Comatique

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Lorsque que Jérôme se réveilla, cette fois-ci, il sentit que quelque chose avait changé. Il ne savait pas la saison, ni l'heure qu'il était, c'était un petit peu bizarre. A vrai dire, tout semblait flou.

Il ouvrit les yeux, après quelques secondes à lutter contre le sommeil post-dodo. La première chose qu'il vit fut le ciel bleu au-dessus de lui. Il s'appuya sur la matière sur laquelle il était précédemment allongé pour se relever. Il lui sembla que c'était du sable.

Il inspecta les environs d'une œillade méfiante. Y avait-il quelqu'un à ses côtés, ou qui l'espionnait ? A quelques mètres de lui, des vagues venaient et s'en allaient dans un bruit apaisant.

Et de l'autre côté, d'immenses arbres à perte de vue. S'il savait ce qu'il se passait, il se serait cru dans Koh-Lanta.

Le grand brun s'approcha lentement vers la forêt. Il avait chaud. Et avant de s'interroger sur comment il avait bien pu arriver sur cette île tropicale, il fallait qu'il trouve de quoi survivre quelques temps.

Il jeta un coup d'œil sur la plage, au cas-où un sac de provisions serait apparu mystérieusement. Mais malheureusement pour lui, non. Il trifouilla dans les poches de son pantalon délabré ; qui, d'ailleurs, ne tiendrait plus très longtemps ; à la recherche d'un quelconque objet, ou d'un indice qui aurait pu l'aider. Il trouva pour seuls butins son téléphone hors d'usage, et un couteau suisse, qu'il décida de garder précieusement dans sa main.

Jérôme s'engouffra dans la forêt, peuplée d'arbres majestueux et de lianes qui les reliaient, à la recherche d'eau potable et de vivres. A sa grande surprise, aucun oiseau ne piaillait, aucun animal n'était d'ailleurs visible. Il commençait à avoir peur.

Où était-il ? Comment était-il arrivé ici ? Pourquoi ? Black-out.

La dernière chose dont il se souvenait, c'était seulement lui et ses amis. Ils étaient en vacances, et avaient loué un petit bateau pour sortir un peu en mer pour une soirée. D'après son intuition, elle avait d'ailleurs été plutôt alcoolisée.

Mais bon, maintenant qu'il était là, qu'il ne savait quand il allait partir, il fallait bien qu'il se fasse à sa situation nouvelle. Il avait toujours aimé les défis, et ce, depuis qu'il était enfant.

Et puis, finalement, il n'avait jamais vu d'arbres aussi grands, imposants, beaux ! Lui qui avait grandi en banlieue parisienne, il découvrait la nature, l'écorce des arbres, la sensation du sol sous ses pieds nus...

Alors qu'il s'émerveillait de la beauté du monde, il se sentit tomber, jusqu'à se ramasser au sol. Il regarda ses pieds. Il n'avait pas vu le caillou qui avait entravé son passage. D'ordinaire, il se serait énervé. Mais là, étrangement, il ne le fit pas. A quoi cela lui aurait-il servi ?

Il se releva donc et continua sa découverte d'une nature qu'il avait trop longtemps négligée, parce que « de toute façon, la Terre est condamnée ». C'était aujourd'hui, perdu dans l'immensité de la nature, à travers sa solitude, qu'il comprenait enfin l'importance de ces arbres, leur beauté indispensable.

Il marchait. Étonnamment, le chemin lui semblait assez droit, tracé. Il n'avait aucune difficulté à y marcher, malgré l'apparence sauvage de ce qui l'entourait.

Un oiseau se posa sur son bras. Le premier qu'il voyait d'aussi près. Un petit oiseau coloré, léger, avec un air si doux, gentil. Il lui sembla que le volatile était infiniment plus pur que lui.

Il s'assit sur une souche d'arbre qui traînait sur le chemin pour contempler l'oiseau. Avec sa main de libre, il tenta de caresser les plumes du magnifique animal, qui s'envola sous le geste trop brusque, pour mieux se poser encore, mais sur l'épaule de Jérôme, fasciné.

Quand il rentrerait à Paris, bientôt, il se fit la promesse de prendre soin de tous ceux qui l'entourent, de la nature, d'économiser l'eau, protéger les animaux, peut-être même créer un refuge, une réserve, il pourrait même faire en sorte de sauver la Terre ! Il profiterait de sa vie, bons moments, il irait chasser les mauvais dans un coin très profond de sa tête, les ferait disparaître, aurait une attitude exemplaire.

Oui, Jérôme sauverait la planète, une fois sorti de son île.

Il reprit sa route lorsque l'oiseau partit, déployant ses petites ailes pour rejoindre ses confrères. A partir de ce moment, les sons de la forêt apparurent, les petits oiseaux chantaient, des grenouilles coassaient, des orangs-outans faisaient la sieste adossés à des branches, aux côtés de paresseux qui dormaient eux aussi paisiblement.

A ses pieds, il remarqua un petit animal cendré, en boule sur le sol. Il s'abaissa à son niveau, et approcha sa main doucement, presque avec tendresse, de la boule de poils, qui se laissa toucher, caresser, jusqu'à réclamer la chaleur de la main de l'homme, attendri devant tant de mignonnerie.

Un rayon de soleil traversa la forêt, révélant les reflets brillants et les couleurs du petit animal, qu'il pouvait dorénavant identifier comme une loutre, dont la forêt tropicale n'était d'ailleurs pas le milieu naturel.

La petite loutre sembla esquisser un sourire, et, avec sa petite taille, vint se loger dans la capuche du sweat de Jérôme, qui n'était même pas au courant qu'il en avait une.

L'homme continua sa route à la recherche de nourriture et d'eau, cette fois-ci. Il commençait à sentir le manque, il ne savait depuis combien de temps il marchait, depuis combien de temps il n'avait pas mangé, bu...

Même si la forêt était magnifique, il ne savait pas comment il allait faire. Le temps semblait s'écouler vite et doucement en même temps. Il passa une main sur son visage, afin d'évacuer la transpiration qui s'agglutinait sur sa peau. Il fallait qu'il se lave aussi.

Mais il ne savait pas à quelle distance de la mer il était, il avait beaucoup marché. La nuit ne tombait pas, aucun cours d'eau n'était présent.

Il s'allongea au sol, prenant soin de sortir le bébé loutre de sa capuche, le posant sur son ventre. Il le caressait en attendant que le sommeil veuille bien venir, ce qu'il ne voulait apparemment pas faire, puisqu'au bout de ce qu'il lui parut quelques heures, il ne dormait toujours pas.

Alors, il pensa, réfléchit à sa vie, ses amis, sa famille. Sa copine, qu'il aurait bien voulu demander en mariage après son accouchement, alors qu'elle viendrait de donner la vie, fatiguée, mais heureuse d'avoir l'enfant tant désiré qu'elle aurait porté pendant neuf mois.

Il imaginait son père, qui le regarderait vu du ciel, et protègerait l'enfant du mauvais sort, et sa mère, qui serait fière de lui, qui lui dirait « je t'aime, mon fils », en pleurant de joie.

Il ne viendrait plus trop aux soirées avec ses potes, il aurait une véritable excuse, qu'il brandirait avec fierté, comme un hymne : « Je dois m'occuper de mon enfant ». Alors, ses amis l'engueuleraient un peu, mais seraient quand même contents pour lui, et chériraient le bébé à leur manière.

Il voulait aussi revoir son frère, avec qui il avait dix ans d'écart, qui avait maintenant quinze ans. Lui donner des conseils pour les meufs, regarder des matchs de foot avec lui, lui dire que « ça va aller, moi aussi j'étais triste à ton âge », utiliser des expressions de son époque, qu'il se fasse moquer et que ça parte en gentille embrouille.

Plus il réfléchissait, moins Jérôme voyait le temps passer, les nuits, les journées avaient les mêmes couleurs, la petite loutre se lovait contre lui, perdu dans ses pensées, jusqu'à ce que tout devienne noir, d'un coup, et que, de l'autre côté de la réalité, un médecin ne demande à sa famille et sa copine, en pleurs, une question dont la réponse est évidente :

- Ça fait déjà quelques mois qu'il est dans le coma, il y a très peu de chance qu'il se réveille, voulez-vous qu'on le débranche ?

Comatique (OS)Where stories live. Discover now