Chapitre 47 (inédit)

470 67 36
                                    

             Une voix de baryton a dominé toutes les autres.

« Un procès équitable n'admet-il pas la défense des accusés ? » a-t-on entendu. Tous les regards sauf celui de Marin se sont posés sur un individu dissimulé sous sa cape. Les flambeaux ont pris une couleur rougeâtre qui n'a pas manqué de satisfaire le chef des Archanges. Il m'a semblé déceler de la fascination à travers sa posture intéressée. Se levant de son trône son sceptre à la main, il s'est avancé jusqu'au garde-corps dont les inscriptions ne cessaient de me captiver. J'en avais vu des choses splendides, étranges ou effrayantes. Le paysage apocalyptique du Mont Cendré resterait sans doute la découverte la plus dingue de ces dernières semaines. Je me trouvais au cœur de l'action, impliquée comme jamais auparavant.

Un géant de feu a craché du magma tout autour de lui devant l'hémicycle avant de rebrousser chemin du côté des cratères rocheux.

— Balthazar, que nous vaut cet honneur ? a ricané Pavel tandis qu'un autre titan de feu s'est posté devant l'auditorium.

L'individu s'est avancé hors de la galerie d'entrée. Il est monté sur les marches de l'estrade de marbre enflammée. Les traîtres se sont crus sortis d'affaire. Une déduction bien trop rapide à mon goût.

Les voix dans ma tête ont ri avant de crier. Me concentrant sur ce brouhaha, j'ai réussi à le stopper. Balthazar a immédiatement pivoté vers moi.

— Balthazar l'Immondice, m'a susurré une Noisette hargneuse. Comment ose-t-il te souiller de ses détestables mirettes ? Il pratique l'obscure magie. On raconte que chaque sillon sur son visage, et ils sont nombreux, fait référence à une année écoulée de sa vie. Je ne pense pas qu'il soit éternel, mais sa longévité interroge.

— Les Archanges n'enquêtent pas ?

— Leurs angelots veillent, mais ils n'ont jamais pris Balthazar sur le fait. Il est bien trop malin et vicieux pour se faire avoir.

— Balthazar, nous t'attendions, a repris Marin.

— Vraiment Votre Grandeur ?

— Penses-tu que tu aurais eu accès au Mont Cendré dans le cas contraire ?

Encore une brebis tombée dans la gueule du loup.

— J'ai eu vent de ta soudaine disparition en mai dernier. Que t'est-il arrivé ?

— Un besoin de prendre l'air, Votre Grandeur.

— De prendre l'air sous terre, Balthazar ?

L'individu a ri nerveusement.

— Tu n'es pas sans savoir que l'Immortelle au cœur sombre et ses disciples sévissent. Ils truandent. Ils effraient et ils tuent lorsque qu'on ne leur jure pas allégeance. Leur présence a été recensée aux quatre coins de la Sphère magique. Ils se cachent dans les sombres forêts européennes et attendent le moment opportun pour livrer bataille. Ils sont vils et couards. Ils cherchent à prendre le pouvoir en éradiquant les Archanges.

— Votre Grandeur.

Les flammes ont retrouvé leur robe orangée.

— Les relations étroites qui te lient à Exxhos et au Mage Maudit ne sont plus à démontrer. Votre trio a irrité de nombreuses communautés ces derniers siècles. Les rumeurs ont couru à votre sujet. Malgré tout, je n'ai jamais jugé bon d'intervenir.

— Nous n'avons rien n'a nous reprocher. Nous servons ce Conseil avec le plus grand dévouement. Et nous vous chérissons, Suprême.

— N'emploie pas le présent lorsque tu inclus Exxhos dans ton discours. Dans sa longue errance, il se languit de te retrouver.

Bleu Magnétique (EN COURS)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant