Chapitre 1 :
La pluie commence à tomber, me dis-je en contemplant le paysage d'un air nostalgique. Il devait être aux alentours de midi. J'étais, comme à mon habitude, placé là, devant le lac Pavin, passant mon regard plusieurs fois sur ces pins, dégoulinant de perles blafardes, et sur cet îlot, isolé. Isolé. Peut-être voyais-je en ce spectacle les reflets de ma vie, aussi terne que l'eau de ce lac.
Que pourrais-je dire de ma vie ? Rejeté ? Détesté ? Non. Je n'avais pas cet honneur. J'étais depuis ma plus tendre enfance des plus oubliable. J'étais de ceux qui n'était pas remarqué, presque invisible. J'étais un garçon sans histoire. Ma mère, malade que les médecins n'ont pu sauver, avais quitté ce monde lorsque j'avais huit ans. Je ne me souviens de rien de ce jour-là, sauf des gouttes ruisselantes sur mes bras ballant et de la bourbe fraiche qui me rappelle inlassablement la tendre peau de maman.
A l'aube de mon entrée en quatrième, mon père avait jugé utile de m'envoyer en colonie de vacances. "Pour te faire des amis" avait-il dit. Quelle triste blague. Cela fait une semaine je suis arrivé, et c'est à peine si les moniteurs ont remarqué ma présence. Et, comme chaque jour, Ils n'avaient pas vu que je m'étais éclipsé pour aller au lac. Ils sont bien trop occupés à rassembler les autres dans le hall de toute façon. Moi, j'aime la pluie. Le spectacle que j'admirais, n'étais pas comparable à la chaleur froide que m'apportais ce crachin. La boue qui devenait de plus en plus liquide, le soleil, reclus derrière les nuages et la douce brise, ramenant incessamment l'eau à mon visage, j'aimais tout cela.
Tout à coup, je suis frappé par une sensation énigmatique. Il m'en faut plus. Je m'aventure près de l'eau. Ne sachant si c'était la fièvre ou le fait de braver l'interdit des moniteurs d'approcher le lac qui me donnait chand au ventre. Je pris mon écharpe et mon courage à deux mains, et trempis mes bottes dans l'eau. Quelle divine sensation ! Je continuais à avancer, et je sentais mes pieds s'enfoncer dans la vase. Je marchais encore comme ça quelques mètres, avant que mes pieds ne touchent plus le sol. Je me retrouvais à nager au milieu de ces eaux calmes, des caresses douces de ce liquide, qui semblait désormais m'entourer de toute part. Je le sentais, s'incruster sur moi, puis en moi. J'étais l'eau, j'étais le lac. Je ne faisais plus qu'un avec ce qui m'entourai. Je ne peux dire combien de temps je continuai à nager de la sorte. Deux minutes ? Quinze minutes ? Peut-être même des heures durant ! Je ne sentais plus rien. Je n'avais qu'une idée en tête : nager. Quand soudain, de vives lumières apparurent sur la rive. Des sons répétitifs et monocorde venaient casser cette harmonie silencieuse. Il s'était passé quelque chose.
Etrangement, il ne me fallut que quelques brasses pour revenir proche des rives, et le spectacle que j'y découvrit, Oh, je n'ose y penser, de peur de revoir ces images peintes dans ma mémoire. Il y avait des hommes, en costume rouge, et d'autres en costumes blancs. Il avait les animateurs aussi. Voyant mes vêtements trempés et craignant une réprimande, je songeai tout d'abord à me cacher, mais les voyant absorbés par ce spectacle, je me ravisai. Tous ces hommes, bien qu'ils fussent différents, avait cependant une chose en commun : ils étaient en effervescence. Ils courraient d'un bout à l'autre de la rive, ramenant sans cesse de leur camion diverses objets et trousses de couleurs. Quand je me décidais enfin à observer la raison de cette agitation, j'entrepris de me frayer un passage parmi ces visages à la fois effrayés et intrigués par la vision d'horreur que j'allai découvrir. Force me fus de passer ma tête entre les corps de la troupe, amassés autour d'un corps. Au premier abord, on aurait pu croire un enfant, souriant, endormis sur le côté. Mais plus je me rapprochais, plus quelque chose dans ce corps frêle me gênais. Je continu à avancer. Mais cette fois, la gêne laisse place à un malaise irrépressible. Je continus marcher. Un homme est accroupi à côté du corps, que je devine être celui d'un garçon, jeune, au visage banal. Je ne suis plus qu'à quelques mètres d'eux. Soudain, stupéfaction ! Je suis frappé d'une vision effroyable ! Ce garçon allongé, ce corps inerte et blanchit par le froid ne m'ai pas étranger. Et je me retrouve là, ahuris, contemplant mon propre corps, une cicatrice immense passant du haut du torse, jusqu'à la hanche. Je m'apprêtais à dire un mot, quand un pompier me coupa la parole :
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Le stylo
Short StoryDurant sa colonie de vacances, un jeune garçon s'ennuie. Que pouvait-on dire de lui ? Rejeté ? Détesté ? Non. Il n'avait malheureusement pas tant d'honneur. Notre héros se décrivait lui-même comme un être invisible, une enveloppe que beaucoup pensai...
