Chambéry, le 6 août 2020
Il n'était que neuf heures du matin mais la chaleur était déjà écrasante lorsqu'elle sortit du parking souterrain. Son échine fut pourtant parcourue d'un frisson et ses mains étaient moites et froides. Elle passa devant la Fontaine des Éléphants, monument emblématique de la ville de Chambéry, et s'arrêta un instant pour l'admirer. La dernière fois qu'elle l'avait vue, elle n'était qu'une enfant, en vacances dans sa famille en Savoie, comme chaque été.
Elle était alors insouciante et n'avait aucune idée des défis qu'elle rencontrerait à l'âge adulte. Elle ferma doucement les yeux, étrangement apaisée par la présence familière de ces quatre pachydermes en fonte de fer, les priant silencieusement de lui donner du courage. Puis elle poursuivit sa route d'un pas mécanique, les jambes en coton, ne sentant plus son corps et ayant la sensation de flotter au-dessus de celui-ci.
Elle remonta le boulevard de la Colonne jusqu'à apercevoir l'imposant palais de justice. Elle s'arrêta puis, réalisant qu'elle ne respirait plus depuis quelques secondes, prit une profonde inspiration et mit son masque chirurgical. Elle était reconnaissante qu'il soit toujours obligatoire de le porter : le visage à moitié caché, elle se sentait protégée.
Elle s'arrêta à une vingtaine de mètres de l'immense porte d'entrée du tribunal et consulta son téléphone. Il n'était que neuf heures cinq et elle était convoquée à neuf heures trente. Le trajet en voiture avait duré un peu plus d'une heure et elle avait ingurgité quatre mugs de café avant son départ, à la suite d'une nuit quasiment blanche. Elle avait besoin d'aller aux toilettes mais n'osait pas entrer seule dans ce grand et glacial bâtiment où elle jouerait la vie de Sofia, moins d'une demi-heure plus tard.
Et s'il était déjà là ?
Son rythme cardiaque s'emballa à cette idée.
Elle envoya un message à son avocate pour savoir où elle en était.
Dix minutes plus tard, n'ayant pas de réponse, elle en déduisit que celle-ci était toujours au volant et décida d'entrer dans le grand hall pour passer les contrôles de sécurité et pouvoir enfin soulager sa vessie. Elle jeta des coups d'œil nerveux en tous sens, le cœur battant, bégayant auprès de la secrétaire de l'accueil et du vigile qui vérifia son sac à main puis, une fois enfermée aux toilettes, respira de nouveau normalement et en profita pour vérifier son téléphone. Son avocate lui avait répondu :
« J'arrive dans deux minutes, j'ai eu du mal à me garer, désolée ! »
Amélie poussa un soupir de soulagement, sortit des toilettes pour se laver les mains et resta à moitié cachée derrière un mur en attendant Maître Morel, qui la défendait dans cette affaire. Car c'était bien elle qui serait sur le banc de l'accusé.
Elle n'arrivait toujours pas à y croire... mais surtout, elle était tétanisée depuis des semaines à l'idée de revoir Amine, son ex-mari, après tout ce qu'il lui avait fait endurer pendant des années.
Elle ne l'avait pas revu depuis deux ans et demi, mais sa peur de lui était toujours aussi profonde, car elle savait qu'il n'avait aucune limite ni aucun scrupule.
Elle lui avait fait l'affront de le quitter, de demander le divorce pour violences conjugales puis de rentrer en France sur un coup de tête avec Sofia, leur enfant commun, après qu'il l'ait menacée de la lui prendre à de nombreuses reprises.
L'avocate surgit devant elle sans la voir et Amélie l'interpela discrètement.
— Ah ! Madame Leoni, vous êtes là ! souffla Maître Morel. Je suis vraiment désolée d'arriver à la dernière minute... comment vous sentez-vous ? s'enquit-elle en lui faisant signe de la suivre, marchant d'un pas vif vers l'escalier.
— Pas super, marmonna faiblement Amélie qui était de plus en plus pâle.
— Respirez, je vous promets que je vais faire de mon mieux... ne parlez pas, sauf si on s'adresse directement à vous, et répondez de la manière la plus brève et la plus claire possible, d'accord ?
— Oui... d'accord, répondit-elle d'une voix rauque, comme si elle avait une balle de tennis dans la gorge.
Après avoir monté le grand escalier, elles prirent un long couloir sur leur gauche.
— Voilà, soupira Maître Morel, nous sommes pile à l'heure, c'est à droite au bout de ce couloir. Nous ne sommes de toute façon pas seules à être convoquées à cette heure-ci et il n'est pas garanti que nous soyons les premières à passer.
L'avocate, n'entendant plus Amélie après avoir franchi le dernier virage, se retourna et, ne la voyant pas non plus derrière elle, revint sur ses pas. Elle la trouva adossée au mur, juste derrière l'angle du couloir, le visage livide, les jambes tremblantes et les yeux exorbités.
— Il... il est là... je... je viens de l'apercevoir, bégaya-t-elle en se tenant au mur. Pa... pardon, je suis... ridicule, je... je vais me reprendre...
— Du calme, murmura Maître Morel en lui pressant l'avant-bras d'une main réconfortante. Asseyez-vous une minute et buvez un peu d'eau.
Amélie s'exécuta pendant que son avocate jetait des regards furtifs dans le couloir pour voir si elles étaient appelées.
— Mais... il a pris un avocat ! s'indigna celle-ci. Cela signifie qu'il s'est constitué partie civile sans nous en informer ni nous transmettre de conclusions... normalement, c'est contre le procureur que je vous défends... c'est totalement déloyal !
C'est tout-à-fait lui...
Amélie parvint à se reprendre, se redressa et marchad'un pas aussi digne que possible jusqu'à la porte de la salle d'audience faceà laquelle se tenait Amine, flanqué de son avocat et de deux autres hommes.
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Sofia - Tome 2 : Jugements
Ficción GeneralAmélie, jeune mère célibataire persécutée par son ex-mari, s'est enfuie de Londres pour protéger sa fille, Sofia. De retour en France, malgré la peur des représailles, elle devra tout recommencer à zéro. Mais Amine, le père de Sofia, n'a pas dit so...
