La dette

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« Chaque famille a ses secrets. La mienne les vend au plus offrant. »

Le vent froid de novembre fouettait le visage d'Élina alors qu'elle attendait sur les marches du tribunal. Sa veste trop fine pour la saison ne parvenait pas à masquer le tremblement de ses mains. Sa mère l'avait appelée deux heures plus tôt, en pleurs, la voix cassée par la panique.

— Il vont tout prendre, Élina. La maison... la boutique de ton père... Tout.

Elle avait raccroché sans même attendre de réponse. Son sac en bandoulière laissait entrevoir une liasse de documents : relevés bancaires, lettres de menace, injonctions de paiement. La descente aux enfers n'avait pas commencé hier. Elle avait juste espéré que le sol ne céderait pas aussi vite.

La porte vitrée s'ouvrit derrière elle. Un homme en costume gris anthracite l'observait, bras croisés. Il ne parlait pas. Il n'avait pas besoin de le faire. Son regard suffisait.

— Mademoiselle Meraz, monsieur Kaïs Bensalah vous attend.

Élina déglutit.

— Je... Pourquoi moi ? Je ne comprends pas. Il ne connaît même pas ma famille.

— Il connaît très bien votre père. Et il a une proposition à vous faire.

Une voiture noire attendait devant le bâtiment. L'intérieur sentait le cuir neuf et un parfum discret mais puissant. Élina garda les yeux baissés pendant tout le trajet.

Kaïs Bensalah. Le nom tournait en boucle dans son esprit. L'héritier de l'une des plus grandes fortunes du pays. Froid. Intouchable. Dangereux. On disait de lui qu'il avait construit son empire sur des ruines et des cadavres. Rien n'avait jamais été prouvé. Et personne n'osait le défier.

La voiture s'arrêta devant un immeuble aux vitres teintées. On l'invita à monter au dernier étage. Un garde lui prit son sac. Une assistante ouvrit une porte.

Et là, il était là.

Assis derrière un immense bureau noir, Kaïs leva les yeux vers elle. Costume noir. Cravate parfaitement ajustée. Mâchoire serrée. Regard d'acier.

— Mademoiselle Meraz. Installez-vous.

Elle obéit, raide comme une statue.

— Vous avez un problème, dit-il sans préambule. J'ai une solution.

— Pourquoi m'aider ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

Un sourire glacial étira ses lèvres.

— Parce que j'ai besoin d'une épouse. Et vous... vous n'avez plus rien à perdre.

Silence.

Élina sentit son cœur s'arrêter.

— Un mariage. Six mois. Aucun amour, aucun mensonge. Juste un contrat.

— Et après ?

— Vous repartez. Libre. Riche. Et votre famille garde sa maison.

Il tendit un dossier. Le contrat était là. Réel. Froid. Formel.

— Si je refuse ?

Kaïs la fixa. Il n'avait pas besoin de la menacer. Le monde l'avait déjà fait à sa place.

— Alors, votre père perdra tout. Et peut-être même plus que ça.

Elle baissa les yeux. Sa main tremblait.

Et elle signa.

Le contrat du silenceWhere stories live. Discover now