Depuis son plus jeune âge, sa famille l'a considéré comme un cadeau venu du ciel. Elle était pour eux leur plus beau trésor, et aussi le plus précieux. Après avoir eu trois garçons, la famille Ramirez avait enfin eu la bénédiction des cieux, et reçu la plus belle des petites filles du monde. Oui, elle était magnifique, la plus merveilleuse à leurs yeux. Dès sa naissance, T/P a été traitée comme une reine. Tout ce qu'elle souhaitait lui était automatiquement accordé, dans le délai le plus court qu'il soit. Cependant, elle n'avait jamais été une jeune fille très exigeante. T/P se contentait de ce qu'elle avait, elle était dotée d'une reconnaissance sans limite et d'une grande humilité, ce qui surpris sa famille. En effet, la jeune fille grandit dans une communauté relativement fermée et aux façons de pensées conservatrices. Certes, elle eut une enfance heureuse, mais plus elle grandit, plus T/P comprit que cette vie ne lui convenait plus.
Les anniversaires se faisaient de plus en plus grands, avec toujours plus de paillettes et plus de strass. Toute fête célébrée se réalisait dans la démesure, sans oublier de dépenser des sommes astronomiques. Tout cela l'obligeait elle et sa famille à vivre dans un appartement bien trop étroit pour toute ce petit monde. Par chance, elle avait sa propre chambre, sous prétexte d'être la seule fille de la maison, sans compter sa mère. Mais dans la société où elle vivait, être une femme n'était pas toujours un privilège. Parfois, c'était le plus gros des châtiments. Durant son enfance, T/P se comportait comme une princesse, se promenant avec ses parents dans des robes magnifiques, mettant du maquillage, portant de belles paires de chaussures, et accompagnée de ses grand-frères, ses gardes du corps personnels qui veillaient à ce que leur soeur soit bien accueillie partout où elle se trouve.
T/P devait manger les meilleures mets, elle devait aussi avoir autant de beaux vêtements qu'elle souhaitait, ainsi que le meilleur maquillage sur le marché, malgré le peu d'intérêt qu'elle y accordait. T/P devait aussi être polie, serviable, accueillante, respectueuse, et elle devait être aussi très douée en cuisine. T/P avait pour obligation de servir les hommes de la maison d'abord, et de manger sur une autre table que ses frères et son père, ou les autres hommes qui pouvaient se trouver dans l'appartement. Le ménage ne faisait pas exception, sans oublier le contact qu'elle devait avoir avec les enfants parmi toute sa famille, afin de montrer à tout le monde qu'elle pourrait faire une excellente mère plus tard. Jamais on ne devait lever la main sur une femme, sauf si le mari estimait que celle-ci dépassait les bornes, bien sûr. T/P avait également l'autorisation de faire la fête avec ses cousines et certains de ses cousins, mais elle ne devait en aucun cas se retrouver seule avec un homme. Les conséquences pour sa réputation en seraient désastreuses, et le père de T/P serait complètement déshonoré.
Toutes ces règles pourraient sembler affreuses aux yeux des jeunes femmes qui fréquenteraient la même université que T/P, mais cela faisait partie de son quotidien. Ce n'était pas pour autant qu'elle était d'accord avec toutes ces règles. T/P n'avait pas l'intention de rester parmi cette communauté, la jugeant trop oppressante et trop close à son goût. Même si elle donnait beaucoup d'intérêt à la notion de valeur familiale, T/P souhaitait se détacher de ces traditions, de ces coutumes, selon elle absurdes et inutiles. T/P désirait être libre et découvrir les multiples facettes que sa vie pouvait avoir. Mais comment sortir de cette grande communauté qu'était la civilisation gitane ?
***
Le soir de ses vingt ans, T/P se trouvait dans la salle des fêtes avec sa famille et tout son voisinage pour célébrer son nouvel âge. Elle portait une robe que son entourage trouvait sublime, mais qu'elle trouvait hideuse, car trop chargée à son goût. Elle tentait tout de même d'afficher un léger sourire, un sourire illusoire, évidemment. Sa marraine et son parrain la couvraient de cadeaux et d'argent, tandis que ses tantes et ses oncles faisaient de même, montrant ainsi aux autres qu'eux aussi l'aimaient beaucoup. Ses cousines étaient toutes jalouses de sa fête, certaines ayant voulu un festival aussi beau et grand, d'autres en pensant faire mieux pour leur vingt ans, et quelques-unes en se réjouissant pour elle. Elles n'étaient pas beaucoup à le savoir, mais en vérité la jeune femme souhaitait juste rentrer chez elle et s'endormir pour mieux travailler sur ses bouquins le lendemain.
Son père s'autorisa une danse avec elle, il souhaitait lui aussi montrer comme sa fille l'aimait et le respectait. Il n'avait qu'une seule envie : que sa fille rende certains parents jaloux par sa beauté naturelle. En effet, les multiples adultes de la salle le remarquèrent, les femmes et surtout les hommes.
Les deux premiers frères de T/P s'étaient déjà mariés, et le dernier était fiancé à seulement vingt-deux ans. Son mariage aura lieu au mois de décembre sous le thème du « Winter Wonderland ». Malgré ses fiançailles, il n'avait pas l'autorisation de rester seul avec sa future femme, mais cela ne les dérangeait pas, car c'était la tradition. Tandis que T/P dansait avec son neveux de quatre ans, le fils de son frère Diego, elle remarqua que son entourage se faisait de plus en plus masculin. Il était vrai qu'à son âge, T/P devait au moins être fiancée, et ses parents avaient bien pris la décision d'accélérer le processus. Malheureusement pour eux, T/P n'était pas de cet avis là.
- Alors, tu ne choisis pas un garçon avec qui danser ? demanda sa marraine.
-Elle dansera avec qui je l'autorise, protesta Diego, le premier frère de sa lignée.
-Je danserais avec qui je le souhaite, et pour le coup, je suis très bien avec mes cousines et mon neveux, argumenta T/P.
-Oh aller, choisis-en au moins un qui te plait, je suis sûr qu'il y en a dans la foule, plaisanta Adrian, le deuxième ainé. Par contre, avant d'aller vers lui, tu me le montres du doigt, et je te l'amène. Et garde tes distances, rappela-t-il sur une note plus sérieuse.
-Bon, je m'en vais, annonça-t-elle.
-Tu vas où comme ça ? Tu vas pas gâcher la fête que papa et maman ont mis des mois à te préparer, rouspéta Diego en lui attrapant le bras.
-Alors profite pour moi de la fête avec tes amis, moi je vais dormir.
Puis elle tenta de se frayer un chemin parmi toutes ces personnes. À chaque pas qu'elle faisait, on l'arrêtait pour prendre des photos et pour la féliciter de sa fête. Personne ne manquait de lui montrer son fils, car elle devait absolument se trouver un mari. Plus elle avait des prétendants, plus les voisins étaient jaloux, et plus elle rendait ses parents fiers. Quelques unes de ses cousines la suivaient afin d'être sûres que T/P arrive saine et sauve chez elle.
Le lendemain matin, T/P se leva et partit aussitôt travailler dans un café de la ville qu'un de ses oncles possédait. Dû à une rénovation, ce café attirait de plus en plus l'attention des jeunes, certains s'y retrouvaient pour étudier, d'autres pour se rejoindre entre amis. Mais à cause de son désir d'indépendance, T/P se retrouvait à travailler pendant ses week-ends, parfois en pleine semaine, mettant un maximum d'argent de côté pour pouvoir partir le plus tôt possible de chez elle. Cela faisait deux ans déjà qu'elle y travaillait, et d'ici les deux prochaines années, si c'était le souhait de celui qui la regardait d'en haut, elle pourrait enfin partir, malgré la retissante de ses parents.
T/P se souvenait parfaitement de leur mécontentement lorsqu'elle reçut plusieurs lettres et mails lui confirmant son inscription dans plusieurs universités toutes aussi prestigieuses les unes que les autres alors qu'elle n'avait que dix-huits ans, à l'époque. Pendant deux ans, ses parents et les autres membres de sa famille avaient passé des heures à tenter de lui retirer l'envie d'étudier et de travailler par la suite, sans succès. Les études de droit avaient toujours été un véritable moteur dans sa vie. Le droit de choisir, le droit de partir ou de rester, le droit d'exister en tant que femme et non en tant qu'épouse, et défendre les intérêts des autres.
Les mois s'étaient écoulés pour enfin laisser place au mois de septembre, lui donnant ainsi le feu vert pour participer aux cours d'économie, de droit, de politique, de littérature française et bien d'autres cours tout aussi fascinants. Et ce fut aussi dans cette même université que la jeune fille rencontra ce qui pour elle était la plus grande malédiction. T/P était tombée sous le charme de ce jeune homme aux cheveux aussi noirs que la nuit, ses grands yeux de biche et sa mâchoire si masculine et sculptée telle une statue grecque, sans oublier son corps de dieu qui ferait tomber n'importe quelle fille dans une douloureuse extase. Cependant, même s'ils ne se connaissaient pas encore, T/P tira un trait dessus dès la première fois où son regard croisa le sien. Car après tout, il n'était pas gitan. Lui adresser la parole serait un acte bien trop osé. Et l'aimer ? Complètement interdit.
Correction: Merci à Zoe1blablabla
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Paradoxe
RomansaT/P : ton prénom Les mois s'étaient écoulés pour enfin laisser place au mois de septembre, lui donnant ainsi le feu vert pour participer aux cours d'économie, de droit, de politique, de littérature française et bien d'autres cours tout aussi fascina...
