Chaque matin, le paysage semblait de moins en moins clair : les couleurs étaient moins flamboyantes, les contours de plus en plus flous et l'ensemble formait un tas de pixels eblouissants qui n'avaient plus aucun sens.
Chaque matin la même rengaine : je vais tout droit, je prends a gauche, à nouveau tout droit pendant cinq bonnes minutes en passant devant l'epicerie du quartier, puis tourne encore une fois sur la gauche avant d'avancer sur une longue ligne droite pendant dix bonnes minutes et ainsi voir au loin la devanture du fast-food où je travaille. J'avance jusqu’à l’entrée , je commence à apercevoir des visages familiers, je les salue un à un et les gratifie d'un “bonjour” feignant le dynamisme alors que ma plus grande envie est de partir en courant, de rebrousser chemin. Tout droit, à droite, tout droit puis à droite encore. Ouvrir ma porte d'entree en se demandant où j'ai mis mes clefs. Certainement dans la poche de mon manteau. Ratée , elles étaient dans la poche arrière de mon pantalon. Et tout cela pour m'affaler lourdement sur mon lit et regarder ma série préférée .
Aujourd'hui était different. Lorsque j'ai ouvert les yeux, je ne les ai pas ouverts. Enfin, je veux dire c'etait comme si je n'arrivais pas à les ouvrir. Mes paupieres n'etaient pas collées. C était juste le vide. Plus rien. Le noir complet. Ou étais-je ? Dans mon lit ? J'essayais de palper autour de moi, bruyamment, mon corps tout entier etait parcouru de tremblements de panique. Le medecin m'avait prevenu : “Votre état se degradera progressivement. Nous pouvons ralentir la degradation grâce à des medicaments. Malheuresement nous ne pouvons pas l’arrêter . Je suis désolé. ” J'appelle à l'aide. Personne ne repond. Mes voisins sont sans doute au travail ou je peux remercier la très bonne insonorite de mon appartement. Je tente d'attraper mon telephone, me cognant de partout au passage, tatant ma table de nuit. Lorsque je demande oralement à mon telephone de contacter mon medecin, je prends en un eclair conscience d'une chose : non seulement qu'installer quelques semaines en arrière des outils de reconnaissance vocale sur mon telephone, mon ordinateur et d'acheter le robot Alexa était une idée de genie : mon petit neveu s était empressé d’ utiliser la petite machine noire pour faire des demandes plus farfelues les unes que les autres -une autre pensée pris le dessus dans mon esprit. Je ressenti le besoin d emprunter, comme chaque jour de la semaine, sans exception, ce même trajet jusqu’à ce travail profondement ennuyeux. Passer devant le magasin aux lumières deja allumées de bon matin, mes jambes me suppliaient même de trottiner pour ne pas être en retard. Avec cette impression, que si je ne le faisais pas, plus rien ne serait comme avant. Je ne devais pas manquer le coche. Je pourrais courir pour rattraper ce temps perdu, pour rattraper mon ancienne vie qui s'en allait au loin. Au bout de cette course folle : ma tete implorait à mes yeux de s'ouvrir pour reconnaitre les personnes que je côtoie depuis ces 3 années , de leur sourire et de les saluer.
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Le voyage
Short StoryUn trajet quotidien qui va changer la vision d'une personne sur le monde qui l'entoure.
