Chapitre 49 (inédit)

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       Suivant l'odeur infâme dans l'église, Côme s'est posté devant le confessionnal autour duquel des mouches volaient. Le confessionnal, dissimulé sous un immense linceul imbibé de sang, devait abriter un véritable charnier humain. Mon cœur a frappé contre ma poitrine si violemment que j'en ai perdu mon souffle. L'hybride n'a pas bougé. Il a attendu que je sois prête pour soulever le tissu du bout de son arc qu'il a ensuite arraché dévoilant un macabre spectacle.

Le confessionnal débordait de corps massacrés et empilés les uns sur les autres. Sur le point de me tourner pour ne pas avoir à faire face à la réalité, je me suis figée. Je prenais la mesure de mon rôle. Il n'était plus question de trembler ou de pleurer. Je devais affronter l'existence et ses nombreux écueils. Avant, mon premier réflexe aurait été de mettre la main sur mon visage. Aujourd'hui, je regardais avec désolation l'œuvre de ma sœur et de ses disciples.

Longeant le confessionnal, j'ai poussé la porte aux vitraux. Elle n'était pas fermée et m'a offert une nouvelle horrible vision. Des épouvantails disséminés devant le cimetière m'ont accueillie. Sur l'un se trouvait une tête de sanglier. Sur un autre, celle d'un ange selon Côme qui n'a montré aucune faiblesse. Il m'a fait signe de l'accompagner et s'est aventuré dans la nécropole. L'endroit fut d'un calme glaçant lorsque la pluie s'est arrêtée et que les corneilles se sont tues.

— Mauvais temps pour la Sphère magique, a déclaré Côme en levant les yeux en direction des hauts arbres.

Des anges inertes prisonniers des branches servaient de funèbres décorations. Des auréoles de faibles intensités luisaient au-dessus de leur tête puis s'éteignaient. J'ai compris que leur disparition signifiait la mort des anges.

— C'est récent, ai-je relevé en lâchant ma canne pour m'agenouiller dans l'herbe mouillée dont l'odeur recouvrait doucement celle de la mort, amère et prégnante.

— Les images sont plus parlantes que les mots, s'est désolé Côme qui a mis un genou à terre tandis qu'à haute voix je promettais que toutes les vies prises seraient vengées. J'ai juré que notre combat pour que l'équilibre ne penche pas en faveur de la noirceur n'était pas vain.

J'ai aussi juré de me battre jusqu'à mon dernier souffle et d'emporter ma sœur dans ma tombe s'il le fallait. Sur le point de me relever, mon attention fut accaparée par les marques tracées dans le sol.

— Qu'est-ce que...

Je me suis redressée, Côme m'a imitée. Il a ramassé la canne qu'il m'a tendue et que j'ai refusée. Progressant à pas de loups dans le cimetière, j'ai cru percevoir des craquements autour des murets.

— Ne jamais focaliser son attention sur un seul point en territoire inconnu, m'a prévenu l'hybride en me tirant.

Les marques dans le sol se sont enflammées. Côme, Noisette et moi nous trouvions au centre d'un pentagramme inversé signe de l'allégeance de nos ennemis aux Ténèbres.

— La force de l'esprit, Oxane. Vous faites partie de ces êtres extraordinaires qui marqueront le monde. Votre destinée vous ouvre grand les bras, ne la repoussez pas. Il est normal de trembler. Normal d'avoir peur. Normal de vouloir pleurer. Normal de ressentir l'envie de fuir. Tout ce qui vous passe par la tête en ce moment même est normal. Il vous revient de prendre une décision. Le flot de pensées continu, les voix dans votre tête, l'esprit embrumé et tiraillé, ou encore les faiblesses du corps doivent être surpassés.

J'ai pris bonne note des conseils de Côme dont la voix ne cessait de me guider. Je me suis concentrée sur l'environnement global. J'ai puisé en moi pour rester solide sur mes deux jambes. J'ai oublié ma fragilité, fait taire mes craintes et étouffer la part d'humanité qui résistait m'empêchant de m'en prendre à mes ennemis. Des ennemis qui se tenaient derrière le muret du cimetière autour d'un symbole satanique plus grand encore. Ils récitaient un sort dont les mots « sacrifice, lutte, destin et mort » sont les seuls que j'ai compris dans un sifflement qui se mêlait au son du brasier dont les flammes grandissantes obstruaient mon champ de vision.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant