Prologue

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Il y a huit ans

Je balance mes affaires dans la valise posée au centre de la pièce, ouverte comme une échappatoire. Je ne peux plus supporter cette maison, cette famille... et surtout, lui. Il faut que je parte, même pour quelques semaines seulement. Une de mes amies m'a proposé de venir à Paris, et pour la première fois depuis longtemps, j'ose croire que respirer y sera enfin possible.

Sur la table de nuit, un petit cadre attire mon regard. Je le prends délicatement, comme si ce souvenir fragile pouvait se briser sous mes doigts. Une photo de ma mère et moi, prise bien avant que le cancer ne l'emporte... avant que ma vie ne se transforme en un enchaînement de douleurs étouffées et de non-dits. Je range précieusement le cadre dans ma valise, puis attrape mon appareil photo et le glisse dans sa sacoche, comme un talisman que j'emporte avec moi.

En chemin vers la salle de bain, je croise mon reflet dans le miroir. Mes yeux rougis me rappellent les larmes versées plus tôt, mais ce n'est pas ce qui m'arrête. Mon regard s'accroche au pendentif qui repose contre ma poitrine. Celui-là même qu'il m'avait offert pour mes dix-huit ans, avec une promesse qu'il n'a jamais tenue. Un poids lourd, froid, que je sens comme une chaîne. Sans hésiter, je l'arrache. Le collier glisse de mes doigts, et pendant une seconde, j'hésite, puis je l'enferme dans une enveloppe et la glisse au fond de mon sac à main. Ce bijou va enfin retrouver son véritable propriétaire.

Je jette ensuite ma trousse de toilette dans la valise et me penche de tout mon poids pour la fermer. Cette vieille technique fonctionne toujours, mais aujourd'hui, elle me rappelle aussi combien je suis déterminé à tout verrouiller derrière moi.

Avant de partir, je fais un dernier inventaire. La moitié de ma garde-robe, mon appareil photo, mon ordinateur, le cadre... tout est là. Je regarde ma chambre une dernière fois, imprégnée de souvenirs que je préfère laisser ici. Je souffle un bon coup. Maintenant, il ne reste plus qu'à tout charger dans le coffre de la voiture. Mais cette fois, ce voyage a un goût de liberté.

Je descends les escaliers avec lenteur, retenant mon souffle. Les voix qui montent du salon me rappellent que mon père et ses amis sont encore là, plongés dans leurs discussions qui me semblent si lointaines maintenant. Dans l'entrée, une hésitation me prend , un désir presque insensé de vérifier s'il est là, de le voir une dernière fois. Mais une voix plus forte résonne dans ma tête : « Non, prends tes affaires et quitte cette maison. Ne te retourne pas. »

Je m'oblige à avancer. Sur la commode, je pose une note écrite plus tôt d'une main tremblante :
Papa, je pars chez Amandine pour plusieurs semaines. Je ne sais pas quand je reviendrai. J'ai besoin d'espace. Bises, Elena.

Je prends une dernière inspiration, m'assurant que le mot est bien en évidence. Puis, je me glisse sans bruit vers la porte d'entrée, espérant que personne ne m'arrête, que personne ne pose de questions auxquelles je ne veux pas répondre.

Dans l'obscurité du jardin, je charge mes affaires dans la voiture, luttant avec chaque bagage comme si je luttais contre tout ce qui m'attache encore ici. Une fois tout en place, je mets le contact, et, avec un sentiment mêlé de liberté et d'angoisse, je commence à m'éloigner. La maison devient un point lointain derrière moi... jusqu'à ce que je l'aperçoive.

Sa maison. Celle où tant de choses se sont jouées, où j'ai laissé bien plus qu'un simple collier.

Je freine juste devant sa boîte aux lettres, j'attrape l'enveloppe et la glisse dedans, mes doigts hésitent un instant. Puis, sans un dernier regard, je m'éloigne, laissant derrière moi ce qui n'a plus sa place dans mon présent.

Paris... J'arrive. Pour quelques semaines, ou peut-être bien plus.

Arôme InterditWhere stories live. Discover now