamais.

J'ai posé mon sac sur le lit.
J'ai ouvert la fermeture éclair du double fond. Le métal a cliqué sous mes doigts. Je n'ai pas souri. Je ne souris jamais quand je travaille.

Je me suis installée devant la fenêtre entrouverte en écoutant les musiques qui me rappel mon pays, une cigarette entre mes lèvres. Le souffle du vent qui caressait le visage sentait l'huile, la mer, et la poudre qu'on n'a pas encore tirée.
Je n'ai pas bougé pendant une heure.
J'ai appris à patienter, à écouter et attendre le bon moment pour tirer. À disparaître sans fermer les yeux.

Mon téléphone a vibré. Juste une ligne.
Isaac Morreti: ViaBenettodeCroce. 21h.

Je n'ai pas répondu.

Pendant quelques secondes, je suis restée immobile, le regard fixé sur l'écran encore allumé, comme si ces quelques mots pouvaient révéler autre chose que ce qu'ils laissaient voir. Un simple rendez-vous. Une heure. Une adresse. C'était toujours comme ça avec les hommes comme lui : peu de mots, mais assez pour imposer une présence.

J'ai lentement expiré la fumée de ma cigarette avant d'éteindre l'écran.

Puis, presque mécaniquement, mes doigts ont glissé sur le téléphone jusqu'à un contact que je connaissais par cœur.

Dritan.

Je n'appelais jamais sans raison. Et lui non plus.

La tonalité a à peine eu le temps de retentir qu'il décrocha.

— « T'es arrivée. »

Ce n'était pas une question.

Sa voix était toujours la même. Grave, posée, contrôlée. Une voix qui ne laissait jamais deviner ce qu'il pensait réellement.

Je me suis légèrement redressée contre le rebord de la fenêtre, observant les lumières de Naples s'étendre devant moi.

— « Oui. »

Un court silence s'installa, comme s'il attendait que j'en dise plus. Mais je ne parlais jamais plus que nécessaire.

— « Il m'a contactée, » ajoutai-je finalement, en écrasant ma cigarette dans le cendrier posé à côté de moi. « J'ai rendez-vous avec lui ce soir. »

De l'autre côté de la ligne, j'entendis un léger souffle. Pas de surprise. Pas d'hésitation. Juste une confirmation silencieuse que tout se déroulait comme prévu.

La Culla (réécriture)Stories to obsess over. Discover now